Tag: Culture

  • Un week-end à Berlin : Brancusi prend toute la lumière à la Neue Nationalgalerie

    Un week-end à Berlin : Brancusi prend toute la lumière à la Neue Nationalgalerie

    Si l’œuvre de Constantin Brancusi (1876-1957) reste largement populaire auprès du grand public dans l’Hexagone, seuls les initiés la connaissent outre-Rhin. C’est dire l’événement que représente l’exposition d’ampleur déployée dans les vastes espaces de la Neue Nationalgalerie à Berlin. Le bâtiment de verre et d’acier, conçu par l’architecte moderniste Ludwig Mies van der Rohe à la fin des années 1960 sur le principe du less is more, offre un écrin idéal aux formes organiques façonnées par le sculpteur roumain. Leur simplicité presque déroutante ne peut qu’y être sublimée.

    C’est, en outre, la première exposition consacrée à l’artiste en Allemagne depuis plus de cinquante ans, et la plus complète avec quelque 150 sculptures, clichés, dessins, films et documents d’archives, dont certains ont été peu ou jamais montrés, prêtés par des collections internationales et, en grande partie, par le Centre Pompidou, qui assure le commissariat de la rétrospective au côté de l’institution berlinoise. L’ensemble, exceptionnel, éclaire le processus créatif d’un Brancusi qui, pour mettre en valeur son travail, avait aussi recours à la photographie et au cinéma.

    Constantin Brancusi, “Autoportrait dans l’atelier : les Colonnes sans fin I à IV, Le Poisson (1930), Leda (1926)”, vers 1934.

    / © Succession Brancusi – All rights reserved / Adagp, Paris, 2026. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. Grand Palais Rmn

    Là où la sculpture européenne du tournant du XXᵉ siècle se complaisait encore dans la virtuosité figurative, le sculpteur a choisi une autre voie. Arrivé à Paris en 1905, après des débuts académiques dans son pays natal et quelques pérégrinations sur le Vieux Continent, il passe brièvement par l’atelier d’Auguste Rodin avant de s’en éloigner, convaincu, selon sa formule restée fameuse, que “rien ne pousse à l’ombre des grands arbres”. La rupture, décisive, va mener Brancusi vers un style radicalement épuré qui va faire de lui le précurseur de l’abstraction sculpturale avec des formes simples cherchant moins à représenter fidèlement le monde qu’à en capter l’essence.

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  • Ventes de livres : quel écrivain retrouvera Xavier Dupont de Ligonnès ?

    Ventes de livres : quel écrivain retrouvera Xavier Dupont de Ligonnès ?

    Le 15 avril 2011, Xavier Dupont de Ligonnès quittait l’hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens pour s’évaporer à tout jamais. Sur des images prises par les caméras de vidéosurveillance, les dernières connues de l’assassin, on le voyait avec un livre à la main : Glacé, le premier livre de Bernard Minier. S’il n’est pas réapparu dans la vraie vie, le mystérieux Dupont de Ligonnès a alimenté de nombreux essais – à défaut de devenir un héros de roman.

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    Dans La Grâce (prix de Flore 2020, vendu à plus de 30 000 exemplaires en grand format), Thibault de Montaigu partait sur les traces de Dupont de Ligonnès mais, au lieu de retrouver le diable, il rencontrait Dieu – et son superbe livre bifurquait vers une quête mystique. D’autres sont restés sur leur chemin initial. Cette même année 2020, Society réussissait le carton de l’été en kiosque avec le fantastique reportage en deux volumes cosigné par Pierre Boisson, Maxime Chamoux, Sylvain Gouverneur et Thibault Raisse – près de 400 000 exemplaires écoulés du magazine, puis 34 000 de l’édition en livre chez So Lonely et enfin 17 000 du format poche chez Points. Toujours en 2020, Bruno de Stabenrath atteignait comme Montaigu les 30 000 exemplaires avec L’Ami impossible, où il revenait avec mélancolie sur la camaraderie l’ayant lié au futur assassin quand ils étaient adolescents à Versailles – il y avait des pages inoubliables, quasi fitzgéraldiennes, sur les soirées insouciantes de cette jeunesse dorée, qui n’aurait pu imaginer alors le drame qui la frapperait plus tard…

    Ventes de livres : quel écrivain retrouvera Dupont de Ligonnès ?

