La guerre en Iran pèse sur les perspectives économiques de l’Allemagne, qui s’oriente vers une quatrième année de stagnation. Selon des personnes “proches du dossier” citées par le journal britannique Financial Times (FT), Berlin s’apprête à réduire sa prévision de croissance pour 2025 de 1 % à 0,5 %, en raison de la flambée des prix de l’énergie. Cette révision placerait la première économie européenne au bord d’une quatrième année consécutive de stagnation, malgré un ambitieux plan de dépenses publiques de 1 000 milliards d’euros financé par la dette.
Le ministère allemand de l’Économie a averti, dans une déclaration officielle, que “le développement économique en Allemagne a nettement perdu de son élan au premier trimestre dans le contexte du conflit au Moyen-Orient”. Tandis que le chancelier Friedrich Merz a déjà affirmé lundi 13 avril que les effets de la guerre “se feront sentir pendant longtemps”. La modeste croissance attendue cette année sera principalement tirée par “l’impulsion des dépenses publiques”, tandis que les investissements privés, les exportations et la consommation intérieure stagnent, a déclaré une source gouvernementale citée par le FT.
Choc énergétique
Ce nouveau choc énergétique intervient alors que l’économie allemande n’a pas encore absorbé les conséquences de la guerre en Ukraine. L’industrie, notamment chimique et pharmaceutique, reste affaiblie : la production est même retombée à ses niveaux… de 2004. Les faillites ont atteint leur plus haut niveau depuis plus de 20 ans et le chômage, en hausse sur la quasi-totalité des derniers mois, dépasse de 30 % son niveau d’avant la crise sanitaire.
Face à cette situation, le gouvernement tente de limiter l’impact de la crise énergétique en annonçant un plan de soutien de 1,6 milliard d’euros contre la hausse du carburant. Il consiste principalement en une baisse d’environ 0,17 euro par litre sur l’essence et le diesel pendant deux mois, destinée à alléger immédiatement le prix à la pompe pour les ménages et les entreprises. A cela s’ajoute une prime de transport allant jusqu’à 1 000 euros, exonérée d’impôts et de charges sociales, afin de compenser partiellement la hausse des coûts liés aux déplacements.
L’Espoir d’une relance par les finances publiques
Mais les perspectives à moyen terme restent sombres. Pour Jörg Krämer, économiste en chef de Commerzbank s’exprimant auprès du FT, il est “de plus en plus probable” que 2026 soit “une nouvelle année perdue en termes de croissance”, avec une prévision limitée à 0,3 %. “C’est pratiquement un zéro noir”, résume-t-il. Malgré un léger rebond du PIB en 2024, l’activité reste inférieure à son niveau de 2022 et à peine supérieure à celui d’avant la pandémie. “La stagnation est la nouvelle norme”, analyse de son côté Clemens Fuest, à la tête du think tank Ifo basé à Munich, qui met en avant plusieurs difficultés structurelles : coûts énergétiques élevés, recul de la population active, faible productivité et lourdeur bureaucratique.
L’impact très attendu du plan massif d’investissements publics pourrait, quant à lui, rester limité : Goldman Sachs estime qu’il n’ajoutera que 0,5 point de croissance en 2025. La guerre en Iran a également brisé l’espoir d’un “climat d’optimisme” susceptible de stimuler le secteur privé. Certains économistes restent toutefois plus enthousiastes, estimant que la mise en œuvre du plan budgétaire pourrait relancer suffisamment la consommation et l’emploi.

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