{"id":5891,"date":"2026-04-09T07:10:06","date_gmt":"2026-04-09T07:10:06","guid":{"rendered":"https:\/\/akhbaronline.co\/hunter\/dominique-de-villepin-le-pouvoir-des-mots-le-risque-du-bla-bla\/"},"modified":"2026-04-09T07:10:13","modified_gmt":"2026-04-09T07:10:13","slug":"dominique-de-villepin-le-pouvoir-des-mots-le-risque-du-bla-bla","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/akhbaronline.co\/hunter\/dominique-de-villepin-le-pouvoir-des-mots-le-risque-du-bla-bla\/","title":{"rendered":"Dominique de Villepin : le pouvoir des mots, le risque du bla-bla"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p>Dominique de Villepin sourit, Dominique de Villepin s\u2019excuse. Nous sommes le 27 mars, dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu de la Sorbonne \u00e0 Paris, et il vient, c\u2019est lui qui le dit, d\u2019&#8221;infliger un pensum d\u2019une telle longueur&#8221; \u00e0 son auditoire : un texte lu pendant 1 heure et 14 minutes, de quoi effectivement assommer un public jeune pour l\u2019essentiel, qui a n\u00e9anmoins ovationn\u00e9 le nom de Rosa Parks \u2013 quand ceux d\u2019Olympe de Gouges ou de Lucie Aubrac furent accueillis en silence \u2013 et applaudi l\u2019attaque en r\u00e8gle contre Nicolas Sarkozy, accus\u00e9 d\u2019avoir &#8220;introduit le virus de la division&#8221;. Le &#8220;moment fran\u00e7ais&#8221;, puisque tel est le nom de l\u2019intervention, prononc\u00e9e en pr\u00e9sence du rappeur et acteur fran\u00e7ais Fianso, est-ce un discours, est-ce une dissertation, est-ce un ovni ?<\/p>\n<p>&#8220;La politique, c\u2019est parler&#8221;, disait en son temps Philippe S\u00e9guin. Peut-on partir \u00e0 l\u2019assaut de l\u2019Elys\u00e9e avec pour seuls alli\u00e9s les mots ? La puissance du verbe suffit-elle \u00e0 gagner le plus rude des combats \u00e9lectoraux, alors m\u00eame que la politique est d\u00e9mon\u00e9tis\u00e9e et que la qu\u00eate de l\u2019efficacit\u00e9 est sacralis\u00e9e ? Quand il songe aux autres, Dominique de Villepin constate souvent que &#8220;le bavardage politique tue la politique&#8221; et que &#8220;l\u2019aptitude au silence s\u2019est cass\u00e9e en 2007&#8221;.<\/p>\n<p>Lui qui entend &#8220;renier la communication&#8221; a le verbe haut, la ma\u00eetrise de la langue parfaite, la richesse du vocabulaire naturelle. Ce n\u2019est pas tous les jours qu\u2019un (quasi) candidat \u00e9voque &#8220;la France, ce p\u00e9trichor qui monte des champs, des chemins, des jardins&#8221; (le Larousse pr\u00e9cise qu\u2019il s\u2019agit de &#8220;l\u2019odeur suave caract\u00e9ristique qui se d\u00e9gage de la terre lorsque la pluie tombe&#8221;) ; qu\u2019un aspirant \u00e0 l\u2019Elys\u00e9e cite \u2013 accrochez les wagons &#8211; La Fontaine, Nerval (deux fois), Saint-Exup\u00e9ry, Cendrars, Grossman, Kant, Giacometti, Celan, Arendt, P\u00e9guy, C\u00e9saire, Michelet, Bloch. Parmi les &#8220;grands hommes d\u2019Etat et grands politiques&#8221;, voici Richelieu, Clemenceau, de Gaulle, Blum, Jaur\u00e8s, Mend\u00e8s France, Mitterrand, Chirac, parmi les r\u00e9f\u00e9rences voici <i>Le n\u0153ud gordien<\/i> et <i>L\u2019\u00e9trange d\u00e9faite<\/i>.<\/p>\n<p>&#8220;Aujourd\u2019hui je suis venu vous parler de la France. Parce que personne n\u2019en parle plus vraiment. Le mot France lui-m\u00eame s\u2019est comme effac\u00e9 du vocabulaire. (\u2026) Tout sonne creux en politique.&#8221; Au commencement \u00e9taient les mots, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e aussi. Ainsi s\u2019avance Dominique de Villepin \u2013 dont les chiffres sont pour le moment moins beaux que les mots : au premier tour de la pr\u00e9sidentielle, en fonction des participants, il est cr\u00e9dit\u00e9 de 2,5 % \u00e0 6 % des suffrages dans le sondage Elabe r\u00e9alis\u00e9 du 25 au 27 mars pour <i>La Tribune<\/i>.