    © / L’EXPRESS

    Si beaucoup de titres sont dispensables, tel L’Eternité de Xavier Dupont de Ligonnès de Samuel Doux, signalons Comment j’ai retrouvé Xavier Dupont de Ligonnès de Romain Puértolas, paru en 2024 chez Albin Michel et vendu à 35 000 exemplaires. Dans une veine plus ésotérique, pour ne pas dire complotiste, on se souvient de Xavier, mon frère, présumé innocent de Christine Dupont de Ligonnès, une curiosité qui a rencontré en librairie pas moins de 20 000 lecteurs intrigués…

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  • “Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi” : pourquoi il faut regarder la nouvelle série d’Arte

    “Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi” : pourquoi il faut regarder la nouvelle série d’Arte

    Isabel Coixet est la réalisatrice de la série de huit épisodes Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi, actuellement disponible sur Arte. Ce titre long fait référence aux Cinq heures du soir à répétition du poème de Federico Garcia Lorca, car Isabel Coixet, née à Barcelone en 1960, s’intéresse beaucoup à la littérature. Son premier film hollywoodien, Lovers, avec Penélope Cruz et Ben Kingsley, tiré d’un roman de Philip Roth, raconte l’histoire d’amour entre un vieux et célèbre professeur de littérature et une jeune immigrée cubaine. Confirmant ce tropisme, Coixet réalise en 2017 The Bookshop, histoire d’une jeune femme qui ouvre une librairie dans une petite ville d’Angleterre et rencontre beaucoup de problèmes. En 2019, Coixet tourne Foodie Love, sa première série télé, une histoire d’amour culinaire entre une éditrice et un mathématicien, disponible aussi sur Arte. Il est également question de nourriture dans Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi. Gastronomie japonaise, romans américains et cinéma d’auteur. Une vague impression de déjà-vu ? Attendez.

    Une bonne vieille intrigue cornélienne

    L’histoire se passe dans un appartement parisien partagé par deux amis d’enfance Charlie (Clara Bretheau) et Nelson (Théo Christine) qui acceptent une colocataire, Louise (Liv Henneguier), provinciale débarquée dans l’intention de réussir dans le cinéma en devenant réalisatrice de films. Nelson a abandonné ses études de maths pour se consacrer à la cuisine japonaise, tandis que Charlie, passablement fragile, prend trop de drogue et pas assez la vie à la légère. C’est qu’elle a de gros problèmes avec sa mère, Alix (Jeanne Balibar), riche galeriste comme on en fait plus, qui paie la rançon de sa culpabilité en entretenant sans trop barguigner sa fille Charlie inapte aux p’tits boulots les plus cool (vente de livres d’occasion). Là-dessus, débarque Louise qui croque la vie à pleines dents, et en dehors des repas. Elle prend des cours de cinéma en visio avec un réalisateur américain sur le retour (Tim Robbins). Nos trois colocataires approchent la trentaine, il serait donc temps pour eux de sortir de cet état d’adolescence prolongée et privilégiée avant que la série ne nous fasse penser à Emily in Paris, Friends et Nouvelle vague, car il y a de ça, indubitablement, mais en mieux, les mêmes ingrédients en bio, en commerce de proximité, avec les vraies saveurs d’une mise en scène qui ne se voit pas, d’une interprétation enthousiasmante, d’un suspense des plus piégeant. Et d’une bonne vieille intrigue cornélienne.

