Tag: Tech et transformations

  • L’IA signe “la fin des faiseurs de PowerPoint”, selon les directeurs d’HEC et de l’université Bocconi

    L’IA signe “la fin des faiseurs de PowerPoint”, selon les directeurs d’HEC et de l’université Bocconi

    Comment s’adaptent les écoles qui forment l’élite de demain au bouleversement de l’intelligence artificielle ? Invités du colloque de L’Express consacré à l’apprentissage à l’ère de l’IA, le 23 mars dernier, les directeurs de deux prestigieuses business schools ont partagé leurs expériences : Francesco Billari, recteur de l’université Bocconi, venu de Milan pour l’occasion, et Eloïc Peyrache, directeur général d’HEC.

    L’Express : Grâce à l’IA générative, les étudiants peuvent produire en quelques secondes un business plan, une analyse de cas, une dissertation d’économie. Une remise en cause du modèle de vos grandes écoles, fondées sur l’effort ?

    Francesco Billari : L’intelligence artificielle nous pose des défis, mais c’est aussi une occasion fantastique pour nos brillants étudiants. La Bocconi, historiquement spécialisée en économie et en management, va ouvrir un département de sciences informatiques. Nous faisons en sorte que tous les étudiants se familiarisent avec l’IA, qu’ils aient conscience des emplois menacés. Prenons l’exemple des présentations PowerPoint, travail typique d’un jeune embauché. De toute évidence, ce n’est pas un travail d’avenir. Donc il nous faut surtout nous assurer que chacun est capable de poser des questions et d’en interpréter les réponses, plutôt que de simplement produire des slides.

    Eloïc Peyrache : La meilleure façon d’être remplacé, c’est d’être un passe-plat. Il va falloir continuer à penser et à développer un certain nombre de compétences. Longtemps, nos écoles se sont focalisées sur la solution optimale – la meilleure stratégie, la meilleure façon d’augmenter la valeur d’une entreprise… L’intérêt va se déplacer vers l’amont, la compréhension du problème. La capacité à structurer, à poser les bonnes questions, à définir l’objectif, à mettre en œuvre la solution va devenir clé.

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    Ces nouveaux usages changent-ils aussi la donne en matière d’évaluation ?

    E.P. : Les entreprises se fiaient jusqu’ici à notre sélection à l’entrée, à nos examens… Pour certaines matières, le retour à de l’évaluation sur papier va permettre de s’assurer que c’est bien l’élève qui a répondu. Pour les travaux à la maison, on va partir du principe que le mémoire est réalisé avec l’aide de l’IA, donc notre approche va évoluer : on va revenir à des présentations orales, l’étudiant devra venir défendre son mémoire face à des jurys…

    Une étude du MIT a montré que plus les étudiants utilisaient l’IA, plus certaines parties de leur cerveau s’atrophiaient. Comment réagir ?

    F.B. : A l’université, il faut nous assurer que nos étudiants se parlent, qu’ils aient des interactions dans les salles de classe et que le campus leur propose une expérience particulière. C’est indispensable pour développer des compétences émotionnelles, sociales, humaines.

    Comment imaginez-vous la vie d’un étudiant sur vos campus dans dix ans ?

    F.B. : Bocconi va considérablement se transformer et devenir plus scientifique, car la révolution de l’IA rend plus ténue la frontière entre les universités de sciences et les business schools.

    E.P. : Nous serons en mesure de personnaliser davantage l’accompagnement de carrière, le travail personnel, etc. Il y aura aussi plus d’étudiants qui suivront les cours à distance. Mais la question du lien et du collectif va rester importante, c’est pourquoi nous investissons massivement sur le campus d’HEC.

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  • Humanity’s Last Exam, le “test de QI” que les IA les plus puissantes n’arrivent pas à battre

    Humanity’s Last Exam, le “test de QI” que les IA les plus puissantes n’arrivent pas à battre

    Dans la mythologie grecque, qui est l’arrière grand-père maternel de Jason ? Si vous séchez, peut-être préférerez-vous répondre à une question sur les syllabes fermées se terminant par une consonne en hébreu biblique, en vous basant sur la tradition de prononciation tibérienne. Voulez-vous plutôt tester votre connaissance des réactions en cascade péricyclique thermique d’ester méthylique ? Ou bien sur les chaînes de Markov et les graphes ?

