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  • OPINION. « Crises géopolitiques : le vrai risque pour les investisseurs n’est pas celui que l’on croit », par Kévin Lajus, CEO de Zeus Invest

    OPINION. « Crises géopolitiques : le vrai risque pour les investisseurs n’est pas celui que l’on croit », par Kévin Lajus, CEO de Zeus Invest

    À chaque crise géopolitique, le même réflexe s’impose : protéger, arbitrer, attendre. Guerres, tensions énergétiques, instabilité politique : l’actualité impose son tempo et installe un climat d’urgence. Les marchés corrigent, les analyses se multiplient, les scénarios se contredisent. 

    Dans ce contexte, l’investisseur est tenté d’agir vite. Trop vite. Car l’histoire financière est formelle : ce ne sont pas les crises qui détruisent le plus de valeur patrimoniale. Ce sont les décisions prises sous leur effet. 

    L’illusion du choc 

    Les marchés n’ont jamais évolué en terrain stable. Chocs pétroliers, crises monétaires, conflits internationaux : l’instabilité est une constante, pas une exception. Et pourtant, sur le long terme, une autre constante s’impose : la création de valeur. 

    Les cycles se transforment, les équilibres se déplacent, certains secteurs reculent quand d’autres émergent. Mais les marchés s’ajustent, souvent plus rapidement que ne le perçoivent les investisseurs. 

    Penser qu’une crise remet en cause cette dynamique relève souvent d’une lecture de court terme. 

    Le piège émotionnel 

    Ce qui fragilise un patrimoine n’est pas la volatilité en elle-même mais la manière dont elle est vécue. Dans les phases de tension, les mêmes comportements se répètent : vendre après une baisse, suspendre toute décision, se réfugier dans des actifs perçus comme sûrs. Ces arbitrages ont une caractéristique commune : ils interviennent au moment où la visibilité est la plus faible. 

    Ils enferment l’investisseur dans un paradoxe bien connu : sécuriser au pire moment, et revenir trop tard. En gestion de patrimoine, le coût de l’émotion est rarement immédiat : il est presque toujours durable.

    Trois erreurs structurantes 

    La première consiste à sortir des marchés pour “attendre”. Or, les phases de rebond s’amorcent précisément lorsque l’incertitude reste élevée. Les manquer altère significativement la performance à long terme. 

    La deuxième est de concentrer son patrimoine sur quelques actifs supposés protecteurs. Or, la diversification d’un portefeuille est clé pour optimiser la croissance du capital à travers les cycles. 

    La troisième est de confondre information et décision. L’actualité est continue, mouvante et souvent anxiogène. Une stratégie patrimoniale, elle, s’inscrit dans le temps long. La piloter au rythme des événements revient à la rendre incohérente. 

    Investir à contretemps… ou à contre-courant 

    Les investisseurs expérimentés ne cherchent pas à anticiper chaque crise. Ils s’attachent à maintenir une trajectoire. Vision long terme, discipline d’allocation, ajustements progressifs : ces principes simples permettent de traverser les phases de turbulence sans remettre en cause l’essentiel. 

    L’histoire offre des repères. En 1973, en pleine crise pétrolière, Warren Buffett investit dans le Washington Post, dans un environnement marqué par l’incertitude. Ce choix, à rebours du climat ambiant, deviendra l’un de ses investissements les plus marquants. 

    La volatilité ne se subit pas uniquement : elle peut aussi se lire comme une opportunité. 

    Repenser la gestion patrimoniale 

    Dans un monde durablement instable, la gestion de patrimoine change de nature. Elle ne consiste plus à sélectionner des produits mais à construire des architectures capables de résister aux cycles. Elle mobilise une lecture macroéconomique, une diversification internationale, une gestion du risque maîtrisée. 

    Surtout, elle impose une forme de pédagogie : aider à distinguer ce qui relève du bruit et ce qui relève de la stratégie. Le rôle du conseil n’est pas de prédire l’imprévisible ; il est d’organiser la résilience. 

    Prendre du recul avant d’agir 

    Avant toute décision, quelques questions simples permettent de réintroduire de la rationalité : Mon horizon d’investissement a-t-il réellement évolué ? Cette décision répond-elle à une stratégie ou à une inquiétude immédiate ? Mon allocation est-elle toujours cohérente ? Suis-je en train de réagir à une baisse ou d’anticiper une tendance durable ? Cette décision aura-t-elle encore du sens dans cinq ans ? 

    Les crises géopolitiques continueront de rythmer les marchés. Elles sont, par nature, imprévisibles. Mais elles ne constituent pas, en elles-mêmes, le principal risque pour un patrimoine. Le véritable enjeu réside ailleurs : dans la capacité à ne pas transformer une incertitude temporaire en décision durable. En matière d’investissement, le danger n’est pas la crise. C’est la réaction qu’elle provoque.

