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  • OPINION. « La fin de la trêve hivernale ne marque pas la fin de la précarité énergétique ! », par cinq élus départementaux de la Seine-Saint-Denis, de Gironde et du Val-de-Marne

    OPINION. « La fin de la trêve hivernale ne marque pas la fin de la précarité énergétique ! », par cinq élus départementaux de la Seine-Saint-Denis, de Gironde et du Val-de-Marne

    Alors que la trêve hivernale s’achève, plus de 12 millions de personnes sont toujours en situation de précarité énergétique en France selon les chiffres de la journée contre la précarité énergétique. À compter du 31 mars, les ménages qui ne peuvent pas régler leurs factures d’énergie seront de nouveau exposés aux risques de coupure ou de limitation de puissance d’électricité dans leur logement.

    Privées d’électricité, ces personnes ne peuvent plus vivre dignement ni subvenir à leurs besoins essentiels du quotidien : manger chaud en utilisant des plaques de cuisson et un four, faire fonctionner un lave-linge ou encore se chauffer.

    De plus en plus de personnes victimes des logements énergivores. En France, 13,9 % des résidences principales sont des passoires thermiques et plus d’une personne sur trois rencontre des difficultés pour payer ses factures de gaz ou d’électricité (36 % contre 28 % en 2024 estime le médiateur national de l’énergie).

    Logements mal isolés, trop froids l’hiver et trop chauds l’été, prix de l’énergie élevé, baisse du pouvoir d’achat, ces facteurs fragilisent de plus en plus de personnes prises dans le cercle vicieux des logements énergivores et de la pauvreté, avec des conséquences néfastes sur leur qualité de vie et leur santé. Une situation qui appelle à la mobilisation de tous les échelons territoriaux.

    Une « urgence sociale »

    Au lendemain des élections municipales, en tant qu’élu·es départementaux, nous appelons les nouvelles équipes municipales à faire de la lutte contre la précarité énergétique une priorité. Dans le cadre de leurs compétences en matière de solidarité et d’action sociale, les départements sont chefs de file de la contribution à cette politique publique.

    Mais aujourd’hui, face à l’ampleur de la situation, un meilleur maillage territorial est indispensable : tous les échelons doivent se mobiliser pour apporter des réponses concrètes au plus près des difficultés des habitants et des habitantes.

    Des solutions existent pour engager nos territoires. Dans un contexte budgétaire contraint, le programme Slime, dans lequel nos départements sont engagés, est un véritable levier. Financé par les CEE, il permet de mobiliser plusieurs millions d’euros directement au bénéfice des collectivités qui souhaitent s’engager.

    Ce dispositif nous permet de travailler en lien étroit avec les professionnel·les de l’action sociale pour identifier les personnes en précarité énergétique, organiser des visites à domicile, orienter vers les solutions adaptées à chaque situation et lutter contre le non-recours aux droits. Ce programme efficace a fait ses preuves sur nos territoires depuis plus de 10 ans.

    La précarité énergétique n’est pas une fatalité, des solutions existent pour y mettre un terme.

    En Gironde, par exemple, 76 % des ménages accompagnés dans le cadre du Slime qui avaient fait appel au Fonds de Solidarité pour le Logement pour une facture d’énergie en 2024 n’y ont pas eu de nouveau recours l’année suivante. Et parmi ceux qui l’ont fait, le montant moyen de l’aide accordée a diminué de plus de 50 %. En Seine-Saint-Denis, les effets de ces visites à domicile sur le confort thermique sont aussi manifestes : 70 % des foyers ont diminué leur consommation et réalisé des économies.

    La précarité énergétique n’est pas une fatalité, des solutions existent pour y mettre un terme. À nous, en tant qu’élu·es, de nous mobiliser pour engager nos territoires dans ce combat du quotidien. C’est collectivement que nous pourrons répondre à l’urgence sociale.

