Cette semaine, Flintlock 2026, un exercice de forces spéciales dirigé par les États-Unis et auquel participent 30 nations, a débuté à Syrte, en Libye. L’exercice Flintlock se déroule tous les ans sur le continent africain depuis 2005, avec la participation de pays européens et africains. Mais cette année, pour la toute première fois, les forces libyennes des deux camps rivaux participent aux manœuvres, et la Libye accueille une partie de l’exercice.
Depuis un peu plus de dix ans, la Libye est divisée entre deux administrations. D’un côté, le Gouvernement d’union nationale (GUN), un gouvernement provisoire internationalement reconnu et établi sous l’égide de l’ONU, basé à Tripoli et dirigé par le Premier ministre Abdul-Hamid Dbeibah, contrôle l’ouest du pays. De l’autre, l’administration dirigée par le général Khalifa Haftar, basée à Tobrouk, contrôle l’est du pays.
Unifier les forces libyennes
Le fait que des soldats des deux camps s’entraînent ensemble, portant le même uniforme lors de l’exercice Flintlock 2026, est un tournant majeur pour la Libye. Il y a deux ans, un exercice militaire de cette envergure, avec un nouveau centre d’opérations conjoint pour toutes les forces libyennes, était presque inimaginable. Aujourd’hui, des chefs militaires libyens issus de factions rivales de l’est et de l’ouest du pays assurent que la réunification de la Libye n’est “pas un choix”, mais bien “une nécessité”.
Khalifa Haftar a longtemps bénéficié du soutien de la Russie, mais le vent a commencé à tourner avec la guerre en Ukraine. Le général craignait que les mercenaires de Wagner – devenus Africa Corps – ne tentent un coup d’État contre son administration, comme ils avaient essayé de le faire en Russie même, explique le Wall Street Journal. Le commandant adjoint du Commandement des États-Unis pour l’Afrique, John Brennan, y a vu une opportunité de rapprocher Haftar et Abdul Salam Al-Zoubi, vice-ministre de la Défense du gouvernement de Tripoli, afin d’évincer la Russie.
Évincer la Russie
D’autant que celle-ci a doublé son déploiement militaire en Afrique de l’Ouest depuis 2024, et cherche à renforcer sa présence et son influence en Libye. Moscou a notamment rouvert une ambassade à Tripoli il y a deux ans et aurait même, selon le journal allemand Deutsche Welle, transféré du personnel et du matériel militaire vers une base abandonnée près de la frontière avec le Tchad et le Soudan.
De quoi susciter des craintes sécuritaires chez les Occidentaux. “La présence militaire russe significative en Libye, sur le flanc sud de l’Otan, est évidemment une source d’inquiétude pour nous”, a expliqué l’ambassadeur britannique Martin Reynolds depuis Syrte. Et de conclure : “Nous souhaiterions voir un gouvernement libyen avec lequel nous puissions travailler en étroite collaboration (…), un gouvernement qui ne juge pas nécessaire de faire appel à des puissances étrangères comme c’est le cas actuellement”.

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