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  • Alliances en vue de la présidentielle : entre raison et déraison. L’édito de Bruno Jeudy

    Alliances en vue de la présidentielle : entre raison et déraison. L’édito de Bruno Jeudy

    Le verdict des municipales éclaire, au-delà des querelles d’appareils, les lignes de force d’un pays en quête de repères. À rebours du récit d’une France irrémédiablement aspirée par ses extrêmes, il consacre le retour d’un clivage plus classique, presque rassurant : droite contre gauche, avec, en son cœur, un espace central qui résiste mieux qu’annoncé.

    Dans la plupart des grandes villes, les électeurs ont fait le choix de la stabilité et de la gestion. Droite, centre et social-démocratie l’emportent, souvent au terme de campagnes locales où le pragmatisme l’a emporté sur les outrances. Certes, la gauche radicale revendique quelques conquêtes symboliques, mais elles ne sauraient masquer une réalité plus rude : partout où l’alliance avec les socialistes s’est imposée, le doute s’est installé, parfois jusqu’au désaveu.

    À l’inverse, lorsque les forces modérées ont su se rassembler, elles ont trouvé le chemin du succès. Une leçon simple mais exigeante : l’union, à condition d’être lisible, demeure une force.

    Le bloc central tient, mais reste fragile

    Dans ce paysage recomposé et par-delà le cavalier seul de Jordan Bardella dans les sondages, un homme tire son épingle du jeu. Réélu au Havre, Édouard Philippe transforme l’essai. Il ne s’agit pas seulement d’une victoire locale, mais d’un signal politique. En s’imposant dans une ville longtemps ancrée à gauche, il valide une stratégie patiente : celle d’un leader qui avance à son rythme sans céder à la fébrilité ambiante.

    « La pression, je ne la subis pas, je la bois », aime à répéter ce disciple d’Alain Juppé. Depuis 2020, il s’est construit une stature, cultivant une image de sérieux et de constance. Sa prise de distance avec Emmanuel Macron, dans un contexte d’impopularité croissante de l’exécutif, lui permet aujourd’hui de renouer avec ses racines sans renier son parcours.

    Reste l’essentiel : que feront ses concurrents ? À droite, la recomposition patine. À hue et à dia, les Républicains cherchent toujours leur cap. Bruno Retailleau peine à enclencher une dynamique. Au centre, les ambitions se heurtent à une évidence : il n’y a pas de place pour plusieurs candidatures fortes. La dispersion ouvrirait un boulevard aux extrêmes, un risque que Gabriel Attal semble sous-estimer. Sa base le lui rappelle sèchement dans la tribune cosignée par 90 parlementaires que nous publions.

    Car c’est bien là l’autre enseignement de ces municipales : si le bloc central tient, il demeure fragile. Pour espérer accéder au second tour de la présidentielle, son champion devra devancer une gauche recomposée et une extrême droite solidement installée. L’équation impose des choix rapides. Primaire, débats, mécanisme de sélection : peu importe la méthode, pourvu qu’elle permette de clarifier les lignes et d’éviter l’émiettement.

    Dans une période marquée par les incertitudes économiques, sociales et internationales, les Français n’attendent pas des promesses incantatoires. Ils veulent de la clarté, de la cohérence et, surtout, du courage. Le courage de dire ce qui est, même lorsque cela dérange. La vérité, parfois amère, reste la condition d’une confiance retrouvée.

    Il existe une voie, étroite mais réelle. Encore faut-il avoir la lucidité de la voir et la volonté de l’emprunter.

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  • SONDAGE PRÉSIDENTIELLE. La poussée de Philippe, l’hégémonie de Bardella, Glucksmann et Mélenchon au coude-à-coude

    SONDAGE PRÉSIDENTIELLE. La poussée de Philippe, l’hégémonie de Bardella, Glucksmann et Mélenchon au coude-à-coude

    Est-ce la fin du creux de la vague ou le début d’un nouveau ressac ? Une semaine après avoir été reconduit à la mairie du Havre, Édouard Philippe peut se satisfaire d’avoir retrouvé une forme correcte dans les sondages. Une victoire à la prochaine élection présidentielle est loin d’être acquise pour le patron d’Horizons mais elle peut demeurer un objectif crédible. C’est un des enseignements de l’enquête réalisée par Elabe-Berger-Levrault pour La Tribune Dimanche et BFMTV à un an de ce scrutin qui s’annonce si décisif pour le pays.

    « Édouard Philippe sort renforcé des municipales et bénéficie d’une dynamique, constate Bernard Sananès, président de l’institut de sondage Elabe. La séquence lui a fourni une sorte de licence to operate, comme diraient les Américains. »

    De nombreuses hypothèses ont été testées. La candidature des Républicains, que Bruno Retailleau espère pouvoir endosser sans dissidence, est présente dans presque toutes les configurations. L’ancien ministre de l’Intérieur reste dans l’étiage qui lui est attribué depuis plusieurs mois, entre 7 % et 10 %. Cette persistante fragilité se traduit dans l’un des seconds tours projetés par Elabe : le LR s’y trouve largement battu par le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, qui recueillerait 58 % des suffrages.

