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  • OPINION. « Dérèglement climatique : responsabilité individuelle et responsabilité collective »

    OPINION. « Dérèglement climatique : responsabilité individuelle et responsabilité collective »

    Par Stefan Ambec et Claude Crampes, TSE (Toulouse School of Economics)

    Les 19 et 20 févriers se tenait le procès intenté contre TotalEnergies sur son devoir de vigilance climatique. Lors de l’audience où se sont succédé des experts, les débats ont porté sur la responsabilité de l’entreprise pétrolière dans le dérèglement climatique. Ce qui soulève la question : quelle est la responsabilité climatique de chacun d’entre nous ?

    Casquettes multiples 

    Nous influençons le climat par nos décisions de consommation, d’investissement, de travail, de transport et de vote. Moins de gaz à effets de serre seront émis si nous prenons le train plutôt que l’avion, si nous finançons les énergies éoliennes et solaires plutôt que fossiles, si nous choisissons de faire carrière chez EDF plutôt que TotalEnergie, ou si nous soutenons la sortie du charbon. La difficulté consiste à attribuer des émissions de gaz à effet de serre associées à chaque décision. Quelle la contribution au réchauffement climatique du consommateur, de l’investisseur, du travailleur et du citoyen qui est en chacun de nous ? 

    La question se pose aussi pour les entreprises. Les activités de  TotalEnergie profitent à ses actionnaires, ses employés, ses sous-traitants et ses consommateurs. Quelle est sa responsabilité de chacun dans les activités de TotalEnergie ? On peut également se poser la question de la responsabilité de l’entreprise elle-même ? Elle extrait et raffine du pétrole mais ne consomme pas (ou peu) ce pétrole qui, par ailleurs, ne serait pas produit pour être vendu aux automobilistes en l’absence de voitures mises sur le marché par d’autres entreprises. Les constructeurs automobiles sont donc complices et coupables. TotalEnergie existe grâce à ses employés, ses investisseurs et ses consommateurs. 

    Les émissions d’un baril de pétrole le long de son cycle de vie doivent être partagées. On ne peut les attribuer exclusivement à l’entreprise qui a extrait le pétrole (TotalEnergie), ni à celui qui le brûle (l’automobiliste) ou celui qui fait en sorte qu’il puisse être utilisé comme source d’énergie pour se déplacer (le constructeur automobile). De même, l’Etat a son rôle à jouer en fournissant des alternatives et des infrastructures de transport décarbonées. Les émissions seraient moindres avec des trains à l’heure et des pistes cyclables plutôt que des routes.  

    Double comptage

    Il n’en demeure pas moins que la responsabilité climatique de chacun varie énormément, notamment selon les revenus. Une formule choc reprise par la lauréate du Prix Nobel d’économie Ester Duflo en témoigne  : 10% des plus riches de la population mondiale sont responsables de 50% des émissions, contre 10% des émissions pour la moitié de la population la moins favorisée.  Elle s’appuie sur une étude de l’économiste Lucas Chancel qui, pour obtenir ce résultat,  ajoute  l’empreinte carbone des investissements privés à celle de la consommation. Autrement dit chacun est responsable à la fois des émissions résultant de ses placements financiers et de ce qu’il consomme. De sorte que l’empreinte carbone d’un litre d’essence produit par TotalEnergies est attribué à la fois à ses actionnaires et à ses clients. Les émissions sont donc comptabilisées deux fois pour celle ou celui qui est consommateur et épargnant. Si on distingue le consommateur de l’épargnant qui est en chacun de nous, les données changent.  Aux Etats-Unis, les 10% les plus riches sont responsable de 24% des émissions si on se base sur leur consommation, de 50% si on considère leurs investissements.  

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