    Signataires

    – Belaïde Bedreddine, vice-président chargé de l’écologie urbaine, département de la Seine-Saint-Denis
    – Laure Curvale, vice-présidente chargée de la transition écologique et patrimoine, département de la Gironde
    – Jean-Luc Gleyze, président, département de la Gironde
    – Florence Laroche, vice-présidente chargée de l’habitat durable et de la politique de la ville, département de la Seine-Saint-Denis
    – Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

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  • OPINION. « La paix est une histoire de femmes : arrêtons de faire semblant de l’ignorer », par Sarah Zitouni, experte des mécanismes de pouvoir et de leadership en entreprise

    OPINION. « La paix est une histoire de femmes : arrêtons de faire semblant de l’ignorer », par Sarah Zitouni, experte des mécanismes de pouvoir et de leadership en entreprise

    Pendant que les États s’échangent des ultimatums, une donnée circule discrètement dans les chancelleries : les dirigeantes femmes produisent des paix statistiquement plus durables. Ce n’est pas une posture. C’est un signal stratégique que le monde continue d’ignorer à ses risques.

    La guerre n’est pas une fatalité. C’est le produit d’un modèle de gouvernance millénaire : des cercles fermés, des ego surexposés, une culture institutionnelle qui confond domination et légitimité. Un modèle conçu par des hommes, pour des hommes et qui produit, avec une régularité troublante, les mêmes erreurs à grande échelle.

    Les accords de paix incluant des femmes négociatrices ont 35 % de chances supplémentaires de tenir au moins 15 ans. Ce chiffre, documenté par Inclusive Security et l’ONU Femmes, n’est pas un hasard statistique : il est le fruit d’un changement de paradigme. Là où la négociation classique se cristallise souvent sur le seul partage du pouvoir militaire, les femmes élargissent le périmètre des discussions à la santé, l’éducation, la justice locale et la réintégration civile. En intégrant ces piliers de la résilience sociale, elles ne signent pas seulement un cessez-le-feu précaire ; elles bâtissent les fondations d’une stabilité réelle et durable, indispensable à la survie des nations.

    Voici donc la différence entre une paix pérenne et un cessez-le-feu qui prépare la prochaine guerre. Et il se confirme même en entreprise : le FMI rapporte que les équipes dirigeantes mixtes sont structurellement moins exposées au biais de surconfiance, ce biais cognitif qui pousse un chef d’État comme un PDG à sous-estimer le coût de son offensive.

    La fermeté n’a aucun besoin de brutalité pour créer les conditions du respect.

    Sarah Zitouni, experte des mécanismes de pouvoir et de leadership en entreprise

    Angela Merkel a résisté douze ans aux pressions de Moscou sans jamais brandir une menace qu’elle n’avait pas l’intention d’exécuter. Sa dissuasion reposait sur une cohérence rare : elle disait ce qu’elle faisait. Tsai Ing-wen a subi l’encerclement militaire chinois sans jamais tomber dans le piège de l’escalade, et sorti Taïwan renforcé diplomatiquement. Ellen Johnson Sirleaf, première femme présidente d’Afrique, en est l’incarnation ultime. Après 14 ans de guerre civile au Liberia, elle a réussi là où tous les “seigneurs de la guerre” avaient échoué : stabilisation politique, relance économique et réduction massive des violences internes.

    Son succès était collectif : il a été soutenu et porté par le mouvement Women of Liberia Mass Action for Peace. Ces femmes ont forcé les chefs de factions à s’asseoir à la table des négociations. Elles ont prouvé que la paix n’est pas un vœu pieux et naïf, mais une exigence pragmatique portée par celles qui refusent de voir leurs enfants sacrifiés.

    « Dissuasion classique en panne »

    Ce que ces femmes partagent, ce n’est pas une douceur naturelle. C’est la capacité à produire des transformations majeures sans empiler les traumatismes qui en compromettent la durabilité.

    On nous oppose le faux dilemme : faiblesse ou brutalité. C’est une caricature intellectuelle. La fermeté n’a aucun besoin de brutalité pour créer les conditions du respect. La brutalité, elle, est l’aveu d’une faillite diplomatique et ce sont toujours les peuples qui en paient le prix.

    Selon le Stockholm International Peace Research Institute, un euro consacré à la prévention des conflits économise en moyenne dix euros de gestion post-crise.

    La dissuasion classique est en panne. Le feu nucléaire n’a pas arrêté l’invasion de l’Ukraine. La supériorité militaire américaine n’a pas stabilisé le Moyen-Orient. Ces échecs ont un dénominateur commun : des systèmes de décision à très faible diversité, très verticaux, imperméables aux signaux d’alerte que d’autres auraient intégrés.

    Reprendre le chemin de la diplomatie et d’un leadership coopératif et collaboratif n’est pas idéaliste. C’est l’arbitrage de plus fort rendement qu’un pays puisse choisir. Selon le Stockholm International Peace Research Institute, un euro consacré à la prévention des conflits économise en moyenne dix euros de gestion post-crise.