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    Charlie et Nelson s’aiment depuis qu’ils ont 6 ans. S’ils n’ont jamais couché ensemble, ce n’est pas seulement parce que Charlie préfère les filles, pas seulement parce que Nelson lui a promis dès le premier jour de la protéger. Ben oui, ça existe les serments d’enfants qui durent. Pourquoi ne pas se laisser un peu aller à l’eau de rose. Hein. D’ailleurs, ça n’est pas ça qui va vous faire regarder la série jusqu’au bout de la nostalgie. Le truc, c’est que Nelson, le beau Nelson, se tape la mère de Charlie. Laquelle a un peu de mal à y croire, nous aussi, mais c’est comme ça, il est amoureux d’elle et il doit le cacher à Charlie car : “Elle ne nous le pardonnera jamais”, dit Alix à son jeune amant. Mais alors qu’est-ce qu’ils attendent pour arrêter, et comment Isabel Coixet va s’y prendre pour que Charlie l’apprenne, aura-t-on droit à la scène entre ce salaud de Nelson et sa protégée trahie, va-t-elle le tuer, en mourir de chagrin ? Et à quel moment Louise va-t-elle finir par comprendre que cette femme d’un certain âge que Nelson bécote à bouche que veux-tu c’est la mère de Charlie ?

    Vous commencez à comprendre pourquoi je suis resté scotché tout l’après-midi devant mon ordi. En fait, je ne suis pas pour l’interdiction des dimanches après-midi d’élection, il en faut, mais ça passe mieux avec un bon vaudeville en huit épisodes de trente minutes.

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  • Jeune photographie européenne : circulez, y a tout à voir !

    Jeune photographie européenne : circulez, y a tout à voir !

    Au cœur du XIXe arrondissement, à l’abri du tumulte de la rue d’Aubervillers, le festival Circulations(s) nous offre à nouveau un panorama de la photographie émergente européenne sous l’historique verrière du Centquatre-Paris. C’est ici, depuis sa création en 2011 par l’association Fetart, que l’événement annuel s’est imposé comme un tremplin pour les jeunes photographes et un laboratoire des écritures visuelles actuelles. En quinze ans, la ligne directrice de Circulation(s) est restée constante : révéler des talents, sans distinction de notoriété ou de parcours, pour prendre la température des préoccupations esthétiques et sociétales d’une génération. Le festival privilégie les démarches hybrides, mêlant photographie, vidéo, installation et pratiques expérimentales. La direction artistique est collégiale, les exposants choisis au terme d’un appel à candidature. Cette année, ils sont 26, issus de quinze nationalités différentes, à interroger les enjeux d’une époque en pleine mutation, auxquels s’ajoutent quatre photographes invités dans le cadre d’un focus dédié à l’Irlande.

    T2i & NouN, “ManMan Dilo – Pouvoir & Regards”.

    L’édition 2026 s’inscrit ainsi dans une réflexion élargie sur les transformations en cours à travers l’Europe, qu’elles soient environnementales, politiques ou identitaires. Entre réalité et fiction, documentaire et mise en scène, l’approche transversale permet de croiser des récits personnels avec des problématiques globales. Parmi les artistes français retenus, Manon Tagand développe un projet sensible autour de la filiation sous forme d’enquête post-coloniale, tandis que le duo T2i & NouN inscrit son travail dans une réflexion écologique critique, par le biais d’une créature légendaire appartenant au folklore guyanais : Manman Dilo, une “Mère des eaux” à la fois redoutée et protectrice.

    Olia Koval, “Eruption”.

    A l’international, on remarque la série Eruption de l’Ukrainienne Olia Koval, qui déroule une œuvre marquante, directement liée au contexte géopolitique de son pays : un intérieur domestique envahi par 40 000 petites punaises rouges fabriquées à la main, offrant une métaphore de l’occupation militaire, de la contamination du quotidien par la guerre, de l’impossibilité de maintenir une frontière entre espace intime et conflit. Quant à Natalia Majchrzak, qui réside en Belgique mais qui a ses origines familiales en Pologne, elle reconstitue, avec Keczupowo – le surnom de Włocławek, sa ville natale –, les souvenirs subjectifs d’une enfance estompée, en jouant, non sans ironie, sur les codes visuels de la culture populaire.

    En mettant en lumière les travaux singuliers de cette nouvelle génération de photographes à travers l’Europe, Circulation(s), qui porte bien son nom, offre un chassé-croisé riche en contrastes dans le champ de l’image contemporaine. On peut y circuler, en toute liberté, jusqu’au 17 mai 2026.