    Les scénarios pour la présidentielle de 2027 (Crédits : LTD)

    Le camp qui a porté Emmanuel Macron au pouvoir et en a constitué la majorité parlementaire avant que celle-ci ne se délite à partir de 2024 est incarné, lui, par plusieurs figures possibles. La principale est Édouard Philippe, mais il y a aussi le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, ainsi que Gérald Darmanin, garde des Sceaux aux ambitions personnelles intactes, et son ami de Premier ministre, Sébastien Lecornu.

    La candidature unique de la droite et du centre n’a pas un plein effet arithmétique .

    Bernard Sananès

    Situé entre 20,5 % et 25,5 %, le maire du Havre mobilise, dans l’hypothèse où le centre gauche est incarné par Raphaël Glucksmann et où Dominique de Villepin parvient à se présenter, plus de la moitié de l’électorat macroniste du premier tour de la présidentielle de 2022 et deux tiers de celui des dernières législatives. En revanche, un désistement de Bruno Retailleau ne semble pas en mesure d’apporter un réservoir significatif à Édouard Philippe. « La candidature unique de la droite et du centre n’a pas un plein effet arithmétique », selon Bernard Sananès.

    Jordan Bardella est donné grand favori en cas de face à face avec la gauche au deuxième tour des élections présidentielles.
    Jordan Bardella est donné grand favori en cas de face à face avec la gauche au deuxième tour des élections présidentielles. (Crédits : LTD)

    Quant à Gabriel Attal, il est à la peine. À supposer que lui et son rival Horizons ne soient pas tous les deux sur la ligne de départ au printemps prochain, seuls 11,5 % des sondés envisagent de glisser un bulletin au nom du chef de Renaissance. La faute à un mauvais report des voix sociales-démocrates, que l’élu des Hauts-de-Seine prétend pouvoir attirer, et à un éparpillement du socle macroniste. Raphaël Glucksmann, qui plafonne à 12,5 %, n’a pas de quoi pavoiser.

    « Dans ce paysage, la gauche est complètement éclatée, observe Bernard Sananès, et la fusée Jean-Luc Mélenchon, qui dans le passé a pu bénéficier d’un fort vote utile en fin de campagne, n’a pas décollé. Elle est même en recul. » Le leader de La France insoumise recueille entre 10,5 % et 13 %, ce qui n’est pas nouveau pour lui à ce stade d’une précampagne présidentielle. Toutefois, dans un affrontement avec Jordan Bardella, qu’il espère pourtant, Jean-Luc Mélenchon finit ici étrillé à 28,5 % contre 71,5 %. Jamais président élu pour un premier mandat n’a obtenu un tel résultat sous la Ve République.

    Ce que cela illustre, et c’est l’élément majeur de ce sondage même s’il ne fait que confirmer ceux réalisés par Elabe au printemps puis à l’automne 2025, c’est la domination qu’exerce l’extrême droite sur l’ensemble de l’échiquier politique. Jordan Bardella est désormais l’ultra-favori du premier tour avec 35 % à 38,5 % des intentions de vote qui lui sont créditées. La configuration la moins avantageuse pour lui, si l’on peut dire, est celle où Édouard Philippe représente le bloc central et le centre droit ; la plus commode est celle où ce rôle échoit à Gérald Darmanin.

    On constate que l’écart se creuse  [entre la présidente du groupe Rassemblement national et Jordan Bardella].

    Bernard Sananès

    Marine Le Pen est testée, elle aussi, même si de plus en plus de cadres du RN s’attendent à ce qu’elle soit empêchée de briguer une quatrième fois l’Élysée. La députée du Pas-de-Calais sera fixée le 7 juillet, lorsque la cour d’appel de Paris rendra sa décision dans le dossier des assistants parlementaires européens du Front national.

    Son propre électorat s’y résigne-t-il déjà ? Dans les deux scénarios où Marine Le Pen porte le drapeau frontiste, à savoir face à Édouard Philippe puis à Gabriel Attal, elle est respectivement à 31,5 % et à 34 %. D’impressionnants scores, c’est évident, « mais on constate que l’écart se creuse » entre la patronne du groupe RN à l’Assemblée nationale et son poulain, relève Bernard Sananès.

    Il y a un an presque jour pour jour, Marine Le Pen, qui venait d’être lourdement condamnée à de l’inéligibilité en première instance, dépassait Jordan Bardella d’une courte tête auprès des sondés d’Elabe. Ce constat fait, il n’existe qu’une configuration de second tour où le trentenaire est devancé, à savoir contre Édouard Philippe… mais dans la marge d’erreur. 

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