Tag: l’échec

  • OPINION. « Municipales, l’échec des populistes », par Alain Cluzet, docteur en urbanisme

    OPINION. « Municipales, l’échec des populistes », par Alain Cluzet, docteur en urbanisme

    Aux dernières élections présidentielles, le vote populiste avait représenté 52% des votes exprimés si on comptabilise Le Pen, Zemmour et à l’opposé, Mélenchon. Mais aux municipales ces deux pôles sont très loin de ces scores, ayant d’ailleurs renoncé à se présenter dans la grande majorité des communes. Le RN n’a déposé que 650 listes (sur plus de 3000 communes de plus de 3500 habitants) et a obtenu un score médian de 21% alors même qu’il ne s’est présenté que dans les communes qui lui sont le plus favorables.

    Un résultat d’autant plus déceptif qu’il est crédité de 35% des voix dans tous les sondages nationaux. Zemmour pour sa part n’a présenté réellement de candidats qu’à Paris. LFI de son côté a déposé 247 listes en métropole pour un vote médian de 12% dans ces communes choisies, assez loin du dernier vote connu de LFI, les 21% de Mélenchon lors de la présidentielle de 2022. Au total, les uns revendiquent le gain de 62 communes, les autres le gain d’une petite dizaine. Dérisoire pour deux partis qui prétendent un jour diriger la France.  

    Les deux se réclament ouvertement du populisme, d’un discours à forte tonalité émotionnelle, un discours simple qui s’adresse personnellement à chaque individu, au vrai peuple par-dessus tout corps intermédiaire, toutes les élites supposées incompétentes et corrompues. Le populisme se traduit par une critique frontale du pouvoir en place et procède par affichage de boucs émissaires soumis à la vindicte, les émigrés d’un côté, les patrons de l’autre. Il s’accompagne le plus souvent d’une tentation illibérale partagée avec Trump, Bolsonaro, Orban, Maduro ou Poutine. 

    Ils ne s’intéressent pas réellement aux municipales aux enjeux trop éloignés de leur objectif de rupture systémique. Mais ils sont contraints de s’y présenter pour l’effet vitrine que cela représente et pour obtenir des postes au Sénat. Leurs résultats cette année illustrent ce décalage immense entre le pragmatisme, l’adaptation au contexte local et le souci du quotidien que requiert la gestion locale et les envolées politiques hors sol de la plupart des leaders populistes. Il a déjà été démontré que plus de 80% des projets des communes et intercommunalités sont communs aux diverses majorités et largement partagés par la population. Tout ce qu’exècrent les populistes. 

    Ils ne s’intéressent pas réellement aux municipales aux enjeux trop éloignés de leur objectif de rupture systémique

    Mais les municipales sont également un révélateur du poids des villes dans la formation ou le rejet d’un vote populiste. Si les populistes de LFI sont d’abord implantés dans les villes grandes et moyennes, c’est lié à leur discours à l’adresse des habitants des quartiers sensibles et de la jeunesse très urbaine. Malgré cela, ils n’ont conquis que deux des villes de plus de 100.000 habitants (Saint-Denis et Roubaix), avec un vote moyen de 15% dans cette catégorie de villes contre près de 30 % à la présidentielle (source IFOP). 

    Quant au RN la situation est vraiment caricaturale : une seule victoire dans ces villes (Nice) et un score moyen inférieur à 15% dans ces communes alors même qu’il réalise lors du même scrutin 28% dans les communes de moins de 5000 habitants, soit près du double. Et c’est une constante dans toutes les élections, y compris nationales. Ainsi aux législatives de 2024 il a obtenu plus de 36% dans les communes de moins de 2000 habitants mais moins de moitié dans les villes de plus de 200.000 habitants. Il est donc d’autres raisons à cette disparité que le vote honteux et la difficulté à trouver des candidats. D’autant que des situations identiques existent aux Etats-Unis où Trump ne contrôle aucune des 100 principales métropoles ou dans l’Italie de Meloni qui en 2024 a perdu les municipales le même jour où elle gagnait les élections nationales. Nous en suggérons quelques-unes : 

    Le RN se nourrit de la détresse des gens, plus marquée dans les banlieues, petites villes ou néorural que dans les grandes villes qui touchent les dividendes de la globalisation et peuvent les redistribuer en emplois et services. 