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  • Michel Cymes et Frédéric Saldmann vendent-ils toujours autant de livres ?

    Michel Cymes et Frédéric Saldmann vendent-ils toujours autant de livres ?

    Les médecins stars seraient-ils en train de passer de mode ? Il y a dix ans, ils trônaient en tête des meilleures ventes d’essais. En 2016, alors présentateur vedette du Magazine de la santé sur France 5 (et également entendu sur les ondes d’Europe 1 et RTL), Michel Cymes écoulait 300 000 exemplaires de son livre Vivez mieux et plus longtemps (succès qui avait fait l’année de son éditeur, Stock). Hélas le chirurgien le plus populaire du PAF a ensuite vendu de moins en moins : 130 000 exemplaires pour Votre cerveau en 2017, 35 000 exemplaires pour Chers hypocondriaques… en 2018, 10 000 exemplaires pour Sur l’amour en 2020. Il est vrai que, à partir de l’automne 2017, ayant lancé son bimestriel Dr. Good !, il concurrençait lui-même ses propres livres… Son nouveau titre qui vient de paraître chez Albin Michel, Heureux comme des TDAH !, coécrit avec le pédopsychiatre Oliver Révol, marque-t-il son retour en forme ? En 3e position des essais, il vient de dépasser les 15 000 exemplaires.

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    Son principal rival d’antan, le cardiologue Frédéric Saldmann, est en revanche absent de notre classement, ce qui paraît incroyable quand on se souvient de ses scores passés. Par ailleurs nutritionniste, Saldmann a mangé son pain blanc entre 2013 et 2015 : Le Meilleur médicament, c’est vous ! et Prenez votre santé en main ! avaient atteint les 300 000 exemplaires. Les titres injonctifs avec points d’exclamation en prime ne font pas tout, et le thuriféraire du tantrisme, qui a souvent expliqué que douze orgasmes par mois allongeraient de dix ans l’espérance de vie, a ensuite de plus en plus peiné à booster la libido de ses lecteurs. Votre santé sans risque s’était vendu à 200 000 exemplaires en 2017, Vital ! à 150 00 exemplaires en 2019, On n’est jamais mieux soigné que par soi-même à 100 000 exemplaires en 2020, La santé devant soi à 90 000 exemplaires en 2022 et Votre avenir sur ordonnance à 35 000 exemplaires en 2024. Avec Votre santé à petit prix (Fayard), paru fin janvier, Saldmann n’en est qu’à 7 000 exemplaires. Réputé pour ses avances mirobolantes (non prises en charge par la sécurité sociale), il va sans doute devoir songer à se réinventer…

    Réalisé par Edistat, du 9 au 15 mars 2026, à partir de 800 points de vente, librairies, grandes surfaces spécialisées et sites Internet.

    © / L’Express

    A quoi imputer le recul de Cymes et Saldmann ? On peut imaginer que leur public a fini par se lasser de lire les mêmes choses tous les deux ans. Internet et les gourous du développement personnel leur ont sans doute piqué des fans. Enfin une nouvelle génération a émergé. Le plus médiatique est le médecin généraliste Jimmy Mohamed, âgé de 38 ans (là où Saldmann en a 72 ans), qui a remplacé Cymes à la présentation du Magazine de la santé (rebaptisé Le Mag de la santé, pour faire jeune). La révélation de cette année 2026 est le psychiatre Pierre Alexis Geoffroy, 41 ans. Avec La Nuit vous appartient (Robert Laffont), où il nous invite à “dormir mieux pour vivre plus”, il est cette semaine 5e des essais.

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  • Langues régionales : et si la France s’inspirait de l’exemple incroyable de la Slovénie ?

    Langues régionales : et si la France s’inspirait de l’exemple incroyable de la Slovénie ?

    Et si France 2 diffusait à 21 heures des programmes en occitan sous‑titrés en français ? Et si les députés du Pays basque disposaient d’un droit de veto sur les lois concernant les minorités ? Et si tout fonctionnaire capable de s’exprimer en alsacien percevait une prime ? Oh, je sais bien que certains vont m’accuser d’écrire ces lignes au retour d’un stage intensif sur le thème “Che Guevara et les langues régionales”. Ce qui précède n’est pourtant que la simple transposition de ce qu’il se passe dans un Etat très proche géographiquement de la France.

