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  • Durcissement du cumul retraite-emploi : menace sur la montée en cadence de l’industrie de défense

    Durcissement du cumul retraite-emploi : menace sur la montée en cadence de l’industrie de défense

    C’est une grosse « tuile » pour l’industrie de la défense en recherche active de salariés compétents. De quoi parle-t-on ? Des nouvelles conditions de cumul emploi-retraite passées relativement inaperçues mais qui vont se durcir fortement à partir du 1er janvier 2027 après l’adoption du budget de la Sécurité sociale fin décembre par le Parlement. Ce qui ne va pas encourager l’emploi des seniors en France, dont le taux des 55-64 ans est l’un des plus bas dans l’Union européenne. Il s’élève à 60,4%, contre en moyenne 65,2% dans l’UE. 

    A partir de cette date, une personne qui a pris sa retraite avant l’âge légal (64 ans à terme, selon le gouvernement) et qui reprend une activité verra 100% de ses revenus déduits de sa pension de retraite au-delà d’un seuil de 7.000 euros par an. Ce qui va dissuader tous les retraités – modestes et aisés -, de se remettre au boulot. Car cumuler retraite et emploi avant 67 ans deviendra très peu intéressant financièrement. Et en même temps pour l’anecdote, le pôle de recrutement de France Travail pour l’industrie de défense a été confié à la générale à la retraite Dominique Vitte… Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou avait annoncé fin janvier la création de ce pôle pour répondre aux besoins de l’industrie de défense.

    Des pertes de recettes estimées à 3 milliards

    Actuellement, une personne qui bénéficie d’une retraite à taux plein peut reprendre une activité sans plafond de revenus. Ce cumul concernait, selon la Cour des comptes, 710.000 personnes environ en 2020, qui tiraient en moyenne 9.000 euros par an de leur activité. Avec cette réforme, le gouvernement va encaisser un gain comptable de 1,9 milliard de recettes en 2030 (400 millions en 2027).

    Mais, d’un autre côté, il se prive des cotisations salariales et patronales versées pour faire travailler un senior. En outre, il limite le pouvoir d’achat de ces derniers et bride la compétitivité des entreprises privées de compétences très expérimentées. Certains experts estiment que cette réforme va entrainer pour l’État des pertes d’un montant de trois milliards d’euros environ. Ce qui devrait être in fine une fausse-bonne idée du gouvernement, qui voulait gommer les « effets d’aubaine » générés par ce dispositif jusqu’à présent encouragé par les gouvernements.

    Les bras manquent dans la BITD

    Les nouvelles mesures mises en place vont donc représenter une révolution pour les seniors, qui veulent continuer à travailler pour compléter leur pension, mais aussi pour l’industrie de la défense, qui peine à recruter des compétences pointues depuis le lancement de l’économie de guerre et la hausse des cadences de production. Selon la Direction générale de l’armement (DGA), 10.000 emplois ne sont pas occupés au sein de la Base industrielle et technologique de défense (BITD). Et selon l’Observatoire des métiers de la BITD, neuf métiers sur dix sont en tension. Par ailleurs, selon Bpifrance, 62 % de dirigeants de PME ou d’ETI industrielles rencontrent des difficultés de recrutement, avec des taux de tension supérieurs à 70 % pour certains métiers de la métallurgie.

    Pour la BITD (220.000 emplois directs et indirects non délocalisable), qui regroupe neuf grands groupes industriels d’envergure européenne et mondiale, 4.500 PME-ETI et startups, dont 1.000 sont identifiées comme stratégiques, les seniors sont aujourd’hui de plus en plus recherchés pour leurs compétences. Très clairement, les bras manquent et les seniors sont très utiles pour la passation des savoirs et la sécurisation des programmes complexes. Cette réforme du cumul emploi-retraite va vraisemblablement tarir un vivier de compétences à la fois expérimenté et très souple. En outre, ce vivier est facilement mobilisable pour accompagner les entreprises dans la montée en cadence de la production de l’industrie de défense.

    e vieillissement des effectifs constitue un facteur de fragilisation majeur car les moyennes d’âge de certains métiers dans l’industrie sont parfois élevées. Ainsi les taux de départ en fin de carrière dépasseront 35 % dans certains métiers d’ouvriers dès 2030 (industries graphiques, métallurgie, électricité et électronique, mécanique). « Sans dispositifs structurés de transmission (compagnonnage, tutorat, intérim senior), le risque de perte de savoir-faire non documenté est élevé », estime l’entreprise dans l’intérim..

    Baisse de la natalité

    Cette réforme arrive en outre au plus mauvais moment. Les seniors, qui sortent du marché du travail, sont beaucoup plus nombreux que les nouvelles générations qui y entrent. Et c’est loin d’être terminé. Car la natalité décline en France depuis plusieurs années. En 2025, 644.000 bébés ont vu le jour, soit 2,3% de moins qu’en 2024 et surtout 24% de moins qu’en 2010, selon l’Insee. Il s’agit du plus faible nombre de naissances depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Résultat, le solde naturel, qui correspond à la différence entre les naissances et décès, est lui devenu négatif (- 6.000 personnes).

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