« Un acteur, c’est une présence. » On ne peut que donner raison à Catherine Deneuve, tout en précisant : « et la voix qui l’incarne ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que celle de Nathalie Baye était un formidable instrument de musique : douce avec des finales métalliques, suave avec des pointes étonnantes d’acidité et, de ce fait, reconnaissable entre toutes. Avant même de devenir véritablement actrice, elle impose ce timbre particulier comme une évidence.
Alors qu’elle n’est encore qu’étudiante au Conservatoire en 1970, l’écrivain, diplomate et académicien français Paul Morand l’engage pour faire la lecture à son épouse, Hélène, devenue aveugle à la fin de sa vie.
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Quelques années plus tard, François Truffaut, après lui avoir donné un rôle secondaire mais marquant dans La Nuit américaine, n’hésite pas pour L’homme qui aimait les femmes à lui faire jouer uniquement une… voix dont on ne verra jamais le visage tout au long du film. C’est celle d’une standardiste chargée de réveiller chaque matin le héros incarné par Charles Denner. Et ce dernier en tombe sous le charme au point de vouloir la rencontrer, ce qui est évidemment interdit. « Debout, gros paresseux », lui dit malicieusement sa correspondante matinale et anonyme.
Mais d’autres milieux que le cinéma feront appel au phrasé de l’actrice. En 1985, Johnny Hallyday, son compagnon d’alors, lui fait enregistrer l’introduction parlée du futur tube écrit et composé par Michel Berger, Quelque chose de Tennessee. Soit les mots qui concluent la pièce La Chatte sur un toit brûlant, de Tennessee Williams, à qui la chanson est consacrée : « À vous autres, hommes faibles et merveilleux, qui mettez tant de grâce à vous retirer du jeu ! Il faut qu’une main posée sur votre épaule vous pousse vers la vie. Cette main tendre et légère… »
Les autres sont toujours, toujours en overdose.
De la même manière, elle dira l’un des couplets de la chanson créée par Jean-Jacques Goldman pour Les Restos du cœur, l’association caritative fondée par Coluche : « Autrefois on gardait toujours une place à table. Une soupe, une chaise, un coin dans l’étable. Aujourd’hui nos paupières et nos portes sont closes. Les autres sont toujours, toujours en overdose. »
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Impossible de reprendre ces paroles sans avoir immédiatement en tête la voix lumineuse et impliquée de Nathalie Baye.

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