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    Bienvenue en Slovénie ! Ce pays de deux millions d’habitants, qui vient d’organiser ses élections législatives ce 22 mars, est à juste titre considéré comme un modèle en raison des droits qu’il accorde à deux “communautés nationales autochtones”. Elles ne sont pourtant pas très fournies numériquement puisque l’on recense respectivement 2 258 italophones et 6 343 magyarophones (1). Il n’empêche : chacune d’elles jouit de droits garantis par les articles 5, 11 et 64 de la Constitution. Des dispositions qui valent régulièrement à cet Etat des Balkans de recevoir les félicitations des observateurs internationaux. Le Comité d’experts du Conseil de l’Europe, qui suit l’application de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, salue ainsi “les efforts déployés par les autorités slovènes pour protéger les langues parlées dans leur pays”. Efforts qui, en pratique, se traduisent par des dispositions comme celles‑ci. Accrochez‑vous !

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  • “Saison Méditerranée 2026” à Marseille : un laboratoire culturel sur les rives de la grande bleue

    “Saison Méditerranée 2026” à Marseille : un laboratoire culturel sur les rives de la grande bleue

    Au croisement de la culture et de la diplomatie, la Saison Méditerranée 2026 s’annonce inédite par son ampleur. Son lancement, annoncé il y a bientôt trois ans par Emmanuel Macron, est imminent. Du 15 au 24 mai, la cité phocéenne va devenir le point de départ d’une manifestation qui réunira artistes, intellectuels et acteurs de la société civile, issus des deux rives du bassin, avant de se déployer, cinq mois durant, à travers une soixantaine de villes en France autour d’une ambition : renforcer les liens entre les peuples. La saison se clôturera d’ailleurs au-delà des frontières tricolores avec des événements programmés, l’automne prochain, au Maroc, en Tunisie, en Egypte ou encore au Liban. Expositions, spectacles vivants, concerts, débats, rencontres littéraires… Au total, plusieurs centaines de rendez-vous sont attendus, tous coordonnés par l’Institut français, sous le commissariat général de la directrice artistique et metteuse en scène Julie Kretzschmar.

    Au-delà d’une simple vitrine culturelle à grande échelle, le projet se veut un laboratoire d’idées dans une région souvent marquée par les tensions politiques et les défis environnementaux. Julie Kretzschmar l’a ainsi construit comme un espace de dialogue et de coopération, avec des tables rondes et des forums publics autour de thématiques qui dépassent largement le champ artistique, comme les migrations, la transition écologique, l’urbanisme, la jeunesse méditerranéenne. En associant des chercheurs, des universitaires ou des acteurs économiques aux créateurs, la commissaire entend “penser la Méditerranée depuis une multitude de réalités et d’imaginaires singuliers”.

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    Multiplier les partenariats entre les institutions culturelles françaises et celles d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, c’est aussi s’inscrire dans une stratégie hautement diplomatique pour renforcer les échanges existants et voir émerger des projets partagés sur le long terme. A Marseille, l’enjeu est aussi celui du rayonnement. Après avoir été Capitale européenne de la culture en 2013, la ville entend confirmer son statut de métropole culturelle ouverte sur la mer. Parmi les expositions qui marqueront le coup d’envoi de la saison, celle de la Friche Belle de mai va réunir des jeunes créateurs d’écoles d’art du pourtour méditerranéen pour signer l’aboutissement d’un programme de résidences et d’échanges internationaux. Et peut-être, au-delà des œuvres, esquisser un nouveau récit commun pour la Méditerranée.