    Le monde n’a pas besoin de plus de généraux, ni de chefs d’États au discours martiaux. Il a besoin de diplomates et de stratèges qui comprennent que la sécurité réelle ne se mesure pas au nombre de têtes nucléaires, mais à la solidité des alliances et la coopération et compréhension entre les peuples.

    La paix n’est pas l’absence de conflit. Elle est une manière supérieure de les régler. Les femmes qui dirigent le prouvent, et l’ont prouvé de multiples fois, chiffres à l’appui. Ignorer cette réalité n’est plus une option politique, c’est une faute stratégique qui mène tout droit vers une escalade intolérable.

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  • OPINION. « FCAS : pas de puissance sans architecture »

    OPINION. « FCAS : pas de puissance sans architecture »

    Par Véronique Chabourine, analyste stratégique

    Régulièrement au cœur des tensions industrielles et politiques ces dernières semaines, le programme de système de combat aérien du futur (FCAS) illustre les difficultés persistantes de la coopération européenne en matière de défense. Faute d’accord entre la France et l’Allemagne, une décision pourtant attendue a été récemment reportée à la mi-avril, prolongeant l’incertitude autour de ce projet stratégique. Lancé en 2017 par la France, l’Allemagne et l’Espagne, le FCAS, destiné à remplacer à l’horizon 2040 les Rafale et Eurofighter, se heurte à des désaccords entre Dassault Aviation et Airbus, mais aussi à des divergences plus larges entre États partenaires. À première vue, il pourrait ne s’agir que d’un différend classique sur la répartition des responsabilités. En réalité, le FCAS met en lumière un décalage entre les ambitions européennes et leur capacité à se traduire en programmes de défense cohérent.

    Le FCAS s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une Union européenne qui cherche, dans le contexte géopolitique actuel, non pas à supprimer mais à rééquilibrer ses dépendances stratégiques et à renforcer son autonomie en matière de défense. Les États membres ont engagé une hausse significative de leurs budgets de défense, que l’Union européenne cherche à accompagner et à coordonner à travers le plan ReArm Europe, désormais décliné dans l’initiative Readiness 2030. Cette initiative témoigne d’une prise de conscience croissante des enjeux industriels et capacitaires. Mais elle demeure fondée sur une logique d’incitation et de coordination, là où la construction d’une puissance de défense suppose des mécanismes d’arbitrage, de standardisation et de structuration industrielle aujourd’hui encore absents. Cette ambition se heurte à une limite structurelle : la défense ne relève pas historiquement des compétences intégrées de l’UE et reste largement dominée par des logiques nationales. Or, construire une capacité de  puissance ne consiste pas seulement à augmenter les budgets. Cela suppose de définir en amont une véritable architecture de puissance, articulant gouvernance politique, coordination industrielle et standards de production. C’est précisément cette architecture qui fait aujourd’hui défaut. Le blocage du FCAS n’est pas tant un désaccord conjoncturel qu’une conséquence de l’absence d’un cadre structurant organisant en amont les conditions de la coopération. Faute d’un cadre politique clair définissant les responsabilités, les chaînes de valeur et les standards de production, les divergences industrielles ne font que refléter des arbitrages stratégiques non résolus. Cette fragmentation est objectivée par les données. Selon le rapport 2024 du Coordinated Annual Review on Defence (CARD), moins de 10 % des investissements de défense en Europe sont réalisés dans un cadre coopératif, tandis que l’UE exploite plus de 150 systèmes d’armement majeurs, contre moins de 30 aux États-Unis. Dans ce contexte, les initiatives de montée en puissance budgétaire, notamment dans le cadre de Readiness 2030 risquent de produire des effets limités si elles ne s’accompagnent pas d’une transformation des modes de production. Les orientations récentes de l’OTAN, notamment à travers le Defence Production Action Plan, confirment ce diagnostic : la capacité à produire et à livrer des capacités militaires repose désormais moins sur le niveau d’investissement que sur la capacité à mutualiser la demande, à standardiser les équipements et à coordonner l’effort de production.

    Dassault et Airbus disposent des capacités nécessaires pour structurer des segments industriels critiques, mais cette contribution ne peut devenir un levier de puissance — notamment dans la consolidation de chokepoints européens — qu’à condition d’être organisée en amont dans une architecture politique et industrielle cohérente.

