Croissance en berne, déficit hors de contrôle : le budget français face à une «  année perdue », selon Société Générale CIB

Entre croissance révisée à la baisse et renoncements stratégiques sur la réforme des retraites, Société Générale CIB décrit une France engluée dans une « année perdue ». L’équilibre précaire entre survie politique et orthodoxie budgétaire semble avoir définitivement rompu.

L’adoption du budget 2026 en février dernier aurait pu être perçue comme un signe de stabilité. Pourtant, les économistes de Société Générale CIB y voient les germes d’un affaiblissement structurel. Pour éviter une motion de censure fatale, Matignon a dû céder une pièce maîtresse de sa stratégie budgétaire : le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, issu de la réforme de 2023, est gelé jusqu’à l’élection présidentielle de 2027.

Cette concession au Parti socialiste assure la survie du cabinet Lecornu, mais au prix d’un renoncement comptable lourd de conséquences. Pour Fabien Bossy, économiste chez Société Générale CIB, cette décision est « la plus lourde de conséquences de 2025 ». Si l’impact immédiat sur les caisses de l’État reste contenu, l’accumulation des coûts à long terme fragilise la crédibilité de la France. Plus encore, ce gel rend quasi impossible l’émergence d’un programme fondé sur la rigueur budgétaire pour le scrutin de 2027.

Croissance : la douche froide des 0,9 %

Parallèlement à cette impasse politique, les fondamentaux macroéconomiques se dégradent. Le gouvernement français a été contraint, ce mardi, d’ajuster ses ambitions. La prévision de croissance pour 2026 a été ramenée de 1 % à 0,9 %. Ce ralentissement est directement imputable à l’envolée des prix de l’énergie, conséquence des tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient.

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Ce pessimisme est partagé par la Société Générale, qui anticipe une « croissance décevante ». Le diagnostic est sévère : la France reste à la traîne de la zone euro. L’absorption de la hausse des prix du pétrole par l’économie nationale sature les capacités de relance et « anéantit les espoirs d’une accélération de la demande intérieure privée ». Sans ce moteur de consommation, le gouvernement perd son principal levier de recettes fiscales automatiques.

Le mirage des 5 % de déficit

Dans ce contexte de croissance atone et de dépenses figées, l’objectif gouvernemental de ramener le déficit public à 5 % du PIB semble, selon les analystes, hors de portée. Là où l’exécutif affiche son volontarisme, Société Générale CIB oppose une réalité statistique plus sombre : une prévision de déficit à 5,3 % pour 2026, après un exercice 2025 déjà décevant à 5,1 %.

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L’absence de « changement politique significatif » attendu pour l’année en cours laisse présager un immobilisme budgétaire. La France se retrouve dans une zone grise : elle ne dispose plus de la marge de manœuvre politique pour couper dans les dépenses, ni de la dynamique économique pour les couvrir par la croissance.

Le verrou de 2027

L’analyse de Société Générale CIB met en lumière un paradoxe qui pourrait s’avérer fatal pour la signature française sur les marchés internationaux. En choisissant la survie parlementaire immédiate par le gel de la réforme des retraites, l’exécutif a transformé une crise politique en une vulnérabilité financière pérenne. La dérive des comptes n’est plus seulement le fruit d’une conjoncture défavorable, mais le résultat d’un arbitrage délibéré où le temps électoral a pris le pas sur le temps économique.

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Dès lors, la question n’est plus de savoir si la France respectera ses engagements européens en 2026, mais comment elle compte financer sa transition vers 2027 sans déclencher une crise de confiance majeure. Avec une croissance plafonnant sous la barre du 1 % et une dette dont la charge s’alourdit à mesure que les taux se maintiennent, la variable d’ajustement ne pourra plus être le simple report des réformes. Un nouveau facteur entre désormais en ligne de compte : la capacité du pays à maintenir son attractivité alors que le moteur de la demande privée est grippé par l’inflation énergétique. La trajectoire de la dette française entre dans une phase de dépendance critique vis-à-vis des facteurs exogènes, laissant l’État sans bouclier face au prochain choc asymétrique…

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