    Ces questions ne proviennent pas des annales d’examen d’une université d’élite, mais d’Humanity Last Exam. “Le dernier examen académique que nous voulons faire passer aux intelligences artificielles”, précise Long Phan, chercheur en IA au Center of AI Safety et l’un des créateurs de ce test, pensé comme l’ultime frontière entre les humains et les machines.

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    Des questions de niveau doctorat

    Les tests pour mesurer les capacités des AI, ou benchmarks, étaient utilisés bien avant l’arrivée de l’intelligence artificielle générative pour déterminer si des produits étaient prêts à être déployés. Mais avec l’arrivée des LLM, les large langage models qui propulsent les outils comme ChatGPT, ils ont vite été dépassés. MMLU, dévoilé en 2020, avait ainsi été conçu pour être plus difficile que les autres benchmarks, et testait les IA sur 16 000 questions demandant de la culture générale ainsi que des capacités de raisonnement. Dès sa sortie, en novembre 2022, ChatGPT 3.5 affichait néanmoins 70 % de bonnes réponses.

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  • Stéphane Mallat, médaille d’or du CNRS : “Les mathématiques ne se découvrent pas dans un livre”

    Stéphane Mallat, médaille d’or du CNRS : “Les mathématiques ne se découvrent pas dans un livre”

    L’intérêt de Stéphane Mallat pour l’intelligence artificielle remonte à son doctorat, à l’université de Pennsylvanie, à la fin des années 1980. Le chercheur a ensuite travaillé sur la perception visuelle et le traitement du signal. Puis il s’est éloigné de l’IA, pour mieux y revenir “quand les réseaux de neurones ont commencé à démontrer des performances spectaculaires, d’autant que les mathématiques sous-jacentes étaient devenues beaucoup plus larges et intéressantes”, explique-t-il à L’Express.

    Polytechnicien, ancien président du département de mathématiques appliquées de l’X, Stéphane Mallat est professeur au Collège de France, membre de l’ENS–PSL et chercheur de l’IA Cluster PR[AI]RIE. Il a reçu en 2025 la médaille d’or du CNRS pour sa contribution au rayonnement de la recherche tricolore. L’Express lui a attribué, lundi soir, le Prix de la Science pour son initiative MathAData, qui vise à transmettre aux lycéens sa passion pour les maths.

    L’Express : Quelles similitudes voyez-vous entre l’apprentissage des réseaux de neurones artificiels, qui sont au cœur de la révolution IA, et l’apprentissage humain ?

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  • Start-up : EU Inc, le 28e régime qui en cache vingt-sept ?

    Start-up : EU Inc, le 28e régime qui en cache vingt-sept ?

    Va-t-il mettre fin à l’hémorragie ? Depuis quelques années, l’Europe planche sur un “28e régime”. Un statut continental qui permettrait à ses entreprises d’attaquer le marché unique plus facilement. Primo, pour éviter que les meilleures pépites filent vers les Etats-Unis. Deuzio, afin qu’elles s’épargnent des millions d’euros de frais de conformité pour naviguer d’un des 27 pays vers les autres. Dégradant, une fois de plus, leur compétitivité face à leurs rivales américaines ou chinoises.

    Dopé par les alertes de Mario Draghi ou d’Enrico Letta, ce serpent de mer a enfin trouvé la surface : EU Inc est né la semaine dernière. Il obtient le nom de ses principaux promoteurs : un vaste mouvement rassemblant des start-ups comme Lovable, Stripe, Revolut, DeepL ou en France Blablacar, ainsi que leurs lobbys nationaux. Il récupère, aussi, une partie de leurs aspirations : création rapide (48 heures) pour une centaine d’euros maximum, en ligne, sans capital minimum, avec une procédure d’insolvabilité simplifiée ou encore des stock-options taxées uniquement à la vente.