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  • OPINION. « Banques européennes : l’angle mort du risque au Moyen-Orient »

    OPINION. « Banques européennes : l’angle mort du risque au Moyen-Orient »

    Par Michel Santi, économiste (*)

    Le sujet n’est ni l’ampleur du chiffre, ni sa bénignité. C’est l’impossibilité, pour quiconque — citoyen, parlementaire, analyste — d’accéder à une image fidèle du risque au moment précis où cette image devient nécessaire. Et dans cette opacité, le danger n’est même pas là où le débat le cherche.

    Ce que disent les chiffres

    L’Autorité bancaire européenne a publié son Risk Dashboard Q4 2025. L’exposition directe des banques de l’UE au Moyen-Orient s’établit à 132 milliards d’euros, dont 60,8 milliards pour la France (46 %). Rapporté aux 29 100 milliards d’actifs du secteur, c’est moins de 0,5 %. Le CET1 atteint 16,3 %, les créances douteuses 1,8 %, et les grandes banques françaises ont dégagé 35 milliards de bénéfices en 2025.

    Pris isolément, ces indicateurs sont rassurants. Et ceux qui dénoncent le sensationnalisme ont raison sur un point essentiel : une exposition n’est pas un risque. Le système bancaire européen pourrait absorber des pertes bien supérieures sans compromettre sa solvabilité.

    Mais le chiffre net ne dit pas grand-chose non plus.

    Le netting suppose un monde qui n’existe pas

    L’EBA publie des expositions brutes. Les banques publient des chiffres nets, après compensation par les collatéraux — titres souverains, garanties, dérivés. La méthode est légitime, conforme aux normes IFRS. Les écarts sont considérables : pour BNP Paribas, on passe de 55 milliards en brut à environ 6 milliards en net.

    Le problème n’est pas la méthode. Il est dans ses hypothèses.

    Ce qui manque, ce ne sont pas les données : ce sont les hypothèses. Le netting suppose que les marchés fonctionnent normalement. Que les collatéraux restent liquides. Que les flux ne se figent pas. Que le détroit d’Ormuz ne ferme pas.

    En situation de stress, la valeur des garanties n’est plus un prix de marché : c’est une conjecture.

    Le netting protège du risque de crédit. Pas du risque de liquidité.

    Or c’est la liquidité qui tue — vite, sans préavis.

    Le seul chiffre qui compte en temps de crise — l’exposition nette après stress sur les collatéraux — n’est publié par personne.

    Même illusion côté géographie. Une notation souveraine mesure une capacité de remboursement en temps calme. Elle ne modélise ni une rupture logistique, ni des sanctions croisées, ni un choc énergétique régional. Cela ne signifie pas que les banques ignorent ces risques. Mais que le public n’a aucun moyen d’en juger.

    Le vrai scandale

    Le problème n’est pas le niveau d’exposition. C’est l’absence de synthèse.

    L’EBA publie du brut, avec retard.

    Les banques publient du net, selon leurs méthodes.

    L’écart peut atteindre un facteur dix.

    Le résultat est un angle mort organisé : chacun publie une partie du réel, personne ne le rend intelligible.

    Dans cet espace, les perceptions se fabriquent : les banques choisissent leur narration, le régulateur évite de trancher, les médias simplifient. Et le débat public oscille entre panique et déni.

    Lorsque François Villeroy de Galhau affirme que la stabilité financière n’est « pas en risque », il a probablement raison. Mais une affirmation non étayée par des données vérifiables ne produit plus de confiance. Depuis 2008, la solidité ne se proclame plus. Elle se démontre.

    Ce qui devrait exister

    Le superviseur fait face à un dilemme réel : trop de transparence peut amplifier une crise. Mais ce dilemme ne justifie pas l’opacité actuelle. Il impose au contraire une transparence agrégée, standardisée, intelligible.

    D’autres l’ont compris. La Réserve fédérale publie les résultats détaillés de ses stress tests. La Banque d’Angleterre expose régulièrement des scénarios extrêmes. Ces exercices ne sont pas en temps réel. Ils sont lisibles, comparables, discutables.

    L’Europe pourrait faire de même.

    Ce qu’il manque n’est pas un flux de données supplémentaire, mais une synthèse publique : un tableau de bord réconciliant expositions brutes, nettes et nettes stressées selon des scénarios explicites. Un document qu’un parlementaire peut lire, qu’un journaliste peut vérifier, qu’un citoyen peut comprendre.

    Le problème n’est pas une dissimulation active. Il est institutionnel : aucune instance n’a pour mandat de produire cette lisibilité.

    Le risque qui compte

    Pendant que le débat se focalise sur 132 milliards, le risque réel se déplace ailleurs. L’EBA le souligne : les effets de second tour sont la menace principale. Un baril durablement élevé, une croissance affaiblie, des marges comprimées — ce sont ces mécanismes diffus qui fragilisent les bilans.

