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  • OPINION. « Libre-échange : l’ouverture n’est pas la naïveté, elle est la condition de la puissance », par Nicolas Bouzou, économiste, et Pierre Bentata, docteur en économie

    OPINION. « Libre-échange : l’ouverture n’est pas la naïveté, elle est la condition de la puissance », par Nicolas Bouzou, économiste, et Pierre Bentata, docteur en économie

    Dans le contexte de crispations géopolitiques que traverse le monde, le libre-échange est de plus en plus décrit comme un danger à contenir à coups de tarifs douaniers et autres mesures protectionnistes. Il est pourtant essentiel de revenir à une analyse sereine de ce qu’est le libre-échange et de ses immenses avantages. Les accords commerciaux entre États ou communautés d’États ne sont pas des abandons de souveraineté mais des instruments de création de richesse, de montée en gamme productive et de stabilisation géopolitique.

    Depuis des décennies, plusieurs exemples démontrent de manière convaincante les bénéfices de ces échanges, notamment pour nous, Européens. Le partenariat entre l’Union européenne et la Turquie, organisé depuis 1995 autour d’une union douanière, draine à lui seul plus de 210 milliards d’euros de commerce bilatéral.

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    De la même manière, l’accord de partenariat économique entre l’Union européenne et le Japon, signé en 2018 et entré en vigueur en 2019, a amélioré l’accès au marché japonais pour de nombreux produits européens, notamment les vins, les fromages, certaines viandes, les pâtes ou encore le chocolat, des productions souvent issues de nos PME.

    Au sein du bassin méditerranéen, l’exemple de la relation entre l’Union européenne et le Maroc est aussi instructif. En 2024, le commerce bilatéral a dépassé 60 milliards d’euros, un record qui illustre une dynamique de long terme nourrie par les accords commerciaux successifs conclus depuis la fin des années 1960.

    Les accords commerciaux entre États ou communautés d’États ne sont pas des abandons de souveraineté mais des instruments de création de richesse,

    L’Union est le premier partenaire commercial du Royaume et plus de la moitié des investissements directs étrangers au Maroc proviennent d’Europe. Cette relation s’explique par une complémentarité réelle entre les chaînes de valeur industrielles et agricoles de part et d’autre de la Méditerranée. Par exemple, les tomates importées du Maroc, en se conformant au cadre normatif européen et aux exigences des consommateurs, complètent une production française insuffisante pour satisfaire la demande des foyers français.

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    Elles ne semblent par ailleurs pas constituer un frein à la prospérité de la filière française qui annonçait, il y a quelques semaines, des augmentations de 5 à 10% de ses chiffres d’affaires et volume de production. Dans le sens inverse, les millions de tonnes de blé français de haute qualité exportées de France vers le Maroc viennent combler une production locale insuffisante.

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    N’en déplaise aux chantres du protectionnisme, ces exemples illustrent les bénéfices que les échanges commerciaux peuvent produire lorsqu’ils sont organisés dans un cadre stable et régulé. Et bien que cette idée soit aujourd’hui impopulaire, il est probable que les avantages d’une association commerciale avec le Mercosur puissent également se faire sentir à terme, une fois dépassé le jeu des postures politiques. La réalité est là : le libre-échange a largement contribué à la prospérité économique de l’Union européenne et de la France.

    L’enjeu n’est donc pas de se protéger de nos voisins et partenaires, mais d’investir dans la compétitivité et de moderniser en permanence nos cadres commerciaux. Les initiatives européennes visant à renforcer la coopération économique en Méditerranée montrent comment les volets commerciaux, d’investissement et de transition verte et numérique peuvent se renforcer mutuellement. C’est la condition pour transformer un voisinage en espace de coprospérité et sécuriser des chaînes d’approvisionnement dans un monde géopolitique incertain.

    L’enjeu n’est pas de se protéger de nos voisins et partenaires, mais d’investir dans la compétitivité

    Au moment où resurgissent des discours de fermeture, il faut le rappeler : l’ouverture n’est pas la naïveté, elle est la condition de la puissance. Elle ne signifie ni dérégulation ni laisser-faire, comme en témoigne la complexité juridique des accords commerciaux contemporains. La France a intérêt à une Europe qui négocie des accords ambitieux, protège ses normes et ses indications géographiques, et ouvre de nouveaux débouchés pour ses filières industrielles et agricoles. Quant à la souveraineté économique, elle ne se construira pas contre le libre-échange mais grâce à un libre-échange au service de notre compétitivité et de la sécurité de nos approvisionnements.

    Voici ce que le général de Gaulle, ardent défenseur de l’ouverture économique européenne, écrivait dans ses « Mémoires d’espoir », et que les partis politiques, notamment ceux qui se réclament du gaullisme, feraient bien de méditer :

    « C’est une certaine sécurité, mais une médiocrité certaine, que les barrières des douanes, les bornes des interdictions et les clôtures des contingents ont apporté à notre industrie, à notre agriculture, à notre commerce. Au contraire, la compétition leur fera tout à la fois courir des risques et sentir l’aiguillon. On peut penser que, dans le combat, l’économie française adaptera son équipement, son esprit d’entreprise, ses méthodes aux exigences de la productivité et fera de l’expansion au-dehors le critérium de la réussite. »

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