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  • OPINION. « Réduire l’impact du choc pétrolier !  »

    OPINION. « Réduire l’impact du choc pétrolier !  »

    Le blocage du détroit d’Ormuz à cause de la guerre au Moyen-Orient paralyse 20% des exportations mondiales de pétrole ainsi que 83 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié. Cette immobilisation du commerce maritime ralentissant l’offre mondiale des hydrocarbures, provoque une envolée du cours de l’or noir.

    Par Gérard Fonouni-Farde, professeur agrégé émérite d’économie (*).

    En un mois le prix du baril Brent a augmenté de plus de 40% pour atteindre 109 dollars, niveau qui pourrait encore être dépassé. Le prix des carburants à la pompe a dépassé les 2 euros le litre. C’est un niveau jamais atteint depuis quatre ans.

    Or, plus le conflit dure, plus un choc pétrolier se profile à l’horizon, pouvant enclencher une inflation par les coûts.

    La hausse du prix du pétrole  menace notre économie de manière inégale…

    L’importation de pétrole et de gaz en France coûte 60 milliards d’euros par an. Ainsi, toute augmentation du prix des hydrocarbures représente un coût supplémentaire pour notre économie. Un coût supplémentaire qui est également supporté directement par les pêcheurs, les transporteurs, les agriculteurs et les actifs contraints d’utiliser leur véhicule pour exercer leur travail.

    Ce coût réduit considérablement leur niveau de revenu. Tandis que pour Total énergie ou Engie, cette augmentation constitue une richesse supplémentaire leur permettant de réaliser des surprofits sans accroître leur production.

    Face à la menace d’un choc pétrolier, l’État pourrait prendre plusieurs mesures économiques conjoncturelles afin d’atténuer ses effets néfastes sur les entreprises et les ménages.

    Étant donné que près de la moitié du prix du carburant est composé de taxes dont la TVA, certains économistes et dirigeants politiques préconisent une baisse globale de celle-ci pour préserver le niveau des revenus des agents économiques.

    Or, dans un contexte budgétaire fortement déficitaire, une telle baisse serait beaucoup trop onéreuse pour les finances publiques par rapport à l’effet sur le pouvoir d’achat des ménages qui en résulterait.

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    De plus elle serait très injuste socialement puisqu’elle profiterait davantage aux ménages les plus riches.

    … nécessite la mise en œuvre de mesures économiques conjoncturelles et structurelles.

    C’est pourquoi, il serait préférable que l’État redistribue ce gain fiscal lié à la hausse du prix du carburant,  sous forme d’allègements d’impôts et d’exonérations de cotisations sociales accordés aux professionnels des secteurs touchés directement par ce coût économique, plutôt que d’envisager une baisse globale de la TVA. Ce qui permettrait aux entreprises bénéficiaires de maintenir leur marge ou de maintenir leur niveau de revenu sans répercuter cette charge supplémentaire sur leurs prix de vente, évitant ainsi d’enclencher une spirale inflationniste par les coûts.

    Et, ce qui éviterait ainsi à l’État de creuser davantage le déficit budgétaire et donc d’alourdir la dette publique.

    De plus, ce contexte économique offre l’opportunité à l’État d’instaurer une taxe sur les surprofits des groupes pétroliers afin de financer une partie des aides ciblées vers les ménages modestes sans être obligé de réduire certaines dépenses publiques en contrepartie. 

    Enfin, en plus de ces leviers fiscaux, l’État pourrait utiliser celui de la réglementation pour fixer un prix plafond du carburant à la pompe durant la période de crise avec l’aide et l’engagement solidaire de la grande distribution.

    Ces mesures économiques conjoncturelles à court terme, devraient plus ou moins contenir les effets néfastes du choc pétrolier sans mettre en danger les finances publiques. Elles restent toutefois limitées et insuffisantes. C’est pourquoi elles devraient être complétées par des mesures économiques structurelles à long terme.

    En effet, cette crise pétrolière devrait être l’occasion pour notre économie et pour l’économie européenne de sortir définitivement d’un système économique trop dépendant du pétrole.

    C’est donc la possibilité pour ces économies de planifier des investissements dans les énergies renouvenables et dans les énergies nucléaires afin  de s’extraire progressivement d’un modèle de croissance économique mettant en péril notre environnement naturel.

    (*) Gérard Fonouni-Farde est professeur agrégé émérite d’économie. Il est notamment l’auteur de L’économie en quatre leçons, paru chez L’Harmattan en 2022.

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