    LIRE AUSSI : Un statut européen pour les entreprises : cette mini-révolution qui vient

    Mais pas toutes. Le mouvement à l’origine de EU Inc s’en est ému avant même l’opération de communication de la Commission européenne, en milieu de semaine dernière. La proposition “échoue à atteindre son objectif principal : créer une véritable norme unique à travers l’Europe qui garantisse une sécurité juridique à nos start-up”, commentait-il. Le maillon faible : l’inexistence d’une cour de justice permettant de traiter les litiges survenus avec une EU Inc. C’est le point fort de la société la plus connue au monde, celle du petit Etat du Delaware, aux Etats-Unis. EU Inc n’est toujours pas un vrai 28e régime. Il s’appuie encore sur 27 systèmes nationaux, 27 cultures juridiques et, dans la pratique, 27 versions possibles”, a critiqué jeudi Lucien Burm, président d’une association de start-up néerlandaises, sur le réseau social LinkedIn.

    Le spectre du flop de 2004

    Cet argument n’est pas à prendre à la légère : une meilleure harmonisation juridique a tendance à rassurer les capitaux-risqueurs, qui placent alors plus d’argent sur la table. Il s’agit d’une des limites du développement des start-up en Europe, notamment quand elles touchent aux innovations gourmandes en capital, comme l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et le matériel (hardware) de manière générale. D’ailleurs, au-delà du 28e régime réglementaire, les patrons de start-up régulièrement interrogés par L’Express rêvent d’un marché de capitaux unifié, ou d’une commande publique européenne plus dynamique. Le nerf de la guerre.

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    EU Inc avance malgré tout dans le bon sens, et pourrait être peaufiné, la proposition étant transmise au Parlement pour une adoption définitive espérée en fin d’année. L’économiste espagnol Luis Garicano, professeur à la London School of Economics, plaide pour un meilleur ciblage des jeunes entreprises indépendantes, non cotées, à vocation transfrontalière. D’une part car EU Inc pourrait alors être plus ambitieux : “Création d’un vrai registre européen, de documents standardisés pour le capital-risque, des classes d’actions uniformes et un guichet unique pour la TVA…” liste-t-il dans sa newsletter Silicon Continent. Pourquoi pas plus encore. L’objectif : éviter l’effet coquille vide ou “boîte aux lettres” donnant lieu à de l’évasion fiscale ou du dumping social. Des craintes actuellement dénoncées par les syndicats de travailleurs, et qui est un casse-tête pour Bruxelles. “Un 28e régime ouvert à toutes les entreprises est la certitude que chaque Etat membre craindra la cannibalisation de son propre ordre juridique et social et s’efforcera de tuer les éléments importants du texte”, remarque Garicano. Le spectre du flop, à l’instar de la Société européenne (Societas Europaea), lancée en 2004, est l’autre scénario redouté. Car l’Europe, dans le contexte actuel, ne peut plus se le permettre.

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  • Bugs, pannes, données détruites : le grand flou pour s’assurer contre les erreurs de l’IA

    Bugs, pannes, données détruites : le grand flou pour s’assurer contre les erreurs de l’IA

    En décembre 2025, des ingénieurs d’Amazon confient à Kiro, leur assistant de code maison lancé quelques mois plus tôt, une mission banale de correction de bug mineur dans AWS Cost Explorer. Kiro dispose des mêmes droits d’accès qu’un développeur humain de niveau opérateur. Il prend une décision que nul humain n’aurait prise : supprimer l’environnement de production entier et le reconstruire à partir de zéro. Treize heures de panne s’ensuivent en Asie. La réponse officielle d’Amazon à la presse est sans ambiguïté : l’erreur provient d’un utilisateur du fait d’une mauvaise configuration des droits d’accès, ce n’est pas la faute de l’IA. Cette position reflète la doctrine que les fournisseurs d’agents autonomes inscrivent dans leurs contrats.

    Le cas Amazon n’est pas isolé. Jason Lemkin, fondateur de la conférence SaaStr, a documenté comment son assistant de code Replit a supprimé sa base de données de production en juillet 2025, malgré des instructions explicites de ne pas y toucher. L’agent a ensuite reconnu une erreur de jugement catastrophique. La profusion de ces incidents dessine un schéma appelé à se reproduire. Un agent doté de permissions larges et d’un objectif mal cadré produit des dégâts que personne n’avait autorisés.