    Le RN se nourrit de la détresse des gens, plus marquée dans les banlieues, petites villes ou néorural que dans les grandes villes

    L’isolement vécu dans les sociétés modernes hyper individualistes est plus facile à dépasser dans les grandes villes car elles comptent de nombreux espaces publics partagés et des politiques socio-culturelles qui permettent de se croiser autrement qu’en allant au travail et de se confronter à l’altérité. Car la peur des autres qui nourrit ce vote est d’abord la peur de l’inconnu. 

    Enfin, les villes et pas seulement les villes patrimoniales nous offrent des références culturelles communes, parfois juxtaposées, parfois confrontées mais jamais absentes, du moins jusqu’à l’uniformisation fonctionnaliste des villes de l’après-guerre. À une époque où les identités sont floutées et liquides, les grandes villes redeviennent des repères, tant d’une culture dominante que de celles des autres, de la diversité. Les villes permettent ainsi de se construire. 

    Les grandes villes sont donc un rempart contre le populisme. Mais il pourrait fonctionner plus efficacement en confiant aux métropoles la responsabilité d’une appartenance et d’un développement plus partagés avec leurs banlieues proches et lointaines. 

    auteur de « Les villes face au populisme », L’Aube 2026

    Source link

  • « L’échec est l’annonce d’un futur succès » : cinq grands patrons racontent leur vie, leur œuvre aux lycéens franciliens

    « L’échec est l’annonce d’un futur succès » : cinq grands patrons racontent leur vie, leur œuvre aux lycéens franciliens

    Drôle d’endroit pour une rencontre. Pour la troisième année consécutive, l’Association des grandes entreprises françaises (Afep) avait convié, ce vendredi matin, cinq grands patrons à échanger avec trois cents lycéens franciliens sélectionnés par les services du ministère de l’Éducation nationale.

    « Ce qui fait la réussite de nos entreprises, c’est la diversité de leurs compétences, la débrouillardise de l’ingénieur, le bagout du commerçant, l’empathie de l’aide à domicile, l’adaptabilité du chef de rayon ou encore le leadership naturel du PDG », a introduit Patricia Barbizet, la présidente de l’Afep, dans l’hémicycle du Conseil économique, social et environnemental (Cese) au palais d’Iéna à Paris.

    À peine son discours terminé que Sébastien Bazin, PDG d’Accor, Catherine McGregor, directrice générale d’Engie, Marie-Christine Coisne-Roquette, présidente de Sonepar, Frédérique Le Grévès, présidente de STMicroelectronics France et Benoît Derigny, président de Manpower France, sont montés sur scène. Chacun a présenté son entreprise puis s’est prêté au jeu des questions-réponses.

    Avoir envie d’apprendre toute sa vie

    D’emblée, un élève de seconde interpelle les chefs d’entreprises sur leur parcours étudiant. « Chez nous, vous pouvez rentrer avec un bac pro et nous allons vous former pendant toute votre vie professionnelle », a répondu, la première, Frédérique Le Grévès, patronne de STMicroelectronics France, leader des puces.

    « Il faut avoir envie d’apprendre toute sa vie. Ce sont des attitudes, des postures, le goût du risque, le goût du travail, se confronter tous les jours à des difficultés, gagner, dépasser, se surpasser », a renchéri sa voisine de droite, Marie-Christine Coisne-Roquette, dirigeante de Sonepar, autoproclamée numéro 1 mondial non coté de l’achat et de distribution de matériel électrique.

    À une autre lycéenne qui l’interroge sur les crises, Sébastien Bazin, le PDG d’Accor, répond par une autre question : « Est-ce que j’aurais pu empêcher cette crise ? Si vous n’y pouvez rien, vous devez l’accepter et laisser glisser ; si vous y pouvez quelque chose, vous aurez appris de ne pas faire deux fois la même erreur ».