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  • Wolf Haas, l’auteur de polars autrichien qui fait disjoncter

    Wolf Haas, l’auteur de polars autrichien qui fait disjoncter

    Franz Escher exerce le – rare – métier d’orateur funéraire, profession parmi laquelle il s’est fait nombre d’ennemis ayant commis un livre contant leurs magouilles. L’ouvrage fit un flop et, depuis sa publication, il peine à se faire recruter pour rédiger les oraisons de défunts, ses anciens collègues des pompes funèbres préférant le tenir à distance de leurs clients en cercueil. Désœuvré, le célibataire s’ennuie, regrettant d’avoir cessé de fumer dix-sept ans auparavant et refusant toute distraction amoureuse, quand bien même la candidate, une ancienne consœur de funérailles, apprécie comme lui d’assembler, à quatre pattes sur le tapis, les pièces d’un puzzle.

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    Passé ce morne prologue, l’intrigue de Court-circuit, nouveau récit de l’auteur autrichien Wolf Haas vrille furieusement, et le lecteur gagnera à être attentif aux premières lignes dont l’imbrication donne le tournis. Franz Escher a donc fait venir dans son appartement viennois un dépanneur pour réparer une prise défectueuse. Tandis que celui-ci farfouille dans le tableau électrique, il patiente au salon en lisant un livre sur Elio Russo, ancien mafioso devenu témoin protégé. Elio Russo attend en prison d’être exfiltré sous une nouvelle identité. Le juge d’instruction devrait dans quelques heures venir le chercher dans sa cellule et le conduire discrètement jusqu’à une gare, où il lui remettra un billet de train pour la Suisse et des faux papiers. Ensuite, le repenti se construira une vie nouvelle, en prenant garde de ne jamais laisser de traces, car ayant livré vingt-sept parrains de la mafia aux autorités judiciaires, il a de sérieuses raisons de redouter leur vengeance. D’autant qu’il ne les a pas uniquement tous balancés à la justice italienne, mais il a également réussi à mettre à l’abri leur magot. Et que cette dernière nuit avant son exfiltration est longue. Comme Russo est convaincu que Sven, le détenu junkie avec lequel il partage une cellule, pourrait être payé pour l’éliminer, il s’empêche de fermer l’œil et se met lui aussi à lire sur sa couchette. A lire un livre racontant l’histoire… de Franz Escher, orateur funéraire demeurant à Vienne en Autriche, célibataire maniaque et fou de puzzles, qui attend qu’un électricien dépanne son disjoncteur général.

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    Entremêlées dans un dédale jouissif, voici les deux histoires, apparemment sans lien, rebondissant au service d’une intrigue maîtrisée de bout en bout. Construction époustouflante, et auteur joueur car Wolf Haas a glissé dans le récit la source de son inspiration : la lithographie Mains dessinant, réalisée en 1948 par l’artiste néerlandais Maurits Cornelis Escher, célèbre pour ses illusions optiques, et ses combinaisons de motifs en trois dimensions. Son tableau représente une feuille de papier sur laquelle chaque main dessine l’autre main selon un cercle infini. La construction de Court-circuit réplique le procédé illustré ; chaque personnage lit la vie de l’autre personnage et réciproquement. Afin que le lecteur ne manque pas l’hommage à ce drôle de dessin, l’auteur a donné le nom de l’illustrateur néerlandais à l’orateur funéraire fou de puzzles et attendant que sa prise électrique soit réparée. Comme la main dessine l’autre, Franz Escher lit l’histoire d’Elio Russo qui lit l’histoire de Franz Escher, jeu de miroirs et feu d’artifice jusqu’au court-circuit final.

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  • Langue française : les moines copistes utilisaient déjà les SMS !

    Langue française : les moines copistes utilisaient déjà les SMS !

    Bjr pour “bonjour”, tkt pour “t’inquiète”, a2m1 pour “à demain”… Dans les textos comme sur les réseaux sociaux, les abréviations fleurissent à qui mieux mieux, et certains le déplorent. Force est pourtant de le constater : ce procédé n’a rien de nouveau. Les moines copistes y recouraient déjà au Moyen Age !

