La dynamique du commerce extérieur chinois a nettement ralenti en mars, révélant les premiers effets du contexte géopolitique tendu sur la demande mondiale. Selon des données officielles publiées mardi, « les exportations de la Chine ont progressé à un rythme moins important qu’anticipé en mars », avec une hausse limitée à 2,5 % sur un an, très en deçà du consensus de +8,6 %.
Ce coup de frein intervient après un début d’année particulièrement robuste. Sur les deux premiers mois de 2026, les exportations avaient progressé de plus de 20 % sur un an, laissant espérer une poursuite de la dynamique. Mais « elles n’ont augmenté que de 2,5 % en mars sur un an », ont confirmé les Douanes chinoises, un ralentissement jugé « bien plus fort qu’attendu » par les économistes.
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En toile de fond, le durcissement de l’environnement international pèse lourd. La guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix de l’énergie perturbent les échanges mondiaux. « L’incertitude des perspectives macroéconomiques mondiales, alimentée par le conflit au Moyen-Orient, a probablement pesé sur la demande » de produits chinois, analyse Zhiwei Zhang, économiste chez Pinpoint Asset Management.
Les tensions commerciales avec les États-Unis accentuent également ce mouvement. Les exportations chinoises vers le marché américain ont chuté de 26,5 % sur un an en mars, à 29,4 milliards de dollars, sous l’effet des droits de douane imposés par le président américain Donald Trump.
Une demande intérieure plus vigoureuse que prévu
À rebours de cette faiblesse à l’export, les importations affichent une vigueur inattendue. « D’après les douanes chinoises, les importations ont pour leur part bondi le mois dernier de 27,8 % sur un an », bien au-delà des anticipations des économistes, qui tablaient sur une progression de 11,2 %.
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Ce dynamisme reflète en partie la hausse des prix de l’énergie, dans un contexte de tensions géopolitiques, mais aussi une demande intérieure qui résiste. Pour les autorités chinoises, cet indicateur constitue un signal encourageant dans leur stratégie de rééquilibrage économique vers la consommation domestique.
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Malgré cette résilience, les responsables restent prudents. Le directeur adjoint des Douanes, Wang Jun, a évoqué « de nombreuses incertitudes et instabilités dans l’environnement extérieur », soulignant la fragilité de la reprise.
Des perspectives encore incertaines
À moyen terme, les analystes restent partagés. Certains estiment que la diversification énergétique de la Chine pourrait amortir les chocs immédiats liés à la hausse des prix du pétrole. D’autres redoutent qu’un ralentissement plus marqué de l’économie mondiale ne finisse par peser sur les exportations.
Zichun Huang, analyste chez Capital Economics, se veut toutefois plus optimiste : « Malgré la flambée des prix de l’énergie, les exportations devraient se maintenir à un bon niveau dans les trimestres à venir, soutenues par la vigueur de la demande en semi-conducteurs et technologies vertes ».
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Dans ce contexte contrasté, les marchés attendent désormais la publication des chiffres du PIB chinois du premier trimestre, prévue jeudi. Selon un consensus d’analystes, la croissance devrait atteindre 4,8 %, un léger rebond par rapport aux 4,5 % enregistrés au dernier trimestre 2025.
Reste que la transition du modèle économique chinois, toujours dépendant de ses exportations malgré les efforts en faveur de la consommation, s’annonce délicate. La crise immobilière persistante continue de peser sur la confiance des ménages et pourrait freiner durablement la demande intérieure, au moment même où le moteur externe montre des signes d’essoufflement.

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