Les chiffres du mois mars sont clairs : aux Etats-Unis, le chômage recule et l’emploi progresse. Mais ce rebond du marché du travail s’accompagne d’une autre tendance : les Américains sont de moins en moins nombreux à travailler ou à chercher un emploi, relève le Wall Street journal. En mars 2026, la part de la population en âge de travailler qui est soit en emploi, soit à la recherche d’un emploi (NDLR : le taux de participation à la population active, pour les économistes) a reculé à 61,9 %. Du jamais vu depuis 1977, hors période de pandémie.
Cet indicateur est important car il permet de mesurer une partie du potentiel de croissance économique. En bref, l’économie progresse soit parce que davantage de personnes travaillent, soit parce que chaque travailleur produit davantage. Aussi, “un taux de participation à la population active plus faible signifie une croissance économique à long terme plus lente”, résume l’économiste Gus Faucher dans les colonnes du média américain.
Population vieillissante et baisse de l’immigration
Depuis les années 2000, cet indicateur diminue progressivement. Le vieillissement de la population en serait le principal responsable. La génération des baby-boomers a commencé à atteindre l’âge de la retraite au début du siècle, ce qui pèse durablement sur le taux d’activité. Ensuite, les départs à la retraite anticipés parmi les travailleurs de 55 ans et plus. La pandémie a poussé nombre d’entre eux à quitter le marché du travail avant 65 ans, et cette tendance semble se poursuivre. Certains ont pu choisir de se retirer de l’emploi en raison des difficultés à retrouver un poste après l’avoir perdu, des bouleversements liés à l’essor de l’intelligence artificielle, ou encore grâce au capital accumulé dans leur logement ou leur épargne-retraite.
Dans cette tranche d’âge, le taux de participation à la population active est ainsi passé de 40,2 % en janvier 2020 à 37,2 % en mars 2026, soit son niveau le plus bas depuis plus de vingt ans.
Un autre facteur a participé à faire baisser cet indice : le durcissement de la politique migratoire de Donald Trump. La baisse de l’immigration et l’augmentation des expulsions ont affecté des groupes de personnes jeunes, souvent venus aux Etats-Unis pour travailler, contribuant ainsi au vieillissement de la population active. Une telle situation risque d’avoir des conséquences sur l’économie américaine, qui pourrait se confronter à des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs.
Quelques signaux encourageants
Mais tous les compteurs ne sont pas au rouge. Depuis plusieurs années la productivité a connu une croissance supérieure à la moyenne. Une bonne nouvelle selon Greg Daco : “cela a en grande partie compensé le ralentissement de la croissance de la population active”, détaille l’économiste en chef de EY-Parthenon, cabinet de conseil spécialiste en “stratégie transformatrice et transactions”. Il nuance néanmoins ce constat : la question des gains de productivité dans les années à venir reste ouverte.
Autre signal encourageant : le taux de participation des 25-54 ans se maintient près de ses plus hauts niveaux depuis plusieurs décennies. Selon les économistes cités par le Wall Street Journal, cela suggère que la baisse globale de la participation tient davantage au vieillissement de la population et à la politique migratoire qu’à un découragement généralisé face au marché du travail.
