Le coût économique des émissions de CO2 est bien plus important que ce qui avait été estimé jusqu’à présent, selon une étude publiée ce mercredi 25 mars par la revue Nature. Celle-ci rend les plus gros pollueurs responsables de milliers de milliards d’euros de dommages climatiques à travers le monde.
L’étude mesure précisément la façon dont le réchauffement affecte l’économie mondiale. Ce travail assigne une part des dommages à des émetteurs précis, États ou pétroliers.
Les chercheurs ont analysé l’affaiblissement de la productivité et des rendements agricoles. Ils intègrent aussi les phénomènes extrêmes comme les canicules et les sécheresses. Et selon eux, les émissions passées grèvent lourdement l’avenir économique.
« Nous avons été surpris par l’ampleur des préjudices estimés », confie à l’AFP Marshall Burke. Le professeur à l’université de Stanford souligne que les dommages futurs seront supérieurs aux dommages passés. La persistance du CO2 dans l’atmosphère explique cette accumulation de coûts.
Les États-Unis dominent le classement des responsables avec une facture de 10 200 milliards de dollars (9 600 milliards d’euros). La Chine suit avec 8 700 milliards (8 200 milliards d’euros), devant l’Union européenne et ses 6 400 milliards (6 000 milliards d’euros). Ces chiffres portent sur la période allant de 1990 à 2020.
Dans le secteur privé, les chiffres sont tout aussi vertigineux pour les majors pétrolières. Saudi Aramco a causé 3 000 milliards de dollars (2 800 milliards d’euros) de pertes entre 1988 et 2015. ExxonMobil est également cité avec 1 600 milliards de dollars (1 500 milliards d’euros) de dommages historiques.
Le transport aérien est aussi pointé du doigt pour sa contribution aux dommages futurs. Un vol long-courrier annuel pendant dix ans génère 25 000 dollars (23 500 euros) de pertes d’ici à 2100. Les comportements individuels des plus riches ont donc un effet financier mesurable.
L’étude offre un cadre pour estimer les coûts provenant d’émetteurs particuliers. Elle alimente les discussions sur les « pertes et dommages » (L&D) au niveau international. Ce mécanisme prévoit que les pollueurs paient pour les impacts inévitables.
L’efficacité de la captation du carbone (CDR) pour réduire ces dettes reste limitée. Un délai de 25 ans après l’émission réduit seulement les dommages de moitié. La rapidité d’action est donc le seul moyen de limiter l’inflation de la facture.
Les experts notent que ces estimations sont probablement prudentes. Elles ne prennent pas en compte la montée des eaux ou la perte de biodiversité. La réalité financière pourrait s’avérer bien plus lourde pour les acteurs concernés.

