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  • Financement du Rafale F5 : comment la France a fâché les Émirats Arabes Unis

    Financement du Rafale F5 : comment la France a fâché les Émirats Arabes Unis

    La France avait proposé aux Émirats Arabes Unis de participer au développement du Rafale F5 contre un financement du programme. Mais Abu Dhabi s’est retrouvé in fine à payer une facture sans aucun retour technologique. Fin décembre, la rupture a été consommée. Résultat, la France financera seule le Rafale F5 dans le cadre de l’actualisation de la loi de programmation militaire.

    Entre la France et les Émirats Arabes unis (EAU), la crise est terminée depuis plusieurs semaines mais elle a laissé des traces. Non pas entre Cheikh Mohamed bin Zayed et Emmanuel Macron, qui ont toujours eu de l’estime l’un pour l’autre, mais leur relation s’était refroidie fin décembre après la visite du président français à Abu Dhabi. Avec la situation au Moyen-Orient, notamment le conflit en Iran, la relation entre les deux pays liés par des accords de défense s’est finalement ressoudée grâce à la fiabilité et la crédibilité démontrées par Paris vis-à-vis de son partenaire émirien en lui venant en aide très concrètement, avec notamment les Rafale français.

    Les pilotes de l’armée de l’air française font très bien le job dans le ciel émirien pour neutraliser les drones iraniens Shahed, notamment, qui frappent les Émirats Arabes Unis, situés en face de l’Iran. Les deux pays sont seulement séparés par le Golfe persique et sont distants de 55 km au niveau du détroit d’Ormuz. C’est peu, très peu. Et la France, contrairement à beaucoup d’autres pays européens, est au soutien concret des EAU, qui lui en sont très reconnaissants, mais aussi du Qatar, également lié par des accords de défense avec Paris.

    Les EAU ne financeront pas le le Rafale F5

    La crise a essentiellement laissé des traces dans le budget des armées, qui va rester encore fortement contraint en dépit de la prochaine recapitalisation de la loi de programmation militaire (36 milliards d’euros). L’actualisation de la LPM doit être examinée en conseil des ministres le 8 avril après son passage cette semaine au conseil d’État. De quelle crise parle-t-on précisément ? Du financement du Rafale F5. A la demande de la France, les EAU étaient prêts à financer jusqu’à la fin de l’année dernière le nouveau standard  de l’avion de combat à hauteur de 3,5 milliards d’euros sur une facture d’environ cinq milliards qui, fin décembre, restait encore à trouver. 

    Après plusieurs mois d’impasse en 2025 sur le dossier de financement du Rafale F5, la visite d’Emmanuel Macron à Abu Dhabi devait clarifier ce que les deux pays attendaient l’un de l’autre sur le développement de ce programme dopé aux dernières technologies ultra pointues. Un point qui plaisait énormément aux Émiriens, addicts aux nouvelles technologies. In fine, le président français a dû écouter les longs reproches de Cheikh Mohamed bin Zayed, furieux des propositions françaises sur ce dossier. La rencontre entre les deux Chefs d’État s’est très mal passée, la France et les EAU n’étant vraiment pas sur la même longueur d’ondes. 

    Pour financer le Rafale F5, les Émiriens voulaient être associés le plus étroitement possible aux développements à l’avion de combat français. Les Français n’étaient quant à eux pas prêts à partager les secrets de ce développement, notamment dans l’optronique après l’avoir envisagé. Fort de ce constat et de soupçon d’arrogance de la part des Français, les EAU ont décidé qu’il ne paierait pas la facture sans avoir aucun retour. Très irrité par la tournure prise par ce dossier bancal, Emmanuel Macron a quant à lui répercuté tout son agacement auprès du ministère des Armées, notamment de la Direction générale de l’armement (DGA) et de l’état-major des armées (EMA).

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    « Étalement de la confiture sur la tartine »

    Conclusion de cette histoire, le ministère des Armées doit financer seul cette facture dans le cadre de l’actualisation de la LPM avec pour conséquence « un étalement de la confiture sur la tartine », explique-t-on au sein du ministère des Armées. Ce qui veut très clairement dire que le financement du Rafale F5 va s’étirer dans la durée avec des livraisons de Rafale au standard F5 décalées dans le temps. Une habitude prise de longue date dans les armées pour financer les pénuries de crédits budgétaires.

    L’argent émirien aurait permis de réduire la taille de « l’édredon dans la valise » (trop de programmes par rapport à l’enveloppe budgétaire) mais aussi de confirmer certains paris faits en matière de coopérations programmatiques (SCAF, Rafale F5, Eurodrone…) dans la préparation de la LPM 2024-2030. Depuis plus d’un mois, la guerre en Iran a largement fait oublier cet épisode fâcheux et la France aux côtés des EAU a restauré une confiance temporairement écornée entre les deux pays. Il n’est pas dit non plus qu’après 2027, les EAU reviennent à la table des négociations pour participer au financement du Rafale F5, estiment plusieurs sources interrogées.

    Et en dépit des 36 milliards d’euros supplémentaires par rapport à la LPM adoptée (413 milliards d’euros), cela reste trop peu ou pas assez au regard des nouveaux besoins qui ont surgi avec les crises internationales. Le modèle échantillonnaire des capacités des armées françaises vole en éclat face à la dure réalité des conflits de haute intensité, à l’image de la surconsommation des missiles air-air MICA aux Émirats Arabes Unis. Défini en 2013, le format des armées actuel avait été défini dans le cadre d’un autre monde, celui de la mondialisation heureuse. Elle a été balayée par l’Histoire. Pour autant, la recapitalisation de la LPM ne sera pas celle non plus d’une hausse des formats, selon nos informations. 

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