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    Eh oui. A l’époque, mlt signifiait “moult” et chlr, “chevalier”, comme le rappelle Gabriella Parussa dans Ecrire le français (Actes Sud). Les religieux n’hésitaient pas non plus à réduire un terme à sa prononciation la plus élémentaire (l pour “elle”) ni à utiliser des chiffres (mat1 pour “matin” ou 2 au lieu de “d’eux”). Plus subtil : le 9 symbolisait en latin médiéval la syllabe cum (avec) car, graphiquement, le c suivi d’un m ressemblait à ce chiffre. De là “9me” pour “comme” ou “9ris” pour commentatoris.

    Et c’est logique. Imaginez que vous ayez à reproduire un long texte sur un matériau rare et coûteux, a fortiori dans un monastère humide et mal chauffé (la CGT était assez mal implantée dans les abbayes). Je vous fiche ma plume d’oie que vous chercheriez immanquablement à gagner du temps et de la place !

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    Conclusion ? Gabriella Parussa est formelle. Il ne faut pas voir dans nos divers raccourcis et émojis contemporains une quelconque déformation de la langue, mais un code inventif qui n’est au fond rien d’autre qu’un retour à la tradition médiévale. Car je n’irais pas jusqu’à dire que les moines copistes écrivaient des textos, mais c’est tout 9.

    L’amoureux du français et des langues de France prend sa retraite et vous dit au revoir, adishatz, kenavo, agur ! Il continue toutefois son infolettre “Sur le bout des langues”.

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  • Un week-end à Marseille : les (bonnes) mères s’exposent au Mucem

    Un week-end à Marseille : les (bonnes) mères s’exposent au Mucem

    Quel sens prend la maternité quand elle se vit sous les auspices de Notre-Dame-de-la-Garde, cette Bonne Mère qui aimante les pèlerins depuis le XIIIe siècle, et plus largement dans le bassin méditerranéen ? A Marseille, le Mucem explore un sujet aussi intime qu’universel, qui trouve dans ces territoires ouverts sur la mer une expression plus prégnante qu’ailleurs : “En Méditerranée, la mère occupe une place centrale dans la vie quotidienne, mais cette ‘reine mère de la sphère domestique’ a paradoxalement peu de voix sur la place publique. Les artistes du Sud invoquent par ailleurs la maternité comme une matrice de création, quand elle est au contraire parfois vue comme un empêchement plus au Nord”, avance Caroline Chenu, chargée de recherche au musée et co-commissaire de l’exposition Bonnes mères avec Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes. Ici, il s’agit donc moins de célébrer la figure maternelle que d’interroger, sur quatre millénaires, les visions plurielles d’un statut souvent idéalisé dans les sociétés méditerranéennes, entre mythes, enjeux sociaux et sujet artistique.

    Pour nourrir un propos à la fois dense et complexe, près de 400 pièces, issues des réserves du Mucem ou de collections internationales, jalonnent un parcours immersif qui s’ouvre sur les représentations mythiques et symboliques de la maternité, des déesses mères de l’Antiquité à l’iconographie religieuse, en passant par les icônes politiques, patriotiques ou artistiques. Une madone à la grenade provenant de l’atelier de Boticelli, une sculpture aux formes généreuses de Louise Bourgeois ou une Vierge à l’enfant de Pierre et Gilles datée de 2009 s’y côtoient, repensant les images d’une “mère fantasmée” pour révéler la diversité des archétypes maternels qui ont façonné les imaginaires collectifs.

    Pierre et Gilles, “La Vierge à l’enfant, Hafsia Herzi et Loric”, 2009.

    / © Pierre et Gilles

    Les commissaires entrent ensuite de plain-pied dans les réalités du bouleversement induit par la maternité, “qu’elle soit vécue, empêchée ou refusée”, en évoquant ce qui est souvent invisible ou tu : les corps, les luttes, les tabous, les expériences qui accompagnent la vie des femmes et que l’iconographie méditerranéenne n’aborde qu’avec pudeur. Grossesse, allaitement, deuil périnatal, avortement, folie, infanticide ou PMA sont ainsi abordés – jusqu’à frôler l’inventaire -, parfois sous l’angle des rituels propres à la Méditerranée comme le bain dans l’espace public. Plus surprenantes, des broderies réalisées par une ancienne gynécologue marseillaise s’exposent dans un cabinet de curiosités dédié aux menstruations.

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