    « Le mot de vocation est assez stressant » (DG d’Engie)

    Un garçon du lycée Newton de Clichy ne veut justement pas se tromper et demande « comment trouver sa vocation dans un monde où les métiers changent très très vite ». « Pas de stress à avoir sur ce que vous voulez faire. Pour ma part, à votre âge, je n’en savais strictement rien. L’essentiel est d’être curieux et d’être ouvert à tout ce qui tourne autour de vous : rencontrez les adultes, allez voir des tutos sur Internet », a répondu Benoît Derigny, le patron de Manpower France.

    « Le mot de « vocation » est assez stressant. Quand je suis sortie d’école d’ingénieur à 23 ans, je savais ce que je ne voulais pas faire grâce à un stage. Toute expérience est bonne à prendre. Vous verrez, un travail, c’est beaucoup plus qu’un métier et une compétence, c’est des collègues, une cantine, une culture d’entreprise… » a enchaîné Catherine McGregor, directrice générale d’Engie.

    Et vient l’inévitable question sur les échecs. Un jour, la patronne de Sonepar a défendu en conseil d’administration un sujet auquel elle croyait, mais une parole autour de la table a réussi à disqualifier sa proposition. « Le projet a échoué car je ne les avais pas appelés avant. Maintenant, je les prépare en amont », a témoigné Marie-Christine Coisne-Roquette. « L’échec est l’annonce d’un futur succès », a appuyé Benoît Derigny de Manpower.

    « Nous avons tout pour réussir » selon le PDG d’Accor

    Reste encore à faire venir les jeunes en entreprise et surtout à les garder. Dès les stages de troisième, STMicroelectronics donne des kits pour toucher les puces et développer des robots tout comme l’entreprise anime des ateliers sur l’intelligence artificielle ou sur les CV, a illustré Frédérique Le Grévès.

    Et si Sonepar n’est pas la première société « à laquelle vous pensiez, nous pouvons vous proposer de la technologie, du commercial, de la logistique et du conseil », a prêché, pour sa paroisse, la présidente Marie-Christine Coisne-Roquette.

    Serait-il donc plus simple d’entreprendre ? s’exclament encore les lycéens.« Nous avons tout pour réussir : des talents, des financements, de l’innovation, de l’architecture et de la gastronomie », réplique, du tac au tac, Sébastien Bazin d’Accor. « En France, il faudrait davantage d’optimisme », abonde Catherine McGregor d’Engie.

    « C’est toujours très enthousiasmant », a confié, à l’issue du tour de table, la présidente de l’Afep à La Tribune. « Nos lycéens avaient très bien préparé. Ils ont toujours des questions diverses et intelligentes. Les réponses apportées par les patrons ont été précises et enthousiastes », a conclu Patricia Barbizet.

    Source link

  • Sécuriser Ormuz : quand l’échec de la mer Rouge préfigure la tempête

    Sécuriser Ormuz : quand l’échec de la mer Rouge préfigure la tempête

    La crise du détroit d’Ormuz place les puissances occidentales devant une équation redoutable : sécuriser l’une des artères vitales de l’économie mondiale sans reproduire l’échec coûteux observé en mer Rouge. Après des mois d’opérations infructueuses face aux rebelles houthis, l’hypothèse d’une mission similaire dans le Golfe apparaît à la fois indispensable… et potentiellement ingérable.

    Car l’enjeu dépasse de loin celui du détroit de Bab el-Mandeb. Près de 20 % des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié transitent habituellement par ce goulet stratégique aujourd’hui bloqué par Iran. La fermeture prolongée de cette voie maritime a déjà provoqué un choc d’une ampleur inédite sur les marchés énergétiques, alimentant une flambée des prix et ravivant les craintes de pénuries durables.