    Le FCAS met en lumière une limite structurante : la défense européenne ne peut franchir un cap sans un accord politique préalable clairement assumé. Il ne s’agit pas de déléguer la défense des États à l’Union européenne, mais d’identifier un nombre limité de capacités critiques, de définir des priorités industrielles communes et d’organiser, pour ces segments, une feuille de route en matière de production et d’allocation des responsabilités.

    • European Commission, ReArm Europe / Readiness 2030 Initiative, 2024–2025.
    •  European Commission, European Defence Industrial Strategy (EDIS), 2024.
    •  European Defence Agency, Coordinated Annual Review on Defence (CARD) 2024 Report, 2024.
    •  European Commission / European Defence Agency, Joint Communication on Defence Investment Gaps, 2022.
    •  European Commission, Joint Communication on Defence Investment Gaps, 2022
    •  NATO, Defence Production Action Plan, adopted at the Vilnius Summit, 2023.

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  • OPINION. « Municipales, l’échec des populistes », par Alain Cluzet, docteur en urbanisme

    OPINION. « Municipales, l’échec des populistes », par Alain Cluzet, docteur en urbanisme

    Aux dernières élections présidentielles, le vote populiste avait représenté 52% des votes exprimés si on comptabilise Le Pen, Zemmour et à l’opposé, Mélenchon. Mais aux municipales ces deux pôles sont très loin de ces scores, ayant d’ailleurs renoncé à se présenter dans la grande majorité des communes. Le RN n’a déposé que 650 listes (sur plus de 3000 communes de plus de 3500 habitants) et a obtenu un score médian de 21% alors même qu’il ne s’est présenté que dans les communes qui lui sont le plus favorables.

    Un résultat d’autant plus déceptif qu’il est crédité de 35% des voix dans tous les sondages nationaux. Zemmour pour sa part n’a présenté réellement de candidats qu’à Paris. LFI de son côté a déposé 247 listes en métropole pour un vote médian de 12% dans ces communes choisies, assez loin du dernier vote connu de LFI, les 21% de Mélenchon lors de la présidentielle de 2022. Au total, les uns revendiquent le gain de 62 communes, les autres le gain d’une petite dizaine. Dérisoire pour deux partis qui prétendent un jour diriger la France.  

    Les deux se réclament ouvertement du populisme, d’un discours à forte tonalité émotionnelle, un discours simple qui s’adresse personnellement à chaque individu, au vrai peuple par-dessus tout corps intermédiaire, toutes les élites supposées incompétentes et corrompues. Le populisme se traduit par une critique frontale du pouvoir en place et procède par affichage de boucs émissaires soumis à la vindicte, les émigrés d’un côté, les patrons de l’autre. Il s’accompagne le plus souvent d’une tentation illibérale partagée avec Trump, Bolsonaro, Orban, Maduro ou Poutine. 

    Ils ne s’intéressent pas réellement aux municipales aux enjeux trop éloignés de leur objectif de rupture systémique. Mais ils sont contraints de s’y présenter pour l’effet vitrine que cela représente et pour obtenir des postes au Sénat. Leurs résultats cette année illustrent ce décalage immense entre le pragmatisme, l’adaptation au contexte local et le souci du quotidien que requiert la gestion locale et les envolées politiques hors sol de la plupart des leaders populistes. Il a déjà été démontré que plus de 80% des projets des communes et intercommunalités sont communs aux diverses majorités et largement partagés par la population. Tout ce qu’exècrent les populistes. 

    Ils ne s’intéressent pas réellement aux municipales aux enjeux trop éloignés de leur objectif de rupture systémique

    Mais les municipales sont également un révélateur du poids des villes dans la formation ou le rejet d’un vote populiste. Si les populistes de LFI sont d’abord implantés dans les villes grandes et moyennes, c’est lié à leur discours à l’adresse des habitants des quartiers sensibles et de la jeunesse très urbaine. Malgré cela, ils n’ont conquis que deux des villes de plus de 100.000 habitants (Saint-Denis et Roubaix), avec un vote moyen de 15% dans cette catégorie de villes contre près de 30 % à la présidentielle (source IFOP). 

