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  • Ventes de livres : quel écrivain retrouvera Xavier Dupont de Ligonnès ?

    Ventes de livres : quel écrivain retrouvera Xavier Dupont de Ligonnès ?

    Le 15 avril 2011, Xavier Dupont de Ligonnès quittait l’hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens pour s’évaporer à tout jamais. Sur des images prises par les caméras de vidéosurveillance, les dernières connues de l’assassin, on le voyait avec un livre à la main : Glacé, le premier livre de Bernard Minier. S’il n’est pas réapparu dans la vraie vie, le mystérieux Dupont de Ligonnès a alimenté de nombreux essais – à défaut de devenir un héros de roman.

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    Dans La Grâce (prix de Flore 2020, vendu à plus de 30 000 exemplaires en grand format), Thibault de Montaigu partait sur les traces de Dupont de Ligonnès mais, au lieu de retrouver le diable, il rencontrait Dieu – et son superbe livre bifurquait vers une quête mystique. D’autres sont restés sur leur chemin initial. Cette même année 2020, Society réussissait le carton de l’été en kiosque avec le fantastique reportage en deux volumes cosigné par Pierre Boisson, Maxime Chamoux, Sylvain Gouverneur et Thibault Raisse – près de 400 000 exemplaires écoulés du magazine, puis 34 000 de l’édition en livre chez So Lonely et enfin 17 000 du format poche chez Points. Toujours en 2020, Bruno de Stabenrath atteignait comme Montaigu les 30 000 exemplaires avec L’Ami impossible, où il revenait avec mélancolie sur la camaraderie l’ayant lié au futur assassin quand ils étaient adolescents à Versailles – il y avait des pages inoubliables, quasi fitzgéraldiennes, sur les soirées insouciantes de cette jeunesse dorée, qui n’aurait pu imaginer alors le drame qui la frapperait plus tard…

    Ventes de livres : quel écrivain retrouvera Dupont de Ligonnès ?

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    Si beaucoup de titres sont dispensables, tel L’Eternité de Xavier Dupont de Ligonnès de Samuel Doux, signalons Comment j’ai retrouvé Xavier Dupont de Ligonnès de Romain Puértolas, paru en 2024 chez Albin Michel et vendu à 35 000 exemplaires. Dans une veine plus ésotérique, pour ne pas dire complotiste, on se souvient de Xavier, mon frère, présumé innocent de Christine Dupont de Ligonnès, une curiosité qui a rencontré en librairie pas moins de 20 000 lecteurs intrigués…

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  • Michel Cymes et Frédéric Saldmann vendent-ils toujours autant de livres ?

    Michel Cymes et Frédéric Saldmann vendent-ils toujours autant de livres ?

    Les médecins stars seraient-ils en train de passer de mode ? Il y a dix ans, ils trônaient en tête des meilleures ventes d’essais. En 2016, alors présentateur vedette du Magazine de la santé sur France 5 (et également entendu sur les ondes d’Europe 1 et RTL), Michel Cymes écoulait 300 000 exemplaires de son livre Vivez mieux et plus longtemps (succès qui avait fait l’année de son éditeur, Stock). Hélas le chirurgien le plus populaire du PAF a ensuite vendu de moins en moins : 130 000 exemplaires pour Votre cerveau en 2017, 35 000 exemplaires pour Chers hypocondriaques… en 2018, 10 000 exemplaires pour Sur l’amour en 2020. Il est vrai que, à partir de l’automne 2017, ayant lancé son bimestriel Dr. Good !, il concurrençait lui-même ses propres livres… Son nouveau titre qui vient de paraître chez Albin Michel, Heureux comme des TDAH !, coécrit avec le pédopsychiatre Oliver Révol, marque-t-il son retour en forme ? En 3e position des essais, il vient de dépasser les 15 000 exemplaires.

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    Son principal rival d’antan, le cardiologue Frédéric Saldmann, est en revanche absent de notre classement, ce qui paraît incroyable quand on se souvient de ses scores passés. Par ailleurs nutritionniste, Saldmann a mangé son pain blanc entre 2013 et 2015 : Le Meilleur médicament, c’est vous ! et Prenez votre santé en main ! avaient atteint les 300 000 exemplaires. Les titres injonctifs avec points d’exclamation en prime ne font pas tout, et le thuriféraire du tantrisme, qui a souvent expliqué que douze orgasmes par mois allongeraient de dix ans l’espérance de vie, a ensuite de plus en plus peiné à booster la libido de ses lecteurs. Votre santé sans risque s’était vendu à 200 000 exemplaires en 2017, Vital ! à 150 00 exemplaires en 2019, On n’est jamais mieux soigné que par soi-même à 100 000 exemplaires en 2020, La santé devant soi à 90 000 exemplaires en 2022 et Votre avenir sur ordonnance à 35 000 exemplaires en 2024. Avec Votre santé à petit prix (Fayard), paru fin janvier, Saldmann n’en est qu’à 7 000 exemplaires. Réputé pour ses avances mirobolantes (non prises en charge par la sécurité sociale), il va sans doute devoir songer à se réinventer…

    Réalisé par Edistat, du 9 au 15 mars 2026, à partir de 800 points de vente, librairies, grandes surfaces spécialisées et sites Internet.

