Prix du carburant : ce qu’il faut savoir sur l’aide pour les “grands rouleurs”

Le gouvernement s’y est longtemps refusé, il a finalement cédé. Des aides financières élargies seront prochainement débloquées pour faire face à la hausse des prix du carburant. Ce mardi 21 avril, depuis le parvis de Matignon, Sébastien Lecornu a annoncé un renforcement des dispositifs déjà en place. Désormais, les pêcheurs, les agriculteurs et les transporteurs ne seront plus les seuls à bénéficier du soutien de l’Etat. Dès le mois de mai, “trois millions” de “grands rouleurs” aux revenus modestes auront également accès au dispositif forfaitaire de 20 centimes par litre de carburant, “en moyenne”.

Le soir même, sur le plateau de Franceinfo, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, précisait les conditions de cette nouvelle aide qui n’est pas sans rappeler les indemnités carburant accordées par l’exécutif en 2023. Toutefois, cette année, les critères d’accès au dispositif seront plus restrictifs. En cause, la volonté du gouvernement d’aider les Français tout en “préservant” les “finances publiques”. L’objectif du dispositif est d’apporter un “soutien à l’activité et pas de faire un chèque à l’aveugle”, a tranché le ministre.

Une aide pour les “grands rouleurs” modestes

Pour la réclamer, il faudra “disposer de revenus inférieurs à la médiane des revenus imposables”, soit moins de 1 500 euros nets par mois pour une personne seule. Les demandeurs devront également justifier d’être des “grands rouleurs”, a précisé le ministre. Dans des termes plus pratiques, seuls ceux dont le lieu de travail est à “au moins 15 kilomètres” de leur domicile seront éligibles. Quant aux professionnels “mobiles” qui dépendent de leurs véhicules, un seuil annuel de 8 000 kilomètres a été fixé.

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Si Sébastien Lecornu a cité les taxis, les VTC et le secteur du bâtiment, les infirmiers libéraux n’ont pas été directement mentionnés. Au micro de Franceinfo, le président de la fédération nationale des infirmiers s’inquiétait de constater que sa profession est “exclue”. Et de tirer la sonnette d’alarme : nous avons “besoin d’une aide ponctuelle forte permettant de remplir nos missions de service public”.

Pour accéder à cette aide aux carburants, pas besoin de justificatif à proprement parler : “on va vous demander de déclarer votre kilométrage” sur le site Internet des impôts, a indiqué Roland Lescure. “Une application spécifique est en cours de développement” a également précisé le ministre qui espère qu’elle sera opérationnelle “d’ici la fin du mois de mai”. En cas de retard, le dispositif sera rétroactif et couvrira les mois d’avril, mai et juin.

“6 milliards d’euros en frais d’endettement”

Alors que la guerre au Moyen-Orient risque d’avoir d’importantes conséquences sur l’économie française, l’exécutif préfère donc élargir ces mesures ciblées plutôt que de les généraliser. Dans son ensemble, le dispositif carburant devrait coûter 180 millions d’euros à l’Etat, soit 30 millions de plus que les aides débloquées en avril pour les professionnels ciblés. Quant à l’hypothèse de baisser les taxes sur le carburant, Sébastien Lecornu a réitéré son refus, invoquant “un effet épouvantable sur notre économie”. Une crainte partagée par son ministre de l’Economie qui alerte sur la crise qui “va nous coûter probablement autour de 6 milliards d’euros en frais d’endettement, en aides et en indexation sur l’inflation d’un certain nombre de prestations”.

Du côté du ministère des Comptes publics, David Amiel, précise que ces estimations pourraient changer, car “évidemment il y a beaucoup d’inconnues sur la situation géopolitique et militaire”. Toutefois, le ministre, qui tient à rassurer, indique que les aides seront adaptées régulièrement en fonction de la situation au Moyen-Orient.

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Pour faire face à ces dépenses, le gouvernement a annoncé mardi des mesures d’économies qui devraient s’appliquer par les gels de crédits ministériels pour 4 milliards d’euros ainsi que par une contribution de la Sécurité sociale à hauteur de 2 milliards d’euros.

Sébastien Lecornu a également demandé aux distributeurs de mettre la main à la pâte en faisant preuve de “transparence” sur les marges notamment du secteur de la distribution. “Il faut qu’à la pompe [les prix] montent et descendent tout aussi vite”, a jugé le Premier ministre. La veille, au micro d’Europe 1, le président du comité stratégique des centres E. Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, se montrait pessimiste : Le prix des carburants ne “baissera pas de sitôt”.

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Malgré les nombreux ultimatums de Donald Trump, la guerre au Moyen-Orient se prolonge et le détroit d’Ormuz – d’où transite 21 % de la consommation mondiale de pétrole – reste bloqué. En conséquence, les prix à la pompe stagnent à des niveaux records. Si une légère baisse a été enregistrée depuis la trêve entre les Etats-Unis et l’Iran, le litre de gazole culmine à 2,24 euros cette semaine, contre 1,56 euro avant le début de la guerre. Pour la même quantité de super sans-plomb 95 E10, il faudra débourser 1,98 euro. Près de 40 centimes de plus qu’en décembre dernier.

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