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  • OPINION. « L’urgence des réseaux sociaux souverains : un enjeu géopolitique pour l’Europe », par Geoffroy Roux de Bézieux, Pauline Rocafull et Gilles Babinet

    OPINION. « L’urgence des réseaux sociaux souverains : un enjeu géopolitique pour l’Europe », par Geoffroy Roux de Bézieux, Pauline Rocafull et Gilles Babinet

    Alors que plus de 5 milliards d’utilisateurs dans le monde actifs utilisent des réseaux sociaux, l’Europe continue de dépendre massivement de plateformes étrangères : américaines, comme Facebook, Instagram ou X (dont le patron, Elon Musk, est convoqué ce lundi 20 en audition libre par le parquet de Paris pour la question de la modération des contenus), ou chinoises comme TikTok. Ces géants dominent la circulation de l’information, des échanges culturels et des débats publics sur le continent.

    Mais à quel prix ? Les enjeux ne sont plus seulement économiques ou technologiques : ils sont aussi, voire avant tout, politiques, sociaux et identitaires. L’Europe, avec ses 450 millions d’habitants, ses valeurs démocratiques et son cadre réglementaire unique, a tout pour devenir un acteur clé de ce secteur. Pourtant, elle reste spectatrice, alors qu’elle dispose déjà des technologies, des expertises en intelligence artificielle et des compétences nécessaires pour réussir.

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    L’Europe a déjà fait un pas en avant avec le RGPD et le Digital Services Act (DSA), qui encadrent l’usage des données et la modération des contenus. Mais la réglementation ne suffit pas : il faut aussi des infrastructures et des plateformes européennes. Contrairement aux idées reçues, l’Europe n’est pas en retard technologiquement.

    D’une part, elle dispose d’une expertise reconnue en IA : l’Union européenne a adopté en 2024 un règlement inédit pour encadrer l’IA, tout en investissant massivement dans des pôles d’innovation numérique et des « AI gigafactories » capables de rivaliser avec les infrastructures américaines ou chinoises. D’autre part, des « startups » et des « scale-ups » européennes, comme Mistral AI en France ou Konux en Allemagne, prouvent que l’Europe peut innover et concurrencer les géants américains. Des investissements de 1,3 milliard d’euros ont récemment été validés par la Commission Européenne pour soutenir ces initiatives.

    Contrairement aux idées reçues, l’Europe n’est pas en retard technologiquement.

    Créer des réseaux sociaux européens, c’est bien plus que remplacer Facebook ou TikTok. C’est protéger les données des citoyens en évitant leur exploitation massive par des acteurs étrangers. C’est aussi stimuler l’innovation locale en offrant un terrain de jeu aux entrepreneurs et aux chercheurs européens, sans dépendre des règles imposées par la Silicon Valley ou Pékin. Cela permet également de renforcer la démocratie en permettant un débat public moins polarisé, moins manipulé par des algorithmes conçus pour maximiser l’engagement plutôt que la qualité de l’information.

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    Enfin, cela aboutit à créer de la valeur économique : les réseaux sociaux sont un marché colossal. Pourquoi laisser les GAFAM et les BATX en capter l’essentiel (ex : 75% du marché publicitaire européen) alors que l’Europe pourrait en tirer des emplois, des taxes et une croissance durable ?

    Mutualiser les ressources

    Bien sûr, le chemin n’est pas aisé, sinon le débat n’aurait pas lieu d’être. Le principal obstacle n’est pas technologique, mais politique et culturel. L’Europe doit en effet coordonner ses efforts pour éviter la fragmentation entre États membres et mutualiser les ressources. Il s’agit aussi d’oser l’ambition : ne pas se contenter de réguler, mais aussi continuer d’innover et d’investir massivement, comme le font les États-Unis et la Chine. Enfin, gagner la confiance des utilisateurs en prouvant que les alternatives européennes sont aussi performantes, sécurisées et attractives que les géants établis.

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    L’Europe n’a pas besoin d’attendre. Elle a les technologies, les talents et les valeurs pour réussir. Ce qui lui manque, c’est une volonté politique claire et une mobilisation collective. Les réseaux sociaux souverains ne sont pas une utopie : ce sont une nécessité stratégique et une opportunité historique. En 2026, alors que le monde numérique se recompose, l’Europe doit choisir : rester un continent spectateur, ou devenir un acteur majeur de la révolution digitale. La réponse dépend de nous. Et elle doit être : maintenant. 

    La liste complète des signataires 

    • Gilles Babinet (Mission CaféIA),
    • David Chavalarias (CNRS),
    • Ariane Cronel (prospectiviste),
    • Stéphane Dubreuil (Projet Epsilon),
    • François Germinet (CY Cergy Paris Université, Le 106),
    • Lorraine Goumot (journaliste économique), 
    • Marie-Virginie Klein (Iconic.),
    • Sébastien Lescop (Cloud Temple),
    • Patrick Levy-Waitz (Fondation travailler autrement),
    • Marie-Caroline Missir (Vers le Haut),
    • Pauline Rocafull (Cité Européenne des Scénaristes),
    • Geoffroy Roux de Bézieux (Notus Technologies),
    • Agnès Saal (Administratrice Générale honoraire), 
    • Sébastien Soriano (Membre du conseil de l’IA et du numérique),
    • Bruno Sportisse (INRIA).

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