Autrefois pompiers du commerce international, les Etats-Unis en sont devenus les pyromanes. Tel est le paradoxe que soulève Richard Baldwin, professeur d’économie à l’IMD Business School de Lausanne et chercheur au Centre for Economic Policy Research (CEPR) dans son dernier ouvrage intitulé World War Trade. Depuis l’offensive commerciale lancée par Donald Trump il y a tout juste un an, une question taraude de nombreux esprits : cette guerre commerciale est-elle un épisode parmi d’autres, dans un monde ballotté de crise en crise ? Ou marque-t-elle un basculement vers une nouvelle ère ? Pour ce spécialiste, il s’agit d’une réalité qui durera aussi longtemps que les deux grandes puissances commerciales – les Etats-Unis et la Chine – s’obstineront à transformer les échanges en instruments de coercition.
L’Express : Vous écrivez que la guerre commerciale a été un choc, mais pas une surprise. Qu’entendez-vous par là ?
Richard Baldwin : La dérive de la politique américaine vers le protectionnisme n’avait rien d’inattendu. Depuis des années déjà, elle s’éloignait de la vision héritée de l’après-guerre, selon laquelle la libéralisation des échanges et la défense du monde libre servaient à la fois sa prospérité et sa sécurité. Lorsque Donald Trump arrive à la Maison-Blanche, cette lecture a déjà cédé la place à un récit victimaire : celui d’une Amérique qui aurait été “lésée” par ses partenaires commerciaux. Le président républicain s’est pleinement inscrit dans cette rhétorique et a clairement annoncé qu’il utiliserait les droits de douane comme instrument de représailles.
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