    Quant au RN la situation est vraiment caricaturale : une seule victoire dans ces villes (Nice) et un score moyen inférieur à 15% dans ces communes alors même qu’il réalise lors du même scrutin 28% dans les communes de moins de 5000 habitants, soit près du double. Et c’est une constante dans toutes les élections, y compris nationales. Ainsi aux législatives de 2024 il a obtenu plus de 36% dans les communes de moins de 2000 habitants mais moins de moitié dans les villes de plus de 200.000 habitants. Il est donc d’autres raisons à cette disparité que le vote honteux et la difficulté à trouver des candidats. D’autant que des situations identiques existent aux Etats-Unis où Trump ne contrôle aucune des 100 principales métropoles ou dans l’Italie de Meloni qui en 2024 a perdu les municipales le même jour où elle gagnait les élections nationales. Nous en suggérons quelques-unes : 

    Le RN se nourrit de la détresse des gens, plus marquée dans les banlieues, petites villes ou néorural que dans les grandes villes qui touchent les dividendes de la globalisation et peuvent les redistribuer en emplois et services. 

    Le RN se nourrit de la détresse des gens, plus marquée dans les banlieues, petites villes ou néorural que dans les grandes villes

    L’isolement vécu dans les sociétés modernes hyper individualistes est plus facile à dépasser dans les grandes villes car elles comptent de nombreux espaces publics partagés et des politiques socio-culturelles qui permettent de se croiser autrement qu’en allant au travail et de se confronter à l’altérité. Car la peur des autres qui nourrit ce vote est d’abord la peur de l’inconnu. 

    Enfin, les villes et pas seulement les villes patrimoniales nous offrent des références culturelles communes, parfois juxtaposées, parfois confrontées mais jamais absentes, du moins jusqu’à l’uniformisation fonctionnaliste des villes de l’après-guerre. À une époque où les identités sont floutées et liquides, les grandes villes redeviennent des repères, tant d’une culture dominante que de celles des autres, de la diversité. Les villes permettent ainsi de se construire. 

    Les grandes villes sont donc un rempart contre le populisme. Mais il pourrait fonctionner plus efficacement en confiant aux métropoles la responsabilité d’une appartenance et d’un développement plus partagés avec leurs banlieues proches et lointaines. 

    auteur de « Les villes face au populisme », L’Aube 2026

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  • OPINION. « Crises géopolitiques : le vrai risque pour les investisseurs n’est pas celui que l’on croit », par Kévin Lajus, CEO de Zeus Invest

    OPINION. « Crises géopolitiques : le vrai risque pour les investisseurs n’est pas celui que l’on croit », par Kévin Lajus, CEO de Zeus Invest

    À chaque crise géopolitique, le même réflexe s’impose : protéger, arbitrer, attendre. Guerres, tensions énergétiques, instabilité politique : l’actualité impose son tempo et installe un climat d’urgence. Les marchés corrigent, les analyses se multiplient, les scénarios se contredisent. 

    Dans ce contexte, l’investisseur est tenté d’agir vite. Trop vite. Car l’histoire financière est formelle : ce ne sont pas les crises qui détruisent le plus de valeur patrimoniale. Ce sont les décisions prises sous leur effet. 

    L’illusion du choc 

    Les marchés n’ont jamais évolué en terrain stable. Chocs pétroliers, crises monétaires, conflits internationaux : l’instabilité est une constante, pas une exception. Et pourtant, sur le long terme, une autre constante s’impose : la création de valeur. 

    Les cycles se transforment, les équilibres se déplacent, certains secteurs reculent quand d’autres émergent. Mais les marchés s’ajustent, souvent plus rapidement que ne le perçoivent les investisseurs. 

    Penser qu’une crise remet en cause cette dynamique relève souvent d’une lecture de court terme. 

    Le piège émotionnel 

    Ce qui fragilise un patrimoine n’est pas la volatilité en elle-même mais la manière dont elle est vécue. Dans les phases de tension, les mêmes comportements se répètent : vendre après une baisse, suspendre toute décision, se réfugier dans des actifs perçus comme sûrs. Ces arbitrages ont une caractéristique commune : ils interviennent au moment où la visibilité est la plus faible. 

    Ils enferment l’investisseur dans un paradoxe bien connu : sécuriser au pire moment, et revenir trop tard. En gestion de patrimoine, le coût de l’émotion est rarement immédiat : il est presque toujours durable.

