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  • Avec l’acquisition de Bull, l’État français s’offre une bulle de souveraineté

    Avec l’acquisition de Bull, l’État français s’offre une bulle de souveraineté

    Et une bulle de souveraineté pour l’État français ! Via l’Agence des participation de l’État (APE), qui a finalisé au nom et pour le compte de l’État l’opération de rachat annoncée le 1er août 2025 de l’activité Advanced Computing d’Atos, la France va faire renaître Bull comme une marque technologique clé qui est présente aussi bien dans les supercalculateurs que l’IA et le quantique. Cette opération permet à l’État de devenir l’actionnaire unique de Bull, qui est la seule entreprise en Europe à développer et fabriquer des supercalculateurs. Un atout considérable au moment où le contexte géopolitique incite fortement la France à réduire ses dépendances numériques par rapport aux États-Unis et à l’Asie.

    « Avec la finalisation de cette acquisition, l’État actionnaire franchit une étape décisive pour la souveraineté technologique de la France. (…) Le renouveau de Bull, que nous allons accompagner activement, marquera le début d’une nouvelle ère pour la filière stratégique du calcul haute performance et de l’intelligence artificielle », a expliqué le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, Roland Lescure.

    En outre, en 1996, avec l’arrêt des essais nucléaires français, Bull, en partenariat avec le CEA, a été en mesure de fournir les supercalculateurs, qui permettent de simuler un tir nucléaire afin de maintenir la dissuasion nucléaire française à l’état de l’art. Ce qui lui a aussi permis de développer avec succès une activité de calcul haute performance pour l’industrie et la recherche scientifique européenne.

    Un prix de 404 millions d’euros 

    Pour acquérir ce bijou technologique français (plus de 1500 brevets dans le domaine du calcul de haute performance), l’État va débourser au maximum 404 millions d’euros, dont 104 millions de complément de prix en fonction d’un certain nombre de conditions, qui n’ont pas été détaillées. En 2025, la société a réalisé 720 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 (contre 800 millions attendus initialement). Avec un changement dans le périmètre de la transaction (zData reste dans le giron d’Atos), l’État a fait baisser le prix mais d’une façon très marginale. Dans un communiqué publié le 1er août 2025 annonçant l’opération, la valeur d’entreprise retenue était alors de 410 millions d’euros, dont 110 millions d’euros de complément de prix. L’APE financera cette acquisition à travers le compte d’affectation spéciale des participations financières de l’État.

    L’État sera-t-il un bon actionnaire ? Bercy le croit. Il se voit « comme l’actionnaire dont Bull a aujourd’hui besoin : un actionnaire de long terme qui apporte de la stabilité, de la continuité stratégique et la préservation de compétences critiques au service d’une filière d’excellence en France et en Europe. Notre stratégie reste avant tout de soutenir son développement et la capacité de Bull à rester l’entreprise européenne de référence pour l’Europe dans le calcul de haute performance et les supercalculateurs ». Fondée il y a 96 ans, Bull n’a rien d’une belle endormie. Au-delà d’être stratégique pour la défense nationale, Bull a pris une dimension supplémentaire depuis trois ans avec l’explosion des usages et des besoins en calculs de l’intelligence artificielle.

    Pour Atos, cette vente représente une étape importante dans l’exécution de son plan stratégique, qui vise à recentrer ses activités sur ses marchés stratégiques. En optimisant son portefeuille, le groupe renforce son positionnement sur la cybersécurité, les systèmes critiques et les services numériques – domaines dans lesquels il bénéficie d’un fort potentiel de croissance à long terme.

    Un futur champion de l’IA et du quantique

    Bull se dit en mesure de réduire à seulement 30% la présence de composants non européens dans le futur supercalculateur Alice Recoque attendu pour fin 2027. Certes, les processeurs seront encore fournis par les Américains Nvidia et Amd. Mais Bull a développé en interne la capacité à relier tous les GPU (processeurs graphiques) entre eux. Et les mémoires asiatiques seront remplacées par une solution européenne. « Bull pourrait ainsi jouer un rôle dans la filière des composants en France et en Europe », a souligné Bercy. « Nous cherchons à développer des solutions de remplacement en interne ou avec des partenaires européens », confirme un porte-parole de Bull.

    Voilà pourquoi le cabinet de Roland Lescure n’hésite plus désormais à présenter Bull comme « un champion de l’IA » et un atout pour la souveraineté de la France, en mesure de fournir les infrastructures de demain aux pays européens et à d’autres comme l’Inde ou le Brésil. Des compétences qui ne se limitent pas au hardware, les équipes développant aussi des plateformes logicielles pour répondre à des cas d’usage de l’intelligence artificielle dans le domaine de la recherche et de l’industrie. Bercy entend permettre à Bull de continuer à se développer dans le domaine de l’IA. L’entreprise aura « notre soutien comme actionnaire » pour « construire et développer des infrastructures pour l’intelligence artificielle », explique Bercy.

    Bull développe enfin depuis plusieurs années une capacité de simulation quantique, pour reproduire le fonctionnement. des ordinateurs quantiques qui n’existent pas encore. Ce qui devrait permettre de préparer les logiciels de demain pour les faire tourner. « Avec l’ambition d’être le premier acteur à fournir des ordinateurs hybrides de calcul combinant ordinateur quantique et supercalculateur traditionnel », précise Bercy.

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