    © / L’Express

    A quoi imputer le recul de Cymes et Saldmann ? On peut imaginer que leur public a fini par se lasser de lire les mêmes choses tous les deux ans. Internet et les gourous du développement personnel leur ont sans doute piqué des fans. Enfin une nouvelle génération a émergé. Le plus médiatique est le médecin généraliste Jimmy Mohamed, âgé de 38 ans (là où Saldmann en a 72 ans), qui a remplacé Cymes à la présentation du Magazine de la santé (rebaptisé Le Mag de la santé, pour faire jeune). La révélation de cette année 2026 est le psychiatre Pierre Alexis Geoffroy, 41 ans. Avec La Nuit vous appartient (Robert Laffont), où il nous invite à “dormir mieux pour vivre plus”, il est cette semaine 5e des essais.

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  • Wolf Haas, l’auteur de polars autrichien qui fait disjoncter

    Wolf Haas, l’auteur de polars autrichien qui fait disjoncter

    Franz Escher exerce le – rare – métier d’orateur funéraire, profession parmi laquelle il s’est fait nombre d’ennemis ayant commis un livre contant leurs magouilles. L’ouvrage fit un flop et, depuis sa publication, il peine à se faire recruter pour rédiger les oraisons de défunts, ses anciens collègues des pompes funèbres préférant le tenir à distance de leurs clients en cercueil. Désœuvré, le célibataire s’ennuie, regrettant d’avoir cessé de fumer dix-sept ans auparavant et refusant toute distraction amoureuse, quand bien même la candidate, une ancienne consœur de funérailles, apprécie comme lui d’assembler, à quatre pattes sur le tapis, les pièces d’un puzzle.

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    Passé ce morne prologue, l’intrigue de Court-circuit, nouveau récit de l’auteur autrichien Wolf Haas vrille furieusement, et le lecteur gagnera à être attentif aux premières lignes dont l’imbrication donne le tournis. Franz Escher a donc fait venir dans son appartement viennois un dépanneur pour réparer une prise défectueuse. Tandis que celui-ci farfouille dans le tableau électrique, il patiente au salon en lisant un livre sur Elio Russo, ancien mafioso devenu témoin protégé. Elio Russo attend en prison d’être exfiltré sous une nouvelle identité. Le juge d’instruction devrait dans quelques heures venir le chercher dans sa cellule et le conduire discrètement jusqu’à une gare, où il lui remettra un billet de train pour la Suisse et des faux papiers. Ensuite, le repenti se construira une vie nouvelle, en prenant garde de ne jamais laisser de traces, car ayant livré vingt-sept parrains de la mafia aux autorités judiciaires, il a de sérieuses raisons de redouter leur vengeance. D’autant qu’il ne les a pas uniquement tous balancés à la justice italienne, mais il a également réussi à mettre à l’abri leur magot. Et que cette dernière nuit avant son exfiltration est longue. Comme Russo est convaincu que Sven, le détenu junkie avec lequel il partage une cellule, pourrait être payé pour l’éliminer, il s’empêche de fermer l’œil et se met lui aussi à lire sur sa couchette. A lire un livre racontant l’histoire… de Franz Escher, orateur funéraire demeurant à Vienne en Autriche, célibataire maniaque et fou de puzzles, qui attend qu’un électricien dépanne son disjoncteur général.

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    Entremêlées dans un dédale jouissif, voici les deux histoires, apparemment sans lien, rebondissant au service d’une intrigue maîtrisée de bout en bout. Construction époustouflante, et auteur joueur car Wolf Haas a glissé dans le récit la source de son inspiration : la lithographie Mains dessinant, réalisée en 1948 par l’artiste néerlandais Maurits Cornelis Escher, célèbre pour ses illusions optiques, et ses combinaisons de motifs en trois dimensions. Son tableau représente une feuille de papier sur laquelle chaque main dessine l’autre main selon un cercle infini. La construction de Court-circuit réplique le procédé illustré ; chaque personnage lit la vie de l’autre personnage et réciproquement. Afin que le lecteur ne manque pas l’hommage à ce drôle de dessin, l’auteur a donné le nom de l’illustrateur néerlandais à l’orateur funéraire fou de puzzles et attendant que sa prise électrique soit réparée. Comme la main dessine l’autre, Franz Escher lit l’histoire d’Elio Russo qui lit l’histoire de Franz Escher, jeu de miroirs et feu d’artifice jusqu’au court-circuit final.