    Trois erreurs structurantes 

    La première consiste à sortir des marchés pour “attendre”. Or, les phases de rebond s’amorcent précisément lorsque l’incertitude reste élevée. Les manquer altère significativement la performance à long terme. 

    La deuxième est de concentrer son patrimoine sur quelques actifs supposés protecteurs. Or, la diversification d’un portefeuille est clé pour optimiser la croissance du capital à travers les cycles. 

    La troisième est de confondre information et décision. L’actualité est continue, mouvante et souvent anxiogène. Une stratégie patrimoniale, elle, s’inscrit dans le temps long. La piloter au rythme des événements revient à la rendre incohérente. 

    Investir à contretemps… ou à contre-courant 

    Les investisseurs expérimentés ne cherchent pas à anticiper chaque crise. Ils s’attachent à maintenir une trajectoire. Vision long terme, discipline d’allocation, ajustements progressifs : ces principes simples permettent de traverser les phases de turbulence sans remettre en cause l’essentiel. 

    L’histoire offre des repères. En 1973, en pleine crise pétrolière, Warren Buffett investit dans le Washington Post, dans un environnement marqué par l’incertitude. Ce choix, à rebours du climat ambiant, deviendra l’un de ses investissements les plus marquants. 

    La volatilité ne se subit pas uniquement : elle peut aussi se lire comme une opportunité. 

    Repenser la gestion patrimoniale 

    Dans un monde durablement instable, la gestion de patrimoine change de nature. Elle ne consiste plus à sélectionner des produits mais à construire des architectures capables de résister aux cycles. Elle mobilise une lecture macroéconomique, une diversification internationale, une gestion du risque maîtrisée. 

    Surtout, elle impose une forme de pédagogie : aider à distinguer ce qui relève du bruit et ce qui relève de la stratégie. Le rôle du conseil n’est pas de prédire l’imprévisible ; il est d’organiser la résilience. 

    Prendre du recul avant d’agir 

    Avant toute décision, quelques questions simples permettent de réintroduire de la rationalité : Mon horizon d’investissement a-t-il réellement évolué ? Cette décision répond-elle à une stratégie ou à une inquiétude immédiate ? Mon allocation est-elle toujours cohérente ? Suis-je en train de réagir à une baisse ou d’anticiper une tendance durable ? Cette décision aura-t-elle encore du sens dans cinq ans ? 

    Les crises géopolitiques continueront de rythmer les marchés. Elles sont, par nature, imprévisibles. Mais elles ne constituent pas, en elles-mêmes, le principal risque pour un patrimoine. Le véritable enjeu réside ailleurs : dans la capacité à ne pas transformer une incertitude temporaire en décision durable. En matière d’investissement, le danger n’est pas la crise. C’est la réaction qu’elle provoque.

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  • OPINION. « Banques européennes : l’angle mort du risque au Moyen-Orient »

    OPINION. « Banques européennes : l’angle mort du risque au Moyen-Orient »

    Par Michel Santi, économiste (*)

    Le sujet n’est ni l’ampleur du chiffre, ni sa bénignité. C’est l’impossibilité, pour quiconque — citoyen, parlementaire, analyste — d’accéder à une image fidèle du risque au moment précis où cette image devient nécessaire. Et dans cette opacité, le danger n’est même pas là où le débat le cherche.

    Ce que disent les chiffres

    L’Autorité bancaire européenne a publié son Risk Dashboard Q4 2025. L’exposition directe des banques de l’UE au Moyen-Orient s’établit à 132 milliards d’euros, dont 60,8 milliards pour la France (46 %). Rapporté aux 29 100 milliards d’actifs du secteur, c’est moins de 0,5 %. Le CET1 atteint 16,3 %, les créances douteuses 1,8 %, et les grandes banques françaises ont dégagé 35 milliards de bénéfices en 2025.

    Pris isolément, ces indicateurs sont rassurants. Et ceux qui dénoncent le sensationnalisme ont raison sur un point essentiel : une exposition n’est pas un risque. Le système bancaire européen pourrait absorber des pertes bien supérieures sans compromettre sa solvabilité.

    Mais le chiffre net ne dit pas grand-chose non plus.

    Le netting suppose un monde qui n’existe pas

    L’EBA publie des expositions brutes. Les banques publient des chiffres nets, après compensation par les collatéraux — titres souverains, garanties, dérivés. La méthode est légitime, conforme aux normes IFRS. Les écarts sont considérables : pour BNP Paribas, on passe de 55 milliards en brut à environ 6 milliards en net.

