C’est un succès pour Pékin. Le président taïwanais, Lai Ching-te, régulièrement vilipendé par la Chine, qui le considère comme un séparatiste, a été contraint, mardi, de reporter un voyage officiel en Eswatini, du 22 au 26 avril, à l’occasion du 40e anniversaire de l’accession au trône du roi Mswati III. La Chine a complimenté, mercredi 22 avril, les pays africains l’ayant contraint à reporter ce voyage officiel chez le dernier allié diplomatique de Taipei en Afrique.
« Nous apprécions la position et les pratiques des pays concernés dans leur adhésion au principe d’une seule Chine », a déclaré Zhang Han, porte-parole du bureau des affaires taïwanaises, lors d’un point-presse régulier à Pékin. Sans nommer ces Etats, elle les a félicités de reconnaître Taïwan comme faisant partie de la Chine.
Dans un message sur X, le ministère des affaires étrangères chinois salue le fait que la quasi-totalité des pays africains, ainsi que l’Union africaine, soutiennent le principe « d’une seule Chine » et reconnaissent Pékin comme seul gouvernement légitime. « Il n’existe qu’une seule Chine dans le monde, Taïwan est une partie inaliénable du territoire chinois, le gouvernement de la République populaire de Chine est le seul gouvernement légal représentant l’ensemble de la Chine, et ils soutiennent fermement tous les efforts du gouvernement chinois visant à réaliser la réunification nationale », selon le ministère.
La Chine considère Taïwan comme l’une de ses provinces, qu’elle n’a pas encore réussi à unifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise, en 1949. Elle se dit partisane d’une solution pacifique, mais n’exclut pas de recourir à la force pour prendre le contrôle de l’île, gouvernée selon un système démocratique.
Taïwan dénonce les pressions exercées par Pékin
Lai Ching-te a déclaré, mardi sur Facebook, s’être plié à l’avis de son équipe chargée de la sécurité nationale de reporter le voyage, mais a ajouté : « Aucune menace ni répression ne peuvent changer la détermination de Taïwan à s’engager dans le monde. »
Pan Men-an, secrétaire général de la présidence taïwanaise, s’est exprimé au cours d’une conférence de presse : « Selon certaines sources, les Seychelles, Maurice et Madagascar ont révoqué de manière inattendue et sans préavis les permis de survol de l’avion affrété. La véritable raison en est que les autorités chinoises ont exercé une pression intense, y compris par des moyens de coercition économique. » Un responsable taïwanais de la sécurité qui a requis l’anonymat a assuré auprès de l’Agence France-Presse que la Chine avait menacé de « révoquer un allègement de dette substantiel qui leur avait été accordé, de suspendre les financements et d’imposer de nouvelles sanctions économiques » aux trois pays concernés.
A Pékin, Zhang Han a rejeté les accusations de coercition économique formulées par Taipei, tandis que le gouvernement des Seychelles a nié avoir subi des pressions de la part de la Chine.
L’Eswatini, anciennement connu sous le nom de Swaziland, fait partie des 12 pays – avec le Vatican en Europe, les îles Marshall, Palaos et Tuvalu en Océanie, Haïti, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, le Belize, le Guatemala et le Paraguay dans les Caraïbes et en Amérique latine – qui reconnaissent encore la République de Chine (le nom officiel de Taïwan). Depuis 2016, la présidence de Taïwan est détenue par le Parti démocrate progressiste, au credo indépendantiste, ce qui a contribué à tendre les relations entre Pékin et Taipei.