    La question du “Qui paie ?” est tranchée contractuellement avant même que le dommage survienne, et elle l’est systématiquement en défaveur de l’entreprise qui a déployé l’outil. Les conditions d’utilisation d’OpenAI plafonnent la responsabilité du fournisseur au montant payé au cours des douze mois précédant l’incident ou à 100 dollars pour un usage individuel. Anthropic pousse cette logique encore plus loin : le client s’engage à l’indemniser pour toute réclamation liée à ses services, sans plafond sur cette obligation. Une étude récente de la Stanford Law School portant sur les contrats des principaux fournisseurs d’IA établit que 88 % d’entre eux minorent leur propre responsabilité, contre 81 % pour les fournisseurs de logiciels. La patate chaude descend en cascade du fournisseur de modèle fondamental jusqu’à l’utilisateur final.

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  • “Où sont les millions ?” : dans les grands groupes français, l’IA générative à l’épreuve du réel

    “Où sont les millions ?” : dans les grands groupes français, l’IA générative à l’épreuve du réel

    En 1987, Robert Solow, économiste américain lauréat du prix Nobel, formulait un constat devenu célèbre : “Vous pouvez voir l’ère informatique partout, sauf dans les statistiques de la productivité.” Quarante ans plus tard, en remplaçant “informatique” par “IA générative”, le paradoxe n’a pas pris une ride. En dépit du bruit médiatique autour de cette technologie depuis plus de trois ans et la sortie de ChatGPT, les résultats tangibles sur l’économie tardent à se concrétiser. Fin février, une gigantesque enquête du National Bureau of Economic Research, menée auprès de 6 000 dirigeants d’entreprises aux Etats-Unis, en Europe et en Australie, concluait que près de neuf entreprises sur dix n’observaient aucun impact perceptible de l’IA générative sur leur emploi ou leur productivité sur les trois dernières années. Le chiffre fait écho à celui du MIT, qui avait défrayé la chronique l’été dernier en affirmant que 95 % des projets associés en entreprise échouaient à délivrer un retour sur investissement.

    Ces derniers mois, L’Express a rencontré plusieurs “grands comptes”, ces sociétés de premier plan de l’Hexagone comme Air France, Total, Axa… Des fleurons du CAC40 dont une partie dispose de bureaux donnant sur la dalle venteuse du quartier d’affaires La Défense. Tous l’admettent : malgré de fortes ambitions et des investissements dépassant parfois les six chiffres, la réalité du terrain est autrement plus modeste. La première difficulté concerne la donnée. L’IA générative repose sur des modèles de langage (LLM), très habiles pour fouiller dans des masses importantes d’informations. Or, si celles-ci sont incomplètes ou éparpillées aux quatre coins de l’entreprise, le résultat sera médiocre. C’est précisément le quotidien de la plupart des grands groupes. Contrairement aux start-up, qui construisent leurs bases de données sur des architectures modernes, ces derniers traînent des décennies de systèmes qui communiquent difficilement, comme un logiciel de comptabilité âgé de 30 ans avec un outil de marketing dernier cri. Les professionnels ont du jargon pour ces problèmes. Les “silos” de données cloisonnées, et le “legacy”, désignant ces systèmes informatiques qui s’empilent depuis plusieurs dizaines d’années.

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    Au sein de la banque LCL, Didier Lellouche, responsable de l’intelligence artificielle, évoque ainsi son “cimetière des POC” : ces preuves de concept, courantes dans les entreprises, qui permettent de tester la technologie sur des cas d’usage. “Dès lors qu’on voulait intégrer un projet d’IA générative dans le système d’information, ça ne marchait plus. Trop compliqué, trop coûteux.” Les tarifs de l’inférence – le fonctionnement de l’IA, facturé par unité de texte appelé token – sont encore trop “opaques” en fonction de leurs besoins, font entendre des interrogés. A Bpifrance, Lionel Chaine, directeur des systèmes d’information de la banque d’investissement, fournit un ratio édifiant : sur 240 tests d’utilisation de l’IA générative, seuls 17 ont finalement été mis en production. “Tout le monde est en train d’apprendre, ajoute-t-il. Et cette fois, malheureusement, on ne peut pas acheter l’expérience des cabinets de conseil afin de nous guider.” Ghislain de Pierrefeu, consultant chez l’un d’eux, le français Wavestone qui a accompagné plusieurs de ces “grands comptes” dans leur transformation, abonde : “Il y a un vrai décalage entre le discours ambiant – l’idée que l’IA générative change le monde – et la réalité des gains. Tout le monde galère.” Un responsable d’une grande entreprise va plus loin : “L’IA générative est survendue.”

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