Installée légalement aux États-Unis grâce au programme «Uniting for Ukraine», cette routière a vu son permis poids lourd annulé avant son expiration. Craignant un contrôle de l’ICE, elle a choisi de rentrer en Ukraine.
Karina Krainova avait fui la guerre en Ukraine pour les États-Unis. Elle y était entrée légalement en 2024 grâce au programme américain «Uniting for Ukraine», mis en place sous l’administration Biden pour accueillir des Ukrainiens ayant quitté leur pays après l’invasion russe. Installée alors en Caroline du Sud, elle s’était engagée dans une nouvelle vie professionnelle comme conductrice de poids lourds. Mais quelques mois plus tard, face au durcissement des règles américaines sur les permis de conduire commerciaux accordés aux étrangers, elle a fait le choix inverse : quitter les États-Unis et retourner à Odessa, malgré la guerre.
Âgée de 39 ans, Karina Krainova raconte au Guardian s’être inscrite à des cours de conduite de poids lourds en janvier 2025. Le mois suivant, elle réussit son examen à Myrtle Beach, en Caroline du Sud, où elle vivait à l’époque. Son permis, selon des documents consultés par le quotidien britannique, devait expirer le 21 octobre 2026, à la même date que son statut migratoire, s’il n’était pas renouvelé d’ici là.
Mais sa situation a basculé à l’automne 2025. Alors que le département américain des Transports venait de renforcer les exigences pesant sur les conducteurs immigrés titulaires d’un permis poids lourd, elle se rend dans un bureau administratif pour comprendre les nouvelles règles. Elle explique avoir alors craint d’être contrôlée sur la route par la police de l’immigration américaine, l’ICE.
«Je ne voulais pas risquer d’être contrôlée par l’ICE»
«Je voulais comprendre précisément les nouvelles règles, car je ne voulais pas risquer d’être contrôlée par l’ICE dans une station-service ou sur la route et d’être placée en rétention», explique-t-elle au Guardian depuis Odessa.
«On m’a demandé mon permis, que j’ai présenté. J’ai précisé que j’avais une autorisation de travail et que j’avais été admise légalement aux États-Unis. On m’a ensuite demandé si j’avais une carte verte, j’ai répondu non. Un responsable est alors intervenu pour m’expliquer que je ne pouvais plus conduire de camion et que mon permis allait être annulé.»
Le permis de Karina a finalement été annulé le 6 octobre 2025, soit près d’un an avant sa date officielle d’expiration. Selon The Guardian, 135 autres chauffeurs immigrés ont vu leur permis annulé dans cet État. Au-delà de la perte de son droit à conduire, Karina Krainova dit avoir redouté une arrestation et un placement en centre de rétention. Avant même l’entrée en vigueur définitive de nouvelles restrictions fédérales, intervenue la semaine dernière selon le Guardian, elle avait déjà pris sa décision: rentrer en Ukraine.
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Lorsqu’elle comprend que son permis va être annulé, elle estime qu’il vaut mieux revenir à Odessa. Elle espérait jusque-là que son compagnon la rejoindrait un jour aux États-Unis. C’est finalement elle qui est rentrée le retrouver. «J’ai préféré rentrer chez moi auprès de mon mari plutôt que risquer des mois de rétention et être traitée comme le sont d’autres immigrés dans ces centres», dit-elle. Le retour ne signifie pas pour autant la sécurité. Depuis Odessa, dans le sud de l’Ukraine, Karina Krainova décrit un quotidien suspendu entre attaques russes et accalmies fragiles. Alors que la guerre est entrée dans sa quatrième année, la ville continue d’être visée.
