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  • Carburants : l’illusion d’une manne budgétaire à 2 euros le litre

    Carburants : l’illusion d’une manne budgétaire à 2 euros le litre

    Alors que le litre de SP95-E10 atteint 2 euros, Matignon évoque une manne fiscale pour financer l’électrification. Mais entre chute de la consommation et indexation des dépenses, ce « surplus » budgétaire ressemble à une illusion comptable face à la réalité d’un choc pétrolier.

    Le Premier ministre Sébastien Lecornu suggère d’utiliser les recettes fiscales supplémentaires pour financer l’électrification. Cette annonce intervient alors que le SP95-E10 franchit le seuil des 2 euros par litre. Pourtant, le ministre de l’Économie Roland Lescure rappelait début mars qu’un choc pétrolier nuit aux finances publiques.

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    L’augmentation des prix affecte la croissance. Elle réduit par conséquent les rentrées d’argent pour l’État. Marine Le Pen, cheffe des députés Rassemblement national, dénonce une contradiction gouvernementale. Elle demande une baisse immédiate de la TVA et des taxes. De son côté, Laurent Wauquiez évalue ce surplus entre 2 et 3 milliards d’euros.

    La mécanique de l’éviction de la demande

    Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, tempère ces estimations. Selon elle, les surplus ne se comptent pas en milliards. La baisse de la consommation compense l’effet prix. Ce phénomène d’éviction de la demande est confirmé par les experts en énergie. Moins de passages en station-service signifient moins de volumes taxés.

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    L’accise sur les produits pétroliers est fixe par hectolitre. Elle ne dépend pas de la valeur du produit à la pompe. Si les volumes baissent, la recette fiscale diminue, quel que soit le prix affiché. Nicolas Goldberg, expert chez Colombus Consulting, affirme qu’il n’y aura aucun surplus. La structure de la fiscalité française protège peu le budget contre l’inflation énergétique.

    Un ralentissement économique qui grève les recettes

    Xavier Timbeau, directeur de l’OFCE, qualifie ces recettes d’illusoires. L’État paie ses propres produits pétroliers plus cher. Le ralentissement de l’activité induit une érosion des bases fiscales générales. L’Insee a déjà revu à la baisse la croissance française pour le premier semestre.

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    L’inflation ravivée fragilise la trajectoire budgétaire. Les retraites et les prestations sociales sont indexées sur les prix. Chaque hausse du baril déclenche des revalorisations automatiques des dépenses publiques. Le coût de ces indexations risque de dépasser les gains éventuels de TVA.

    Le défi du financement de la transition

    La question du financement de l’électrification reste entière. Le besoin de fonds est réel pour transformer l’appareil productif. Mais l’enveloppe budgétaire ne peut reposer sur une crise des prix. Chercher une manne dans le pétrole cher revient à ignorer les mécanismes de compensation économique.

    Il convient donc d’anticiper un effet de ciseaux budgétaire : d’un côté, une pression sociale pour baisser les taxes ; de l’autre, des dépenses de fonctionnement qui s’envolent avec l’inflation… la transition vers l’électrique nécessite une visibilité que la volatilité des marchés pétroliers ne peut offrir.

    L’exécutif devra préciser ses arbitrages lors du prochain projet de loi de finances, attendu au Parlement à l’automne 2026.

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