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L’UE veut accélérer la production de missiles pour soutenir l’Ukraine et réarmer l’Europe face à la Russie

Andrius Kubilius, le commissaire européen à la défense a appelé jeudi à « passer à la vitesse supérieure » dans la production de missiles lors d’un déplacement chez le fabricant européen MBDA. « Pour le moment, la Russie produit plus que nous dans différents domaines, et parfois de beaucoup. Nous devons donc vraiment passer à la vitesse supérieure et afficher très clairement l’ambition de dépasser la Russie en matière de production » afin de la dissuader de s’en prendre à l’UE, a-t-il insisté dans l’usine de MBDA de Bourges, où sont fabriquées les pièces mécaniques des missiles de défense aérienne Aster, concurrents du Patriot américain dont l’Ukraine a cruellement besoin.

L’an passé, l’Ukraine a subi 2 000 attaques de missiles, dont 900 missiles balistiques contre chacun desquels il faut tirer deux à trois missiles de type Patriot pour l’intercepter, selon le commissaire européen. Or la capacité de fabrication annuelle des Etats-Unis ne dépasse pas 750 Patriot, et Washington va devoir reconstituer ses stocks amputés par la guerre au Moyen-Orient, a rappelé M. Kubilius à l’occasion de cette étape d’un « missile tour » engagé auprès de tous les fabricants en Europe.

« C’est extrêmement important que dès maintenant on se mette à travailler pour les besoins ukrainiens et à la manière dont l’industrie européenne peut y répondre dans le temps court », a estimé la ministre déléguée aux armées Alice Rufo qui l’accompagnait ainsi que Benjamin Haddad, chargé de l’Europe.

La défaite politique de Viktor Orban en Hongrie laisse entrevoir la possibilité du déblocage du prêt de 90 milliards d’euros de l’UE à Kiev, dont 60 milliards pour ses besoins militaires, a espéré le commissaire européen. Les commandes viendront, il s’agit de pouvoir y répondre. Y compris « pour notre réarmement », a rappelé Mme Rufo : le projet d’actualisation de la loi de programmation militaire prévoit 8,5 milliards d’euros supplémentaires, soit un total de 26 milliards entre 2024 et 2030, pour les seules munitions.

Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, MBDA est pressé pour hâter le pas, surtout sur les précieux missiles franco-italiens Aster. Leur production – dont le volume est confidentiel – a été multipliée par cinq entre 2024 et 2025 et doit encore doubler en 2026, affirme Hervé de Bonnaventure, conseiller militaire du PDG de MBDA, Eric Béranger. Et l’objectif de délai de production, de trois ans en 2022, est en passe d’atteindre les 18 mois. Difficile de raccourcir encore les délais selon lui : « Un missile, ce n’est pas un tube, c’est un avion de chasse miniaturisé », explique-t-il en détaillant le « PIF », une pièce usinée de l’Aster. A elle seule, sa production nécessite une année de production et une cinquantaine d’opérations, une durée « très difficilement compressible ». Au total, un missile Aster contient 40 000 composants, dont 60 % sont produits par des sous-traitants.

Lors de l’étape française de son « missile tour », le commissaire européen et la ministre française se sont par ailleurs rendus chez Safran à Montluçon, où sont produits les AASM, des kits de guidage et de propulsion pour bombes. Ceux-ci permettent de larguer une bombe à 70 kilomètres de son objectif sans crainte que son guidage soit brouillé par l’ennemi, ce qui a fait de l’AASM un armement prisé tant par l’Ukraine que la France ou les clients export.

Safran est lui aussi engagé dans une hausse des cadences et a ainsi produit 1 200 AASM l’an passé, quatre fois plus qu’en 2022. Et l’ambition de la France d’augmenter de 240 % son stock d’AASM par rapport à la cible initialement prévue va nécessiter une nouvelle « augmentation significative » des cadences, confie-t-on chez Safran.

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