La hausse des prix de l’essence et du diesel n’impacte pas uniquement les consommateurs. 5 % des stations-service indépendantes ont temporairement arrêté de vendre des carburants, d’après une enquête de la fédération Mobilians menée entre fin mars et début avril, dont les résultats ont été publiés lundi.
En cause dans la majorité des cas, « des niveaux de prix jugés trop élevés, incompatibles avec leur positionnement commercial et leur image auprès des clients ». Et, d’autre part, « des difficultés de trésorerie, liées à l’augmentation du besoin en fonds de roulement ».
Si l’échantillon sondé est faible – 170 stations indépendantes interrogées sur un réseau de quelque 5 600 –, la récurrence de l’étude est parlante. La semaine précédente, cinq fois moins de stations (1 %) avaient déclaré avoir arrêté la distribution de carburants. « Ces premiers arrêts d’activité temporaires constituent un signal d’alerte fort sur la fragilité immédiate du modèle économique des stations indépendantes », prévient Mobilians dans un communiqué.
La fédération s’affiche d’autant plus inquiète que les stations indépendantes font face depuis des années, pour ne pas dire des décennies, à des « fragilités structurelles ». « La crise actuelle agit comme un facteur aggravant, susceptible de déstabiliser le maillage territorial de stations », avertit encore l’organisation patronale.
Quatre fois moins de stations qu’avant
Le parc des stations-service françaises a été divisé par quatre en l’espace de 50 ans. De 41 500 établissements en 1980, il en compte 10 800 en 2024 (-74 %), selon les derniers chiffres de l’Ufip Énergies et Mobilités, organisation professionnelle de lobbying qui rassemble les sociétés énergétiques et pétrolières.
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Surtout, le paysage des stations a beaucoup évolué en près de cinq décennies. Les « traditionnelles », celles détenues par des sociétés pétrolières et des indépendants, étaient largement majoritaires dans les années 1980. On en comptait 40 000 contre à peine 1 500 appartenant à des supermarchés.
Cette domination s’est progressivement réduite au fil du temps, pour tendre vers un presque équilibre. Aujourd’hui, 5 570 stations sont traditionnelles, soit sept fois moins qu’avant, et 5 230 appartiennent à un supermarché.
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Alors qu’elles sont moins nombreuses, bien que légèrement, les stations de supermarchés réalisent près des deux tiers des ventes de carburants en volume à l’échelle nationale (62 % en 2024, contre 38 % pour les traditionnelles). Une supériorité sur les parts de marché observée depuis le début des années 2000.
Les indépendantes à la peine
Les stations traditionnelles souffrent de la forte concurrence sur les tarifs de leurs homologues de supermarchés. « Contrairement aux stations des grandes surfaces, elles ne disposent pas de leviers de compensation via d’autres activités commerciales leur permettant de pratiquer des prix bas », rappelait Mobilians dans un communiqué fin mars.
Leur rentabilité est ainsi limitée et leurs marges faibles. D’après l’organisation patronale, près d’une sur deux dégage un résultat annuel inférieur à 30 000 euros. À cela s’ajoutent des normes réglementaires de plus en plus strictes, alors que les stations n’ont pas la capacité de financer les investissements nécessaires.
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Dans ce contexte, quatre exploitants de stations indépendantes sur dix (41 %) envisagent d’arrêter définitivement la distribution de carburant d’ici à 2035, selon une étude de l’Observatoire des métiers des services de l’automobile commandée par Mobilians et dévoilée en mars. Soit 1 500 stations en moins en dix ans.
« Leur disparition progressive entraînerait un allongement des distances d’accès au carburant, une dégradation du service rendu aux usagers et une fragilisation directe de la mobilité des ménages, des entreprises locales et des services publics », alerte l’organisation patronale, appelant les pouvoirs publics à prendre des mesures pour « sauvegarder le maillage territorial » des stations-service tricolores.

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