Que penser du revirement récent de l’Europe sur le nucléaire ? Que vaut notre mix énergétique français ? Les démocraties libérales sont-elles armées pour faire face aux défis climatiques qui se posent à elles ? Jean-Marc Jancovici. ingénieur, président du Shift Project, et incarnation d’une écologie appuyée sur la rigueur scientifique, est l’invité des Grands entretiens d’Anne Rosencher.
Anne Rosencher : Le 10 mars, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne et ancienne ministre d’un gouvernement d’Angela Merkel, déclarait que réduire la part du nucléaire en Europe depuis les années 1990 avait été “une erreur stratégique”. Avez-vous été surpris par ces mots ?
Jean-Marc Jancovici : Non. Cela fait deux ou trois ans que l’opinion a viré sur le sujet : du fait de la guerre en Ukraine, les Européens sont redevenus bien plus favorables au nucléaire. Ce n’est pas un phénomène français, mais paneuropéen : partout, cette source d’énergie a gagné 15 à 20 points d’opinions positives. Outre-Rhin, l’évolution est notable puisque près d’un Allemand sur deux est favorable à la construction de nouveaux réacteurs. Et donc le discours politique s’adapte. Soyons lucides : à part quelques décisions courageuses en avance de phase – comme l’abolition de la peine de mort en France en 1981 –, les élus sont un très bon reflet de l’opinion… avec trois ans de retard !
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