La croissance française bénéficie-t-elle déjà de la révolution de l’intelligence artificielle ? L’arrivée de ChatGPT (OpenAI) et d’autres modèles (Claude, Gemini) suscite de grands espoirs. Ces technologies promettent des gains de productivité et de nouvelles richesses.
« Dans tous les pays, ce développement accéléré est susceptible d’affecter l’activité économique par plusieurs canaux à court terme côté demande et même côté offre, du fait de sa rapidité de diffusion », note l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dans sa note de conjoncture publiée mardi.
Mais si les États-Unis commencent déjà à profiter des fruits de cette révolution, la France a encore des difficultés à évaluer les véritables conséquences sur son tissu économique.
Les investissements représentent un tiers de la croissance américaine
Outre-Atlantique, l’intelligence artificielle participe à la croissance en premier lieu grâce aux investissements des entreprises. Des investissements qui comprennent les logiciels et équipements informatiques mais aussi les centres de données, note l’Insee. D’après ses chiffres, au quatrième trimestre 2025, l’investissement en équipements informatiques (hors centres de données) représentait 2,2 % du PIB en valeur et celui en logiciels 2,5 %. Soit une augmentation de 0,3 point pour le premier et de 0,2 point pour le second par rapport à mi-2022, quand ChatGPT n’était pas encore sur le marché.
De leur côté, les centres de données ont poussé comme des champignons sur le territoire américain. Mais pour le moment, ils ne représentent que 0,1 % du PIB. Au total, un tiers de la croissance américaine en 2025 dépend des investissements dans l’intelligence artificielle.
Une poussée de l’investissement qui rappelle la période précédant la bulle Internet. « Sur la période récente, l’année 2025 se distingue par une contribution de l’investissement numérique d’une ampleur comparable à celle observée à la fin des années 1990 », écrit l’institut.
En France, il est plus difficile de flécher ces investissements. Le secteur qui pourrait investir le plus dans l’IA est celui de l’information et de la communication. S’il participe à l’activité économique, sa contribution à la croissance « tend à diminuer », estime l’Insee, bien loin de la situation américaine. Pour les centres de données, l’Insee précise qu’il n’y a pas encore de séries statistiques comparables à celles de nos partenaires américains. 352 centres seraient exploités en 2024, selon l’Ademe.
Une consommation française pas du tout dopée à l’IA
La révolution de l’IA peut également participer à la croissance grâce à la consommation aux États-Unis. En effet, les ménages américains tirent une partie de leur richesse des marchés financiers. Quand les actifs détenus par les ménages augmentent, ils peuvent davantage consommer. L’essor de l’intelligence artificielle a poussé les marchés financiers à de nouveaux records, notamment sur les valeurs technologiques.
Mais une telle analyse comporte des limites : généralement ce sont les ménages les plus aisés qui bénéficient des plus-values liées à l’intelligence artificielle. « L’effet sur la consommation est vraisemblablement positif mais modéré en moyenne, compte tenu d’une propension à consommer plus faible en haut de la distribution », complète l’institut.
Par ailleurs, les records de valorisation des valeurs technologiques ont pu faire craindre un retournement du marché, voire l’éclatement d’une bulle IA.
Dans l’Hexagone, le canal de la consommation est écarté par l’Insee. « L’existence d’éventuels effets de richesse sur la consommation en France est en général sujette à débat », argue l’institut. Il est aussi « peu probable qu’un tel effet ait pu jouer récemment, dans un contexte où la consommation des ménages est décevante depuis plusieurs années et le taux d’épargne historiquement haut ».
Risque sur l’emploi
Concernant les emplois, l’IA a été employée rapidement par les entreprises, que ce soit aux États-Unis ou en Europe. Un quart des salariés utiliserait déjà cette technologie au travail, précise l’Insee. Elle aurait également déjà amélioré la productivité.
Mais cette révolution participe aussi à réduire les emplois dans des secteurs liés à l’informatique, outre-Atlantique mais aussi en France. Ainsi, l’emploi a baissé dans le secteur des activités informatiques et services d’information en France depuis 2023, « tandis que la valeur ajoutée conserve une trajectoire sans inflexion marquée », complète l’institut.
Ce sont surtout les plus jeunes qui sont concernés par un repli de l’emploi. Fin 2025, l’emploi des 15-29 ans recule de 7,4 % dans l’informatique et de 5,8 % dans l’édition. En comparaison, l’ensemble du secteur marchand ne baisse que de 0,7 %. Il n’empêche, toujours en France, « les effets sur l’emploi global resteraient ainsi encore largement indéterminés ».
