La France rêve toujours de souveraineté en matière de santé

Le Forum Impacts Santé, organisé par La Tribune ce 14 avril, a dressé le bilan de la vision française post Covid, celle de ne dépendre d’aucun autre pays. Il est contrasté. Face aux actuelles tensions géopolitiques, mieux vaut d’ailleurs parier sur l’Union européenne.

Sonnée par la crise Covid et le manque d’équipements et de vaccins, l’exécutif français s’était à l’époque fait une promesse : celle d’une parfaite souveraineté nationale en matière de santé. Mais cette notion, pour le moins restrictive, est-elle pertinente ?

Lors du Forum Impacts Santé, organisé par La Tribune le 14 avril à Paris, plusieurs acteurs du secteur ont partagé leur analyse. Sur les classements emblématiques comme sur la définition de souveraineté – pour relativiser les premiers et dynamiter la seconde.

« La souveraineté signifie avant tout pouvoir donner accès à un produit lorsqu’un patient en a besoin, déclare Reda Guiha, président de Pfizer en France. Une étiquette ’Made in France’ n’a aucun sens. La chaîne de valeur d’un médicament est complexe ». Elle passe par la recherche fondamentale, les études cliniques, la production, sur plusieurs sites et dans plusieurs pays, et enfin, l’accès aux produits pour tous. Il faudrait donc maitriser tous ces aspects pour être souverain… Or « actuellement, un médicament nouveau ne peut qu’être international », tranche-t-il. Certains, à plusieurs centaines de composants, sont, chez Pfizer, produits sur 15 sites en Europe.

« Ce qui fait que 98 % des médicaments que nous mettons à disposition des patients français sont produits en Europe », dit-il. Et d’enfoncer le clou : « Non seulement une parfaite souveraineté nationale est impossible mais en plus, elle n’est pas souhaitable. » On imagine en effet un pays victime d’un tremblement de terre ou d’un accident nucléaire qui aurait concentré tous les éléments de la chaîne de valeur du médicament en un même lieu…

UE pour la santé

La nouvelle souveraineté se situe donc à l’échelle de l’Europe, d’autant qu’entre les tensions économiques orchestrées par l’administration Trump, et qui peuvent aussi toucher les médicaments, les offensives d’investisseurs étrangers pour acheter des entreprises locales du médicament et l’émergence d’un nouveau géant du secteur qu’est la Chine, l’Union européenne (UE) a tout intérêt à adopter une vision collective. Ce qu’elle fait. Ainsi, l’UE s’est dotée du programme EU4Health (UE pour la santé), afin d’apporter du soutien financier au secteur. A la clé, par exemple, des outils comme la plateforme européenne d’imagerie du cancer, qui vise à centraliser des millions d’images médicales provenant de différents pays afin d’entraîner des algorithmes capables de détecter plus tôt certaines tumeurs.

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Pour sa part, Paris a inclus la santé dans son plan France 2030. « Les 54 milliards d’euros prévus au total comprennent des investissements dans la recherche médicale, l’amélioration de l’attractivité du pays auprès de chercheurs étrangers (et notamment américains) dans le cadre de Choose France for Science, le soutien au Paris Saclay Cancer Cluster, notamment, sans oublier des projets d’usines de fabrication de médicaments », énumère Charles-Edouard Escurat, directeur général de l’agence de l’innovation en Santé. Ces initiatives, appuyées par le Leem, l’organisation professionnelle des entreprises du médicament en France, sous forme de concertation et d’efforts collectifs de la part des industriels du secteur, connaissent déjà un certain succès ou devraient porter leurs fruits dans les années à venir.

A la traîne pour les essais cliniques

Il n’en reste pas moins que la France perd des places dans la course à l’excellence. D’après le baromètre du Leem, elle n’est plus qu’en troisième position en Europe pour les essais cliniques. Et alors que l’Europe était, dans les années 90, largement en tête, elle est, avec 19 % des essais, aujourd’hui loin derrière la Chine et les Etats-Unis.

Selon d’autres critères, « la France, en raison de délais administratifs, a du mal à donner accès rapidement à de nouveaux traitements. Ainsi, les délais moyens y sont de 597 jours, contre 128 en Allemagne », ajoute Laurence Peyraut, directrice générale de Leem. Enfin, le prix, bas, de certains médicaments en France, rebute des industriels qui renoncent à en offrir l’accès. Et l’absence de ces produits de référence freinent aussi de nouveaux essais.

Pour améliorer la situation, les solutions, de la simplification administrative à des investissements plus élevés, impliquant une plus grande prise de risques, sont connues. Encore faut-il les mettre en œuvre. La co-directrice de l’observatoire de la santé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Anne Sénéquier, en propose une supplémentaire : l’éducation du grand public, ne serait-ce que sur le coût d’un traitement ou d’une hospitalisation. De quoi, en plus de construire un soutien populaire, insuffler responsabilité et frugalité en santé…

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