Tag: naphta…

  • Plastiques, métaux, naphta… Les points de rupture industriels exacerbés par la crise au Moyen-Orient

    Plastiques, métaux, naphta… Les points de rupture industriels exacerbés par la crise au Moyen-Orient

    Le conflit au Moyen-Orient fragilise les approvisionnements en matières premières clés, des plastiques aux métaux, et pèse sur l’industrie mondiale.

    Derrière les stands policés du salon Global Industrie à Villepinte, les industriels asiatiques dressent un constat nuancé mais préoccupant : la guerre au Moyen-Orient ne provoque pas de choc brutal, mais elle fissure progressivement leurs chaînes d’approvisionnement, en renchérissant des matières premières clés.

    Premier maillon de cette fragilité : les plastiques, omniprésents dans l’industrie électronique et mécanique. Leur dépendance directe au pétrole en fait une variable d’ajustement immédiate en période de tensions géopolitiques. « Dans notre industrie, nous utilisons beaucoup de plastique et de métaux », et la situation au Moyen-Orient « a un impact sur leurs prix d’achat », explique Sonya Huang, de l’entreprise taïwanaise Chang Way Industries. En cause notamment, le naphta, dérivé du raffinage pétrolier, dont l’accès se complique. « Il est plus difficile de se procurer des plastiques d’emballages », précise-t-elle, évoquant des hausses de coûts que ses clients acceptent, contraints.

    A LIRE AUSSI

    Malgré les chocs géopolitiques, l’industrie française tarde à adapter ses « supply chains »

    Le phénomène dépasse un cas isolé. Un autre industriel asiatique confirme « des difficultés à se procurer ce qui est dérivé du naphta, ce qui oriente les prix à la hausse ». Cette tension sur les dérivés pétrochimiques affecte toute une chaîne de valeur, de l’emballage aux composants électroniques.

    Métaux et énergie

    Deuxième front de fragilisation : les métaux, eux aussi pris dans une spirale inflationniste. Chez Chang Way Industries, la galvanisation — procédé essentiel pour protéger les pièces contre la corrosion — voit ses coûts s’envoler. Une hausse qui s’ajoute à celle des matières premières métalliques elles-mêmes, amplifiant la pression sur les marges industrielles.

    A LIRE AUSSI

    Pour l’heure, Airbus, Boeing et leurs sous-traitants épargnés par le conflit au Moyen-Orient

    Mais c’est sans doute l’énergie qui constitue le point de tension le plus critique. En Inde, le métallurgiste Ashwani Metals en fait l’expérience directe. Confrontée à des restrictions d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL), l’entreprise a dû adapter son outil de production. « Le gouvernement indien a priorisé les usages domestiques du gaz liquéfié (GNL) », explique son directeur général K. Nagaraj. « Ce n’est que s’il y a un surplus disponible qu’il peut être utilisé par l’industrie. » Résultat : certaines activités, notamment les plus énergivores comme la fonderie, sont mises en pause.

    Newsletter

    Industrie et service

    Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

    Amortir le choc

    La production tourne désormais « à environ 80 % », avec des conséquences logistiques immédiates. Le dirigeant évoque « deux à quatre semaines de retard dans les livraisons à destination de l’Europe », conséquence directe des tensions sur le transport et l’énergie. Pour autant, les industriels tentent d’amortir le choc : « Mais nous n’augmentons pas nos prix parce que le prix du gaz n’a pas varié, c’est un sujet d’approvisionnement. Et puis, nos clients ne sont pas toujours désireux de nous donner plus ! »

    Tous les secteurs ne sont toutefois pas logés à la même enseigne. Certaines activités parviennent à limiter l’impact grâce à leur modèle énergétique ou à la nature de leurs produits. C’est le cas de STT Bearings, fabricant chinois de roulements miniatures. Son représentant, Neo Niu, évoque un impact « très léger ». « Les prix du transport ont augmenté mais les produits que nous expédions sont très légers », souligne-t-il, limitant mécaniquement l’effet sur les coûts.

    A LIRE AUSSI

    Retards de paiement : Bercy face à une avalanche de saisines, les PME en détresse

    Surtout, l’entreprise bénéficie d’un mix énergétique diversifié, largement découplé des hydrocarbures. « Nous avons beaucoup de sources d’approvisionnement en électricité, l’eau, le vent, le soleil, le nucléaire », détaille-t-il. « Donc nous ne dépendons pas du pétrole ».

    Diversification des approvisionnements

    Même résilience affichée du côté du fabricant saoudien Bahra Electric, présent exceptionnellement sur le salon. Son dirigeant se veut rassurant malgré quelques tensions sur les intrants : « Il peut y avoir quelques matières premières qui arrivent à l’usine avec des coûts supplémentaires, mais nous pouvons faire face et nous n’avons pas eu à envoyer de lettre d’excuse à nos clients pour le moindre retard ».

    Au final, plus qu’un choc uniforme, la crise actuelle agit comme un révélateur des dépendances industrielles. Les entreprises les plus exposées aux hydrocarbures — directement ou via leurs dérivés comme le plastique ou le naphta — voient leurs coûts et leurs délais se tendre. À l’inverse, celles capables de diversifier leurs approvisionnements énergétiques ou de limiter leur intensité matière affichent une meilleure résistance. En filigrane, une recomposition silencieuse des chaînes industrielles mondiales semble s’amorcer, où la sécurisation des matières premières devient un enjeu aussi stratégique que leur prix.

    Source link