L’industrie chimique européenne poursuit son recul structurel. Selon France Chimie, la dépendance du continent aux importations a atteint un niveau inédit en 2024, révélateur d’un affaiblissement profond de sa base productive. « C’est un mouvement « lent mais inexorable » qui est à l’œuvre, signe de la crise du secteur européen de la chimie : plus de 50 % des familles de molécules n’ont plus d’approvisionnement assuré par l’Europe, un seuil désormais franchi pour la première fois, sur l’année 2024 », a exposé Frédéric Gauchet, président de France Chimie.
Malgré les discours récurrents sur la souveraineté industrielle, la tendance s’accélère. « de plus en plus de produits de la chimie doivent être importés » en Europe, a-t-il ajouté, soulignant le basculement d’un secteur autrefois pilier de l’industrie mondiale.
Une perte de leadership
Le contraste avec la situation d’il y a vingt ans est frappant. En 2008, l’Europe dominait encore le secteur. Aujourd’hui, le paysage mondial a été totalement redessiné. L’activité a certes fortement progressé à l’échelle globale, mais la part européenne s’est effondrée.
France Chimie rappelle qu’en 2008, la chimie européenne représentait 23 % d’un marché de plus de 2.000 milliards d’euros, devant la Chine (19 %) et les États-Unis (18 %), selon les données du Cefic. Près de vingt ans plus tard, le marché mondial a plus que doublé pour atteindre 5.000 milliards d’euros. Mais l’Europe ne pèse plus que 13 %, juste devant les États-Unis (12 %), tandis que la Chine domine largement avec 46 % en 2024.
La Chine, moteur industriel mondial
L’écart continue de se creuser. La chimie chinoise, portée par une stratégie industrielle massive et intégrée, continue de croître rapidement. Entre 2024 et 2025, elle a progressé de près de 8 %, contribuant fortement à la croissance mondiale du secteur, estimée à 3,8 %. Le plan d’investissement de la Chine « a débuté par l’amont de la chimie mais il descend de plus en plus, et aucun secteur ne lui échappera en 2030 », souligne Frédéric Gauchet à propos de la stratégie industrielle chinoise.
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Pour France Chimie, le constat est sans ambiguïté : le continent décroche dans la compétition internationale. « L’Europe est « la grande perdante » de cette reconfiguration », estime l’organisation professionnelle. Un phénomène accentué par la compétitivité prix : même les industriels européens se tournent vers des fournisseurs extra-européens, jugés moins coûteux. Au final, « de plus en plus de clients européens se détournent « de l’offre européenne de la chimie », car elle est « plus chère que ses concurrentes ». »
La perte de compétitivité se traduit désormais en ajustements industriels rapides. Les fermetures de sites s’accélèrent, tandis que les capacités existantes sont sous-utilisées. « On n’a pas fini de restructurer notre chimie européenne », commente Frédéric Gauchet. Selon France Chimie, l’Europe a perdu 9 % de ses capacités de production en quatre ans. Un recul qui n’a pas permis de résoudre les déséquilibres structurels du secteur.
Un contexte géopolitique aggravant
À ces difficultés structurelles s’ajoute un environnement international instable. Les tensions au Moyen-Orient viennent perturber un secteur déjà fragilisé, notamment via les chaînes d’approvisionnement en énergie et matières premières. « Les responsables politiques européens « reconnaissent le danger, mais ils doivent passer aux actes » », lance Frédéric Gauchet. France Chimie estime que les effets du conflit se feront sentir « en mois, voire en années », et refuse désormais « de toute prévision de la production française en 2026 ».
En France, le secteur a généré 100,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en baisse de 1,3 %. Il représente 4.400 entreprises et 229.000 salariés. Industrie transversale, la chimie alimente la quasi-totalité des chaînes de valeur économiques : consommation des ménages, automobile, aéronautique, agriculture, construction ou énergie.

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