    « Il n’y a aucun substitut au détroit d’Ormuz », a estimé mardi le directeur général de Kuwait Petroleum, cheikh Nawaf Saoud Al Sabah. « C’est le détroit du monde entier, tant au regard du droit international que de la réalité pratique. » Une affirmation qui résume la dépendance structurelle de l’économie mondiale à ce corridor étroit.

    Le précédent de la mer Rouge pèse lourd

    L’expérience récente en mer Rouge agit comme un avertissement. Lancée fin 2023, l’opération occidentale de sécurisation n’a pas permis de restaurer durablement la confiance des armateurs. Malgré des centaines de drones et missiles interceptés, quatre navires ont été coulés en deux ans, et le trafic commercial s’est largement détourné de la zone, préférant contourner l’Afrique au prix de surcoûts logistiques majeurs.

    Pour Joshua Tallis, analyste au Center for Naval Analyses, l’opération a été « un match nul (…), voire une défaite stratégique ». Un constat qui fragilise la crédibilité d’une intervention similaire dans une zone autrement plus militarisée.

    Une menace d’un autre ordre

    Contrairement aux Houthis, les forces iraniennes disposent d’un arsenal sophistiqué et d’une profondeur stratégique considérable. Drones à bas coût, missiles, mines flottantes, embarcations piégées : la panoplie est vaste et adaptée à une guerre d’attrition dans un espace maritime contraint.

    « Défendre les opérations de convois dans le détroit d’Ormuz est nettement plus difficile qu’en mer Rouge », prévient le contre-amiral à la retraite Mark Montgomery, qui a participé en 1988 à l’escorte de pétroliers américains à travers le détroit d’Ormuz pendant la guerre Iran-Irak. La géographie joue ici un rôle clé : les côtes montagneuses iraniennes surplombent directement le détroit, offrant des positions de tir rapprochées. À certains endroits, quelques minutes suffisent pour qu’un drone atteigne sa cible.

    Les analystes soulignent également la capacité des Gardiens de la révolution à dissimuler leurs équipements dans un réseau de bases côtières, de grottes et d’infrastructures souterraines, compliquant toute tentative de neutralisation préventive.

    Une opération militaire à haut risque

    Sécuriser Ormuz nécessiterait des moyens considérables : une douzaine de navires de guerre, appuyés par une couverture aérienne permanente et des capacités de déminage. Mais même un tel dispositif ne garantirait pas une protection totale.

    « Un destroyer peut intercepter des missiles, mais il ne peut pas simultanément balayer les mines, contrer des essaims de drones-bateaux provenant de plusieurs directions et gérer des perturbations de GPS », notent les analystes de SSY, un cabinet spécialisé dans l’analyse du marché maritime.

    Le risque humain et politique est également élevé. « Si (les Américains) perdent un destroyer dans cette opération (…), cela change complètement la donne. Cela représente 300 personnes », avertit Tom Sharpe, ancien commandant de la Royal Navy.

    Pressions politiques et incertitudes stratégiques

    À Washington, le dossier est devenu central pour Donald Trump, confronté à une inflation persistante et à la hausse des prix de l’essence. Le président américain oscille toutefois sur la stratégie, évoquant tour à tour une implication directe de la marine américaine ou un effort porté par les alliés.

    Dans le même temps, les discussions au Conseil de sécurité de l’ONU s’intensifient, certains États plaidant pour des mesures autorisant « tous les moyens nécessaires » pour garantir la liberté de navigation. Même en cas d’intervention, le rétablissement du trafic ne serait ni rapide ni garanti. « Il faudra peut-être mener ces opérations pendant des mois avant de parvenir à neutraliser définitivement la menace que représentent les Gardiens de la révolution islamique », estime Bryan Clark, du Hudson Institute.

    D’ici là, l’économie mondiale reste suspendue à l’évolution de ce point de passage critique. Sans réouverture rapide, la crise énergétique pourrait se transformer en choc inflationniste global, affectant bien au-delà des marchés pétroliers l’ensemble des chaînes de valeur industrielles et alimentaires. Ormuz n’est plus seulement un enjeu géopolitique : c’est désormais un test de résilience pour l’économie mondiale.

    Source link