    Le problème n’est pas la méthode. Il est dans ses hypothèses.

    Ce qui manque, ce ne sont pas les données : ce sont les hypothèses. Le netting suppose que les marchés fonctionnent normalement. Que les collatéraux restent liquides. Que les flux ne se figent pas. Que le détroit d’Ormuz ne ferme pas.

    En situation de stress, la valeur des garanties n’est plus un prix de marché : c’est une conjecture.

    Le netting protège du risque de crédit. Pas du risque de liquidité.

    Or c’est la liquidité qui tue — vite, sans préavis.

    Le seul chiffre qui compte en temps de crise — l’exposition nette après stress sur les collatéraux — n’est publié par personne.

    Même illusion côté géographie. Une notation souveraine mesure une capacité de remboursement en temps calme. Elle ne modélise ni une rupture logistique, ni des sanctions croisées, ni un choc énergétique régional. Cela ne signifie pas que les banques ignorent ces risques. Mais que le public n’a aucun moyen d’en juger.

    Le vrai scandale

    Le problème n’est pas le niveau d’exposition. C’est l’absence de synthèse.

    L’EBA publie du brut, avec retard.

    Les banques publient du net, selon leurs méthodes.

    L’écart peut atteindre un facteur dix.

    Le résultat est un angle mort organisé : chacun publie une partie du réel, personne ne le rend intelligible.

    Dans cet espace, les perceptions se fabriquent : les banques choisissent leur narration, le régulateur évite de trancher, les médias simplifient. Et le débat public oscille entre panique et déni.

    Lorsque François Villeroy de Galhau affirme que la stabilité financière n’est « pas en risque », il a probablement raison. Mais une affirmation non étayée par des données vérifiables ne produit plus de confiance. Depuis 2008, la solidité ne se proclame plus. Elle se démontre.

    Ce qui devrait exister

    Le superviseur fait face à un dilemme réel : trop de transparence peut amplifier une crise. Mais ce dilemme ne justifie pas l’opacité actuelle. Il impose au contraire une transparence agrégée, standardisée, intelligible.

    D’autres l’ont compris. La Réserve fédérale publie les résultats détaillés de ses stress tests. La Banque d’Angleterre expose régulièrement des scénarios extrêmes. Ces exercices ne sont pas en temps réel. Ils sont lisibles, comparables, discutables.

    L’Europe pourrait faire de même.

    Ce qu’il manque n’est pas un flux de données supplémentaire, mais une synthèse publique : un tableau de bord réconciliant expositions brutes, nettes et nettes stressées selon des scénarios explicites. Un document qu’un parlementaire peut lire, qu’un journaliste peut vérifier, qu’un citoyen peut comprendre.

    Le problème n’est pas une dissimulation active. Il est institutionnel : aucune instance n’a pour mandat de produire cette lisibilité.

    Le risque qui compte

    Pendant que le débat se focalise sur 132 milliards, le risque réel se déplace ailleurs. L’EBA le souligne : les effets de second tour sont la menace principale. Un baril durablement élevé, une croissance affaiblie, des marges comprimées — ce sont ces mécanismes diffus qui fragilisent les bilans.

    La prochaine tension bancaire, si elle survient, ne viendra pas d’un défaut souverain au Golfe. Elle émergera d’un tissu d’entreprises européennes fragilisées, progressivement incapables d’honorer leurs échéances.

    Les banques françaises sont solides. Les données le montrent.

    Mais tant que cette solidité reste partiellement opaque, chaque chiffre publié devient une source de confusion.

    Le problème n’est pas le risque.

    C’est qu’il demeure, structurellement, difficile à voir.

    (*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il publie aux Editions Favre « Une jeunesse levantine », Préface de Gilles Kepel. Son fil Twitter.

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  • OPINION. « Interdire les réseaux sociaux au moins de 15 ans ne suffit pas », par Mario Stasi et Shani Benoualid

    OPINION. « Interdire les réseaux sociaux au moins de 15 ans ne suffit pas », par Mario Stasi et Shani Benoualid

    Le 26 janvier dernier, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi visant à interdiction l’usage des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Sans contrôle strict de l’âge ni accompagnement éducatif, cette interdiction nationale risque de rester insuffisante.

