Annoncée il y a déjà quatre ans pour une mise en service à partir de 2024, la ferme aquacole géante de Pure Salmon, en Gironde, a pris du retard. Mais elle continue à avancer au gré des démarches réglementaires, dont l’enquête publique menée entre le 15 décembre 2025 et le 19 janvier 2026.
Ce projet d’élevage industriel de plusieurs milliers de saumons doit être implanté sur la commune du Verdon, dans le Médoc, sur un terrain du Grand port maritime de Bordeaux situé le long de l’estuaire de la Gironde.
10 000 tonnes de saumon doivent y être produites chaque année à partir de saumons élevés en bassins hors sol, de l’éclosion des œufs jusqu’à l’abattage. Classé ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement), le complexe de 14 hectares sera notamment composé de bassins d’élevage couverts et réfrigérés fonctionnant en recirculation d’eau, d’une usine d’abattage et de préparation de saumon et de locaux de stockage.
Près de 23 000 contributions
À l’issue de l’enquête publique, ce projet a reçu un avis favorable à la délivrance de l’autorisation environnementale et du permis de construire. Un feu vert acté alors même que l’enquête publique, bien qu’organisée pendant les fêtes de fin d’année, a suscité « un nombre exceptionnel de contributions » – près de 23 000 participations – qui s’avèrent défavorables dans leur quasi-totalité. Et alors même qu’une proposition de loi soutenue par une centaine de députés réclame un moratoire de dix ans sur ces « fermes-usines » de saumons.
Dans un « Appel pour l’océan », 27 ONG ont aussi dénoncé un projet « complètement démesuré » constituant une menace pour l’écosystème de l’estuaire, le plus grand et le plus sauvage d’Europe, qui pâtirait des rejets de boues au détriment de la pêche et de la conchyliculture locales.
À l’inverse, les trois commissaires enquêteurs considèrent que « les éléments recueillis montrent qu’au-delà des oppositions, le projet dispose de garanties techniques et d’un encadrement progressif susceptibles de contrôler et maîtriser ses impacts, tout en offrant des perspectives de développement économique pour le territoire. » Pure Salmon fait miroiter la création de 250 emplois directs à terme avec cet investissement de 280 millions d’euros.
Deux réserves formulées
« Le niveau élevé de contestation exprimé dans les contributions et les inquiétudes liées à la dimension du projet traduisent une acceptabilité sociale encore fragile, s’appuyant sur des éléments majoritairement subjectifs », écrivent toutefois les enquêteurs avant de formuler deux demandes précises. Premièrement, la montée en puissance de la production devra être « progressive » avec des jalons de 50 %, 75 % puis 100 % et un contrôle, notamment, des rejets dans l’estuaire et de la densité des poissons dans les bassins d’élevage, jugée trop élevée par les opposants.
La commission réclame aussi que l’eau potable utilisée sur le site « devra être exclusivement à l’usage des salariés et dans la limite stricte de 15 mètres cubes par jour », alors que les détracteurs de Pure Salmon redoutent un détournement de la ressource.
Financée par un fonds d’investissement singapourien, la société défend « un enjeu de souveraineté alimentaire », alors que 99 % du saumon consommé en France est importé. Elle affirme que sa « technologie éprouvée » garantit « un impact maîtrisé sur la biodiversité » et que son approvisionnement obéit à des « normes strictes », assurant aux saumons une alimentation « responsable et traçable ».
Mise en service à partir de 2028
La communauté de communes qui accueillera Pure Salmon a voté à la quasi-unanimité, fin 2025, pour la construction de l’usine. Mais la Commission locale de l’eau, le BRGM et le Conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde ont rendu des avis défavorables, pointant un déficit d’information derrière les « affirmations rassurantes ». En janvier, une manifestation a rassemblé plusieurs centaines d’opposants.
Le conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) doit désormais donner rendre un avis consultatif sur cette implantation dans les prochains mois. C’est le préfet de Gironde qui statuera au final sur la délivrance de l’autorisation environnementale. De son côté, Pure Salmon envisage une mise en service en 2028 et une commercialisation des premiers saumons en 2030.