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  • Simone de Beauvoir : le mythe du Castor fait-il barrage à cette auteure de génie ?

    Simone de Beauvoir : le mythe du Castor fait-il barrage à cette auteure de génie ?

    Au fond les années Mitterrand auront causé le plus grand tort à l’image des gens de gauche – et on ne fait pas allusion à l’indéboulonnable ministre de la Culture d’alors, un certain Jack Lang. De même que Marguerite Duras paie encore le côté pontifiant qu’elle a pu montrer au sommet de sa gloire, en 1984, Simone de Beauvoir a sans doute fait fuir de potentiels lecteurs en devenant une institution des lettres. Comme Duras elle déjeunait à l’Elysée et avait l’oreille du président de la République. Autre signe de son statut souverain : en 1981, elle est traduite au Danemark par… la reine en personne, Margrethe II ! Depuis sa mort, en 1986, la notable enturbannée a eu droit à tous les honneurs de la part de la mairie de Paris : une place Sartre-Beauvoir à Saint-Germain-des-Prés, une passerelle Simone-de-Beauvoir (seul pont parisien à porter le nom d’une femme) et une plaque au 11 rue de la Bûcherie, dans le Ve arrondissement, qui précise que c’est là qu’elle a écrit Le Deuxième Sexe. C’est sans doute par ce classique contemporain qu’il faut repasser pour tenter de comprendre qui était la vraie Beauvoir derrière la “potiche” officielle qu’elle craignait d’être à la fin de sa vie.

    Née en 1908 dans une famille bourgeoise mais en voie de déclassement, la jeune Simone comprend très tôt qu’elle aura à étudier et à travailler. Douée selon son père d’un “cerveau d’homme” (sic), elle doit son émancipation intellectuelle à son amie d’enfance et de jeunesse Elisabeth Lacoin, dite “Zaza”, qui mourra prématurément à 21 ans. A part elle, c’est avec des garçons (toujours brillants) qu’elle se lie : Maurice Merleau-Ponty, Paul Nizan et Jean-Paul Sartre. Le 14 octobre 1929, sur un banc de pierre du Louvre, Sartre et Beauvoir formulent leur célèbre accord : si leur amour est “nécessaire”, il ne leur interdira pas les passions “contingentes”. Souvenons-nous que c’est grâce à Beauvoir que le pacte tiendra : en 1931, Sartre la demandera en mariage et elle lui dira non. Rappelons aussi que ce n’est pas Sartre, mais René Maheu (brièvement amant de Beauvoir), qui a inventé le surnom du “Castor”. Beauvoir devrait-elle moins qu’on le croit à son célèbre compagnon à strabisme ?

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    Une conviction s’impose quand on se penche rétrospectivement sur la trajectoire de cette femme d’exception. Entourée comme elle l’était par de telles pointures, elle a dû penser qu’il lui fallait faire ses preuves avant de s’autoriser l’écriture de soi, dans laquelle elle excellera plus tard. Publié en deux parties en 1949, Le Deuxième Sexe (titre trouvé par Jacques-Laurent Bost, autre amant de Beauvoir) a demandé une décennie de documentation à l’essayiste. Il n’est pas anodin que le premier tome s’appelle Les Faits et les Mythes et le second L’Expérience vécue : plus on avance dans la lecture, plus la pensée s’incarne. Il y a quelques tunnels universitaires un peu arides mais la critique lucide (et parfois acide) du mariage a gardé toute sa fraîcheur. On sait gré à Beauvoir de ne pas envoyer tous les hommes au bûcher. Selon elle, les femmes ne sont pas les seules à être lésées dans le mariage, elle montre très bien que les maris souffrent aussi de cette comédie sociale. Les passages qu’elle consacre à la littérature comptent parmi les plus remarquables : elle est tordante quand elle se moque d’auteurs comme Montherlant ou D. H. Lawrence (héraut de “l’orgueil phallique”), touchante quand elle chante les louanges de Stendhal (“si profondément romanesque et si décidément féministe”). Le livre fait un tabac : si on additionne les deux volumes du Deuxième Sexe, il s’en écoule près de 90 000 exemplaires à sa sortie, une folie pour un texte aussi exigeant. C’est aussi un succès de scandale : Roger Nimier flingue Beauvoir dans la revue Liberté de l’esprit et François Mauriac écrit dans Le Figaro que “nous avons littérairement atteint les limites de l’abject”. Certains communistes sont également mécontents. En 1956, Le Deuxième Sexe et Les Mandarins (prix Goncourt 1954) sont mis à l’Index par le Vatican à cause de leur “atmosphère délétère” et du “poison subtil” qu’ils diffusent. Enfin en 1984 le régime des mollahs interdit Le Deuxième Sexe en Iran – sa censure court toujours.

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