    Nous savons à la Licra que ce combat que nous menons depuis des décennies contre le racisme, l’antisémitisme et contre toutes les discriminations ne peut ni ne doit se résumer à la dénonciation, à la vigilance ou à la sanction judiciaire, par ailleurs indispensables.

    Avec la sanction ou l’interdiction, il faut l’éducation ou la formation, que ce soit à l’école, dans les centres de formation sportifs, les établissements secondaires ou supérieurs, les écoles de commerce ou les entreprises dans lesquelles nos bénévoles interviennent régulièrement.

    Plus de 16.000 atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux ont été enregistrées en 2024.

    L’un des principaux lieux d’échange et de connaissance mais aussi d’invectives ou de haine devient cet espace numérique protéiforme. Plus de quatre jeunes sur cinq, entre 11 et 17 ans, utilisent chaque jour au moins une grande plateforme ; 44 % accèdent aux réseaux sociaux avant 13 ans. Dans le même temps, plus de 16.000 atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux ont été enregistrées en 2024. La haine n’est pas « fabriquée » par un écran mais amplifiée de façon exponentielle.

    Il est aujourd’hui urgent de définir des outils adaptés pour protéger une démocratie que nous espérons encore solide. La question n’est en effet plus de savoir si une majorité numérique est souhaitable, mais ce qu’elle doit effectivement produire. Les parents le formulent désormais sans détour : 74 % d’entre eux se disent favorables à l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans.

    Dans ce contexte, l’instauration d’une majorité numérique à 15 ans ne saurait être un aboutissement. L’enjeu décisif est celui de l’émancipation numérique. Protéger les mineurs en ligne suppose de leur permettre d’acquérir, progressivement, une autonomie : ils doivent être en mesure de comprendre une situation, identifier un risque, exercer un choix ou mobiliser un recours.

    L’exigence de sécurité doit valoir partout où des mineurs interagissent.

    La France dispose déjà de bases solides dans l’école. On citera le programme PHARE structure la prévention et la prise en charge du harcèlement ou l’éducation aux médias et à l’information (EMI) forme au décryptage des sources, des images et des récits. Ce qui manque, c’est un parcours continu et identifiable, surtout au collège, à l’âge des premiers usages massifs.

    Enfin, toute politique publique doit s’accompagner d’une exigence d’évaluation. Une part décisive de la sociabilité numérique des mineurs se joue dans les univers de jeu et leurs canaux d’échange, écrits ou vocaux, intégrés aux jeux ou adossés à des services tiers. Ce sont des espaces d’amitié et de coopération ; ce sont aussi, trop souvent, des espaces d’injures, de harcèlement, de prédation, et de banalisation de contenus haineux.

    L’exigence de sécurité doit valoir partout où des mineurs interagissent, avec des paramètres protecteurs effectifs, des signalements accessibles, une modération réactive et traçable. Doit être aussi immédiate la visibilité des ressources d’aide, notamment le 3018, numéro national dédié aux victimes de violences numériques.

    Mais rien ne pourra se faire sans une coalition qui associera éditeurs de jeux, associations de protection des mineurs, autorités indépendantes, chercheurs et acteurs de la prévention. Les signaleurs de confiance reconnus au titre du DSA verront aussi leur mission élargie dans cet univers des jeux.

    Le combat universaliste impose que nos démocraties fondées sur les Lumières ne sombrent pas dans un cauchemar numérique.

    Pour beaucoup d’adolescents, l’information ou les termes du débat passent par des créateurs de contenu. Intégrer pleinement ceux-ci à une politique de protection, c’est reconnaître une évidence. Les pouvoirs publics devront donc créer des espaces de réflexion avec ces créateurs de contenus.

    En définitive, si la majorité numérique à 15 ans a pu ouvrir une voie, il est urgent de mettre en place une politique d’émancipation, à la hauteur du défi. Son efficacité dépendra de la cohérence d’ensemble, de l’école aux plateformes, des univers de jeu aux espaces de création, et de la capacité à mesurer ce qui fonctionne réellement.

    Le combat universaliste impose que nos démocraties fondées sur les Lumières ne sombrent pas dans un cauchemar numérique. Nous avons une responsabilité historique envers notre jeunesse, celle de tout faire pour que nos espaces numériques ne soient pas une promesse de déflagration, de désinformation ou d’incitation à la haine mais plutôt le terrain d’opportunités formidables d’échanges et de connaissance.

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