Pierre Gallet (Urssaf) : « Les entreprises éphémères représentent un enjeu financier important »

Après que La Tribune a suivi pendant une matinée, début avril, une opération de contrôles inopinés visant à débusquer la fraude au travail dissimulé dans des commerces à Paris, le directeur du contrôle de l’Urssaf Île-de-France, Pierre Gallet, a pris le temps de revenir sur la stratégie de lutte contre la fraude déployée par l’organisme.

LA TRIBUNE : Comment s’organise la stratégie de lutte contre la fraude aux prélèvements sociaux liée au travail dissimulé ?

PIERRE GALLET : Notre objectif vise à couvrir l’ensemble des entreprises et des secteurs d’activité en lien avec l’Urssaf. Pour maximiser l’efficacité de nos contrôles, nous effectuons un travail de ciblage des situations à risques. Cette détection s’effectue grâce à la mise au jour d’incohérences déclaratives en interne, mais aussi par le recueil d’informations transmises par des administrations publiques partenaires, comme la Direction générale des finances publiques (DGFiP), l’Inspection du travail ou le service de renseignement financier Tracfin. Par ailleurs, nous sommes pleinement intégrés aux comités opérationnels départementaux anti-fraude (CODAF), coprésidés dans chaque département par le préfet et le procureur de la République.

L’Urssaf utilise-t-elle des outils technologiques pour améliorer le ciblage des contrôles ?

À l’instar de l’administration fiscale, nous utilisons des outils de datamining. Ils nous permettent de produire des listes de contrôles à mener. Ces listes sont établies grâce aux croisements de données issues de nos systèmes d’information : déclarations sociales mensuelles, effectif de la société, historique des contrôles déjà effectués par le passé, etc. Le fait qu’un dirigeant d’une entreprise soit connu de nos services pour travail dissimulé peut être une indication, par exemple. Mais c’est toujours l’analyse experte de nos agents qui prime. Ce sont eux qui lancent les contrôles et instruisent les dossiers. En 2025, près de 9 contrôles sur 10 ont donné lieu à un redressement pour un montant qui dépasse plus de 1,5 milliard d’euros. [Dans un rapport publié le 16 avril, la Cour des comptes évalue la fraude aux prélèvements sociaux à plus de 8,5 milliards d’euros par an, ndlr].

« Le travail dissimulé peut avoir de graves répercussions en cas d’accident du travail, de maladie, de chômage, sans même parler des droits à la retraite. »

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