    La prochaine tension bancaire, si elle survient, ne viendra pas d’un défaut souverain au Golfe. Elle émergera d’un tissu d’entreprises européennes fragilisées, progressivement incapables d’honorer leurs échéances.

    Les banques françaises sont solides. Les données le montrent.

    Mais tant que cette solidité reste partiellement opaque, chaque chiffre publié devient une source de confusion.

    Le problème n’est pas le risque.

    C’est qu’il demeure, structurellement, difficile à voir.

    (*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il publie aux Editions Favre « Une jeunesse levantine », Préface de Gilles Kepel. Son fil Twitter.

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  • « L’ESG n’est pas mort car le climat est devenu un risque économique sérieux pour la finance »

    « L’ESG n’est pas mort car le climat est devenu un risque économique sérieux pour la finance »

    LA TRIBUNE. Aux États-Unis, les pressions politiques et juridiques contre l’ESG sont plus intenses que jamais depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Assiste-t-on à un recul de la transparence climatique des entreprises, voire… la fin des données ESG (environnement, social et gouvernance) ?

    Sherry Madera. Je vous réponds clairement que non, l’ESG n’est pas mort. En revanche, le terme lui-même est de moins en moins utilisé. Les entreprises se concentrent désormais sur des données directement utiles à leur activité, comme les risques physiques, les objectifs climatiques ou les plans de transition.

    Aux États-Unis, malgré le contexte politique, le niveau de transparence reste stable. Le pays demeure le premier marché du CDP en nombre d’entreprises déclarantes.

    Cette stabilité s’explique par des raisons économiques fondamentales : ces données sont nécessaires pour accéder aux financements et répondre aux exigences des clients.

    La véritable évolution tient au fait que ces données sont aujourd’hui mieux utilisées. Même si les cadres réglementaires évoluent, que ce soit en Europe ou aux États-Unis, les entreprises continuent de publier volontairement leurs données ESG. En Europe, le nombre de déclarants progresse même d’année en année.

    Plus de 25 000 organisations publient via le CDP, mais seulement 15 % intègrent réellement climat et nature dans leur stratégie business centrale. Comment expliquer cet écart ?

    Cet écart tient en partie à une question de perception. Si l’on se concentre uniquement sur les directions financières, ce chiffre peut sembler faible. Mais dans les faits, d’autres fonctions, comme les directions d’achats ou celles qui gèrent les chaînes d’approvisionnement, intègrent de plus en plus ces données dans leurs décisions.

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  • Municipales à Strasbourg : des fusions à haut risque au second tour

    Municipales à Strasbourg : des fusions à haut risque au second tour

    À Strasbourg, l’entre-deux-tours provoquera-t-il la fuite d’électeurs écologistes et socialistes, rebutés par les stratégies de fusion de leurs candidats ? En intégrant l’Insoumis Florian Kobryn à sa liste, la maire sortante écologiste Jeanne Barseghian a permis à la gauche de rester dans la course après un premier tour décevant. En accueillant le centriste Pierre Jakubowicz sur sa liste, la socialiste Catherine Trautmann, en tête dans les sondages depuis plusieurs semaines, a élargi son socle électoral vers le centre. Mais chacune, en scellant son accord, a pris le risque de perdre une partie de son électorat d’origine.

    Le premier tour, dimanche dernier, a établi une hiérarchie fragile : Catherine Trautmann, soutenue par le Parti socialiste, est arrivée en tête avec 25,9 % des suffrages devant Jean-Philippe Vetter (LR) avec 24,2 % et Jeanne Barseghian avec 19,7 %. Florian Kobryn (LFI) pouvait se maintenir avec 12 % des voix.

    Pour Jeanne Barseghian, cet accord avec LFI s’est imposé comme une nécessité. Certains y ont vu sa « seule voie de survie » dans le contexte d’une triangulaire. Sur le papier, l’union de la gauche lui redonne de l’élan. Mais dans les faits, l’opération reste fragile : il s’agit de récupérer les voix Insoumises, tout en évitant de perdre des électeurs écologistes ou sociaux-démocrates rétifs à LFI. Jeanne Barseghian assume cette alliance fondée, dit-elle, sur de « nombreuses convergences » programmatiques.

    Un « arc républicain » autour de Trautmann face au jeu des alliances

    Mardi, Pierre Jakubowicz (Horizons), éliminé, a proposé d’apporter ses 5,1 % à Catherine Trautmann. En intégrant le candidat centriste, Catherine Trautmann se présente ce dimanche comme le point de ralliement d’un « arc républicain » hostile à l’alliance Barseghian-Kobryn. En 2024, les deux opposants municipaux avaient déjà formé une coalition iconoclaste face à un projet d’extension du tramway défendu contre l’avis des riverains par Jeanne Barseghian.

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