Pour la quatrième saison de son émission Rassemblance sur TV5Monde – à retrouver ce 18 avril dès 19h00, Magloire continue de tisser des ponts entre les cultures en mettant en lumière des parcours de réussite issus de l’immigration.
Dans une interview qu’il nous accorde, l’animateur nous raconte son histoire qui fait écho à toutes les rencontres qu’il a pu faire dans l’émission. Comment ce projet est-il devenu sa “meilleure thérapie” ? Il se confie.
Télé-Loisirs : Dans une époque qui pointe souvent les différences, est-ce que c’est pour vous une mission, presque politique, de montrer ce qui nous rassemble ?
Magloire : Ce n’est pas comme ça qu’on l’envisage. Moi, je suis issu de la double culture. J’ai une maman qui m’a élevé, franco-suisse, et une maman qui m’a mis au monde, qui était du Togo. Ce que je porte dans Rassemblance, c’est ma vie. J’ai mis beaucoup de temps à me réconcilier avec moi-même, avec ce que je représente. Je suis enfin réconcilié grâce à cette émission. C’est le plus beau cadeau que l’on m’ait fait dans mon histoire.
Les témoins qui interviennent dans Ressemblances se livrent sur des sujets intimes, des tabous, des tragédies…
Magloire : En fait, on va à la rencontre de personnalités qui nous donnent beaucoup. Ils nous racontent des moments difficiles, des tragédies, mais aussi des joies merveilleuses. À partir du moment où on a scellé ce pacte fraternel, on se parle en confiance. Les personnes devant notre caméra, nous les aimons a priori. Nous décidons de mettre en valeur ce qu’ils ont de beau. Mais pour cela, il faut d’abord les écouter, les entendre et les comprendre. On se rend compte alors que ce sont des gens tout à fait étonnants que vous croisez tous les jours sans les voir. Nous, on les rend visibles.
“On n’a rien sans rien” : Magloire évoque l’héritage de sa mère adoptive
Vous avez déclaré avoir eu parfois le sentiment de devoir en faire deux fois plus pour être accepté. Est-ce vrai aussi pour votre carrière d’animateur ?
Magloire : Ma maman adoptive était une ancienne danseuse classique de l’Opéra de Paris. Les danseurs sont acharnés de travail toute leur vie. On n’a rien sans rien. Je me définis comme quelqu’un qui sait travailler tout le temps.
Avez-vous souffert du racisme ?
Magloire : Sur la question du racisme, objectivement, je ne l’ai pas connue jusqu’à récemment. Je suis né à Cahors et, même si j’étais souvent le seul noir de l’école, je n’en ai pas souffert. Là où j’ai dû en faire deux fois plus, c’est pour lutter contre moi-même.
A quel âge êtes-vous retourné en Afrique pour la première fois ?
Magloire : J’ai refusé ce que l’Afrique représentait pour moi, par souci de conformité. Et puis un jour, en 1997 (Magloire avait 28 ans, ndlr), je suis retourné en terres africaines. C’était viscéral. Revoir ma mère naturelle, ma grand-mère… Il y avait une urgence. J’y ai trouvé des certitudes et j’ai enfin su qui j’étais vraiment. On peut très bien vivre sans dualité.
“C’est mon meilleur psychiatre” : Magloire se confie sur sa métamorphose
Quel message aimeriez-vous passer aux jeunes générations à travers ce programme ?
Magloire : La jeune génération est à la naissance d’un nouveau monde. Il n’y a jamais eu autant de révolutions sociétales, économiques et technologiques. La technologie est devenue une nécessité qu’il faudra maîtriser pour sauvegarder le libre arbitre de l’être humain. C’est ça, la prochaine guerre mondiale : que va-t-on devenir si nos cerveaux sont aliénés ? Il faut résister à la facilité. C’est facile de dire à une machine : “fais-moi ma dictée” ou “écris mon article de journalisme”. Je demande la plus grande vigilance, même si l’aventure humaine reste formidable.
Y a-t-il une rencontre de cette saison qui a fait écho à votre histoire ?
Magloire : Elles font toutes écho. Que ce soit Livia, Dunia, ou Jérôme, le meilleur sommelier de Suisse. Leurs histoires migratoires ressemblent à la mienne. C’est pour ça qu’il était évident que ce soit moi qui porte cette émission. C’est mon histoire, c’est notre histoire à tous. Pour la cinquième saison, on ira encore plus loin dans ces récits du monde.
Est-ce qu’on peut dire que Rassemblance soigne une petite part en vous ?
Magloire : Rassemblance, c’est mon meilleur psychiatre. C’est ma meilleure thérapie.
Vous êtes multiple, vous avez fait tellement de choses. C’est un bel accomplissement.
Magloire : Je n’ai jamais renié ce que j’ai fait, même mes débuts avec Michaël Youn. Mais aujourd’hui, avec ce cheminement, arriver à Rassemblance est une logique. C’est un bel accomplissement.

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