<\/p>\n<p>L\u2019ancien Premier ministre situe la rupture dans l\u2019action publique en 2007, lorsque son meilleur ennemi, Nicolas Sarkozy, acc\u00e8de \u00e0 la plus haute fonction et que d\u00e9bute &#8220;la banalisation de la parole pr\u00e9sidentielle&#8221;. A ce chef de l\u2019Etat il reproche d\u2019avoir &#8220;touch\u00e9 \u00e0 l\u2019Etat de droit&#8221; et &#8220;introduit le venin d\u2019une identit\u00e9 nationale d\u00e9finie contre l\u2019immigration&#8221;, \u00e0 Fran\u00e7ois Hollande d\u2019avoir &#8220;affaibli la puissance publique&#8221;, \u00e0 Emmanuel Macron d\u2019avoir sign\u00e9 &#8220;l\u2019\u00e9chec de la ruse en politique, l\u2019\u00e9chec du dogmatisme \u00e9conomique, l\u2019\u00e9chec de la gesticulation en politique \u00e9trang\u00e8re&#8221;. Quelques propositions surgissent, il ne l\u00e9sine pas sur les conseils, un des territoires autour du pr\u00e9sident, un autre de souverainet\u00e9 permanent, un troisi\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9en. Mais l\u2019heure n\u2019est plus \u00e0 la verticalit\u00e9, pourquoi ne pas organiser un r\u00e9f\u00e9rendum d\u2019initiative citoyen et installer une convention citoyenne permanente ?<\/p>\n<p>Dominique de Villepin parle. Deux jours apr\u00e8s la Sorbonne, il est au grand jury RTL-<i>Le Figaro<\/i>\u2013M6 ; sur la 5 le 1<sup>er<\/sup> avril, sur LCI le 2 avril, sur BFM le 5 avril. Sur les r\u00e9seaux sociaux, il commente quelques chefs-d\u2019\u0153uvre, les <i>Feuillets d\u2019Hypnos<\/i> de Ren\u00e9 Char, les <i>R\u00e9cits de la Kolyma<\/i> de Varlam Chalamov, <i>L\u2019Automne du patriarche<\/i> de Gabriel Garc\u00eda M\u00e1rquez, <i>L&#8217;Iliade et l&#8217;Odyss\u00e9e<\/i> d&#8217;Hom\u00e8re ce mercredi, et agr\u00e9mente parfois ses interventions d\u2019illustrations, Chagall un jour (de P\u00e2ques), Hilma af Klint un autre.<\/p>\n<p>Les mots sont commodes et g\u00e9n\u00e9reux, qui autorisent toutes les largesses, tous les oublis. Le jour de la mort de Lionel Jospin, il publie un texte tr\u00e8s \u00e9logieux pour saluer &#8220;un homme d\u2019Etat, un homme de rigueur et de conviction, homme de lettres, d\u2019esprit et de principes&#8221;. L\u2019ancien chef de gouvernement socialiste doit imm\u00e9diatement se retourner dans sa tombe, lui qui, dans un documentaire de 2009 (<i>Lionel raconte Jospin<\/i>, par Patrick Rotman) ciblait nomm\u00e9ment le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Elys\u00e9e de l\u2019\u00e9poque, soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir &#8220;syst\u00e9matiquement organis\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019offensives contre moi en cherchant \u00e0 me mettre en cause, parfois \u00e0 m\u2019affaiblir, \u00e0 me salir&#8221;.<\/p>\n<p>Et que l\u2019on ne s\u2019aventure pas \u00e0 demander \u00e0 Dominique de Villepin ce qu\u2019il ferait, &#8220;pas seulement en termes de bla-bla&#8221;, lance un soir Darius Rochebin sur LCI. &#8220;Je vous rappelle avec beaucoup de civilit\u00e9 que la diplomatie ce n\u2019est pas du bla-bla, r\u00e9pond-il. Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e0 Phnom Penh, ce n\u2019est pas du bla-bla, la France en Irak en 2003, ce n\u2019est pas du bla-bla.&#8221;<\/p>\n<p>Sur quoi appuyer ce flot de paroles ? S\u2019il se r\u00e9f\u00e8re parfois \u00e0 la baisse des d\u00e9ficits publics qu\u2019il estime avoir r\u00e9ussie lorsqu\u2019il \u00e9tait \u00e0 Matignon entre 2005 et 2007, c\u2019est surtout son fameux discours \u00e0 l\u2019ONU qui parle pour lui. En petit comit\u00e9, son lointain successeur au Quai d\u2019Orsay, Jean-No\u00ebl Barrot, souligne pourtant &#8220;la maldonne de 2003&#8221; : &#8220;Cela n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 la guerre en Irak, c\u2019est l\u2019illustration de la distorsion entre les mots et l\u2019action.&#8221; Et c\u2019est maintenant le c\u0153ur de la probl\u00e9matique Villepin : comment d\u00e9passer le verbe. <\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/politique\/dominique-de-villepin-le-pouvoir-des-mots-le-risque-du-bla-bla-5NCW42IQOZDCRF2BVUE7Y3VRFA\/\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dominique de Villepin sourit, Dominique de Villepin s\u2019excuse. 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