Ormuz : Trump prolonge la trêve, le blocus persiste, la facture s’envole

Face à la paralysie du commerce mondial d’énergie, Donald Trump a prolongé la trêve avec Téhéran. Si Washington maintient son blocus maritime, la menace iranienne sur le passage stratégique d’Ormuz dicte désormais le calendrier diplomatique et fait trembler l’économie européenne.

La diplomatie de la force a ses limites, et elles se situent précisément au sud de l’Iran, dans un goulet d’étranglement maritime de 39 kilomètres de large. Donald Trump, qui menaçait encore lundi de reprendre les bombardements contre l’Iran, a brusquement changé de ton mardi soir. Dans un message diffusé sur son réseau Truth Social, le président américain a annoncé prolonger pour une durée indéterminée la trêve entamée le 8 avril.

Officiellement, Washington répond à une demande de médiation du Pakistan. Officieusement, c’est la perspective d’un effondrement énergétique mondial qui dicte ce sursis.

Une paix sous blocus

Cette suspension des hostilités ne ressemble en rien à une démarche de paix. Donald Trump reste fidèle à sa méthode : la pression maximale. S’il accepte de ne pas bombarder, il maintient un blocus maritime sur les ports iraniens, ce qu’il qualifie de levier indispensable pour obtenir un « super accord ». Le ministre américain des Finances, Scott Bessent, a d’ailleurs précisé sur le réseau X que, « d’ici quelques jours, les sites de stockage sur l’île de Kharg [point névralgique de l’industrie pétrole iranienne] seront saturés et les fragiles puits de pétrole iranien seront fermés ».

« Restreindre le commerce maritime de l’Iran cible directement les principales sources de revenus du régime », a-t-il précisé.

De leur côté, les autorités iraniennes voient, dans cette prolongation, un stratagème pour gagner du temps alors que l’armée américaine reste en position de combat. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et négociateur en chef, a ainsi estimé que l’annonce américaine ne « vaut rien ». 

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Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, a été très clair : maintenir, pour les Américains, le blocus des ports iraniens est un « acte de guerre ». En réponse, Téhéran utilise son arme la plus efficace : la paralysie du trafic maritime.

Les données de navigation en temps réel pour la zone du détroit d’Ormuz montrent un désert maritime : seuls trois navires ont franchi la passe ces dernières 24 heures, là où 140 cargos et pétroliers circulaient quotidiennement avant le déclenchement des hostilités le 28 février.

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L’Europe et la France face à la facture de guerre

Cette asphyxie volontaire du détroit par l’Iran a des conséquences immédiates sur les marchés. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord oscille désormais autour de la barre symbolique des 97 dollars.

La France est particulièrement exposée. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a chiffré l’impact pour les finances publiques entre 4 et 6 milliards d’euros. Cette somme correspond principalement à l’envolée des taux d’intérêt qui renchérit le coût de la dette française.

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Le secteur aérien subit lui aussi un choc de plein fouet. Des analyses récentes indiquent que le surcoût du kérosène pourrait entraîner une augmentation des prix des billets de plus de 100 dollars par vol long-courrier.

À Bruxelles, la Commission européenne s’apprête à présenter un plan d’urgence. L’objectif est double : réduire les taxes sur l’électricité pour inciter les ménages et les industries à abandonner les combustibles fossiles, et coordonner le remplissage des stocks de gaz avant l’hiver prochain.

Le Pakistan, médiateur sur le fil du rasoir

Au centre de ce jeu de dupes se trouve Islamabad. Le Premier ministre pakistanais, Mian Muhammad Shehbaz Sharif, tente de maintenir les deux parties à la table des négociations. Si Donald Trump a salué l’effort pakistanais, le doute subsiste sur la tenue réelle d’un second cycle de discussions. Le vice-président américain JD Vance, initialement attendu au Pakistan mardi pour rencontrer la délégation iranienne, est finalement resté à Washington.

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L’Iran, de son côté, refuse de négocier « sous la menace ». Pour Téhéran, aucun accord n’est possible tant que les navires américains poursuivent leur « politique de piraterie ».

Le projet franco-britannique d’une mission navale de sécurisation, dont les détails sont discutés ce mercredi à Londres, montre que l’Europe cherche désormais ses propres solutions pour garantir sa souveraineté énergétique et la sécurité de ses approvisionnements.

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