Il était convaincu que la guerre serait pliée en un rien de temps. Mais ses certitudes ont vacillé face à l’extrême résistance de l’Iran, bien décidé à ne pas laisser les Etats-Unis donner le ton. Derrière ses fanfaronnades habituelles sur les réseaux sociaux, Donald Trump doute, oscillant entre postures belliqueuses et conciliantes, confronté pour la première fois au risque d’échec.
Durant sa campagne présidentielle, le dirigeant américain jurait pouvoir mettre fin aux guerres à l’étranger ; résoudre, grâce à la puissance militaire du pays, un problème qui avait résisté à sept de ses prédécesseurs. Aujourd’hui, le compte n’y est pas : le cessez-le-feu reste précaire, une voie commerciale essentielle est paralysée depuis plusieurs semaines, et les cadors du régime iranien décédés ont été remplacés par de nouveaux dirigeants radicaux – autant de facteurs susceptibles de prolonger un conflit qu’il avait affirmé pouvoir conclure en six semaines, délai déjà dépassé.
Un “manque de planification”
“Nous assistons à des [opérations militaires] qui ne se traduisent pas par une victoire, et cela incombe directement au président et à la manière dont il exerce ses fonctions – manque d’attention aux détails et manque de planification”, étrille auprès du Wall Street Journal Kori Schake, chercheuse à l’American Enterprise Institute et ancienne membre du Conseil de sécurité nationale de George W. Bush.
En témoigne l’ultimatum spectaculaire du locataire de la Maison-Blanche le mardi suivant Pâques, lorsqu’il affirma que si l’Iran ne concluait pas un accord dans les 12 heures, toute une civilisation disparaîtrait. Dans une longue enquête, le journal américain révèle que ce message était totalement improvisé, et qu’il n’avait fait l’objet d’aucune discussion préalable avec l’équipe de sécurité nationale du président. Résultat : aux États-Unis et dans le monde, beaucoup furent saisis de peur et de confusion quant aux intentions de Donald Trump. En coulisses, ses principaux conseillers ont vu au contraire dans cette initiative un moyen de provoquer des négociations dans une guerre que le président voulait désespérément terminer – une tentative vaine, et même contre-productive, selon plusieurs experts.
Une gestion erratique
En outre, peu avant cette annonce, Donald Trump semblait erratique, évoquant, en parallèle de la gestion du conflit au Moyen-Orient, les élections de mi-mandat avec son équipe ou assistant à des discussions sur les cryptomonnaies, racontent des collaborateurs. Ses hésitations se sont aussi vues au moment de décider ou non d’envoyer des soldats américains prendre l’île de Kharg, point de départ de 90 % des exportations de pétrole iranien. Bien qu’on lui ait assuré que la mission réussirait et que la prise du territoire donnerait aux États-Unis accès au détroit, le président a craint des pertes américaines inacceptables. “Ils seraient des cibles faciles”, aurait-il déclaré.
Malgré ces précautions et gargarisé par sa “victoire” au Venezuela et l’exécution du guide suprême Ali Khamenei, Donald Trump n’a pas mesuré l’impact d’un tel conflit sur son image – et celle de son parti. Frustré par les mauvais sondages et par le manque d’éloges extérieurs, le président pensait qu’une victoire contre l’Iran lui permettrait de remodeler l’ordre mondial. “Si nous faisons bien les choses, nous sauvons le monde”, aurait-il dit à des proches, rapporte toujours le Wall Street Journal.
Des préoccupations sécuritaires
Aujourd’hui, face à l’incertitude, les préoccupations sécuritaires à la Maison-Blanche se sont intensifiées. Ces dernières semaines, un renforcement notable des dispositifs a été observé. Dans la propriété de luxe du président, Mar-a-Lago, en Floride, des invités ont remarqué lors d’une nuit claire d’avril que tous les parasols étaient ouverts sur la terrasse, supposément pour gêner la visibilité des drones. Le secrétaire d’Etat Marco Rubio aurait également raconté avoir observé un drone suspect près de son domicile situé dans un complexe militaire, des craintes qui ont poussé les équipes de sécurité à utiliser des équipements et des armes “inhabituels”, jamais vus auparavant par certains responsables.
Nonobstant ce climat tendu, Donald Trump a indiqué à ses conseillers qu’il souhaitait aborder d’autres sujets et détourner l’attention médiatique. Lors d’une réunion au Kennedy Center en mars, il a ainsi discuté avec certains invités du projet de salle de bal qu’il supervise à la Maison-Blanche, montrant des plans et se présentant comme le maître d’œuvre de ce chantier. Il reste également très impliqué dans la collecte de fonds pour les élections de mi-mandat : peu après le début du conflit fin février, il participait déjà à un événement de levée de fonds à Mar-a-Lago, refusant de l’annuler malgré les circonstances.

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