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  • Jessica Matoua David (Nemow Lab) : « Il faut arrêter de regarder les femmes comme des femmes et les regarder comme des entrepreneures »

    Jessica Matoua David (Nemow Lab) : « Il faut arrêter de regarder les femmes comme des femmes et les regarder comme des entrepreneures »

    Fondatrice du think tank Nemow Lab, dédié à l’entreprenariat des femmes, cette ex-Microsoft et Pernod Ricard, désormais à la tête de la société de conseil Fargo Int est convaincue que l’entreprenariat n’a pas de genre et que l’expression « entreprenariat féminin » ne doit plus être.

    LA TRIBUNE – Vous avez créé il y a trois ans un think tank, appelé Nemow Lab, dédié à l’entreprenariat des femmes. Vous avez récemment mené avec Cluster 17, une étude sur les trajectoires entreprenariales qui décrypte les comportements selon que l’entrepreneur soit un homme ou une femme. Et on se rend compte que, finalement, et parfois a contrario de ce que l’on a l’habitude d’entendre, il n’existe pas tant de différence entre les hommes et les femmes.

    JESSICA MATOUA DAVID – C’est la raison pour laquelle j’ai créé Nemow Lab. Les constats on les connait. Mais quand on pose les sujets sur la table, la condition pour que la mission réussisse c’est de dérouler le comment. Et je trouve que l’on ne déroule pas beaucoup le comment. Quand on prend cette statistique de 2% de fonds levés par des femmes, que l’on entend tout le temps, ce qui m’intéresse c’est de comprendre qui sont ces 2%, pourquoi elles ne sont que 2%, où vivent-elles… Je suis foncièrement convaincue que le problème est systémique. L’entreprenariat est une équation est à plusieurs inconnues, dont le genre, évidemment. Mais quand on ne donne pas la suite de la réponse à la question on contribue à créer des stéréotypes. Les femmes ne lèvent pas d’argent, elles ne font pas de maths, de sciences, de deeptech… à force d’entendre cela toute la journée, quelle étudiante aujourd’hui va se dire je vais dans ce domaine, je me sens capable. L’école ne fait pas son travail car si ce n’est pas à l’école de construire les nouveaux dirigeants, alors c’est qui ? C’est un enjeu sociétal.

    On regrette en France le peu de femmes ingénieures…

    Si on arrivait à 50% de femmes ingénieures, on comblerait ainsi le gap de 18% qui existe entre les hommes et les femmes ingénieurs. Et on répond à la problématique du manque d’ingénieurs dans notre pays, le rendant plus compétitif. Donc ce n’est pas un sujet de femmes – entreprenariat au féminin, leadership au féminin, j’ai beaucoup de mal avec tout cela, avec ces petits mots. Objectiver le sujet prend du temps, car beaucoup de littérature est encore inexploitée, mais surtout cela demande de la nuance. Or, la nuance ça n’intéresse personne. Il faut toujours que quelqu’un gagne ou perde, sauf que le diable se cache vraiment dans les détails. Selon le lieu dans lequel on vit, la famille dans laquelle on grandit, le sujet genre ne peut pas être l’excuse. Lorsqu’on parle de levée de fonds, on ne peut pas demander à ce que tant de millions d’euros soient consacrés aux femmes entrepreneurs. C’est méconnaître le milieu financier et son fonctionnement. Le sujet c’est justement que les femmes deviennent des entrepreneurs comme les autres. On veut bien croire que les femmes vont moins dans le défi entreprenarial, mais au-delà de cela, il faut arrêter de regarder les femmes comme des femmes et les regarder comme des entrepreneures. C’est un travail collectif. Il existe une construction sociale qu’il faut craquer et ça ne va pas être demain.

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