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  • Hélium, brome, gaz… la chimie française craint des ruptures d’approvisionnement en cascade

    Hélium, brome, gaz… la chimie française craint des ruptures d’approvisionnement en cascade

    « L’impact du conflit au Moyen-Orient est d’ores et déjà observé sur les coûts de production, au travers des hausses de prix des matières premières, de l’énergie et du transport », observe France Chimie dans un communiqué. Le lobby du secteur prévient que « des effets en cascade pourraient émerger », avec des « risques de pénurie pour la chimie européenne ».

    L’hélium est l’exemple le plus frappant de ces dépendances géographiques. Ce gaz est indispensable à l’imagerie médicale, aux semi-conducteurs et au refroidissement des réacteurs nucléaires. L’Europe n’en produit pas. Or, « un tiers de la production mondiale se situe au Qatar », dans un site ciblé par des frappes le 18 mars 2026. Les autres sources, américaines ou russes, font l’objet de tensions diplomatiques. Des discussions mondiales sont en cours qui visent à réserver les volumes restants aux seules activités de défense et de santé.

    Le brome suit une logique identique. Ce composé sert à la fabrication de retardateurs de flamme et de produits pharmaceutiques. Trois acteurs possèdent 79 % des capacités mondiales de production, situés en Israël, aux États-Unis et en Jordanie. Le conflit actuel menace directement l’extraction en mer Morte.

    Pour le méthanol, la situation est tout aussi précaire : 12 % des capacités mondiales se trouvent en Iran et 18 % se répartissent entre l’Arabie saoudite, le Qatar et Bahreïn. Une extension du conflit paralyserait un tiers de l’offre mondiale de cet alcool de base.

    L’asphyxie par les intrants

    La crise se transmet par une réaction en chaîne partant de l’amont énergétique. Le gaz naturel dicte la survie des activités « gazo-intensives ». Pour des produits comme l’ammoniac ou le nylon, le gaz représente jusqu’à 80 % du coût variable de production. Avec un prix TTF à 67 euros le mégawattheure le 18 mars, contre environ 30 euros avant le conflit, les marges des producteurs européens s’évaporent. Les fabricants d’engrais ont déjà répercuté ces hausses, dégradant la compétitivité de toute la filière agricole en aval.

    Le pétrole joue le rôle de second détonateur. Son cours, à 114 dollars (105 euros) le baril (+ 61 %), tire mécaniquement vers le haut les prix du naphta et de l’éthylène. Ce dernier a bondi de 58 % en Asie et de 38 % aux États-Unis en trois semaines. Ces molécules sont les briques élémentaires de tous les polymères. Aucune rupture n’est constatée en France au 25 mars. Toutefois, quatre groupes industriels multisites ont déclaré des cas de « force majeure » en Europe, car il est impossible de produire à de tels prix.

    Ormuz et Singapour, le chaos logistique mondial

    Le transport maritime est devenu le principal accélérateur de la contagion. La fermeture de fait du détroit d’Ormuz crée un engorgement massif. Le port de Khor Fakkan (Émirats arabes unis) est saturé, avec des retards dépassant 13 jours. Cette congestion se propage aux ports de Singapour et Colombo, incapables d’absorber le déroutement des flux.

    « Il y a urgence à rouvrir le détroit, sans quoi les dommages toucheront durablement les chaînes d’approvisionnement », martèle Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies. Le contournement par le cap de Bonne-Espérance ajoute 15 jours de trajet, mobilisant davantage de navires pour transporter le même volume de marchandises.

    En Inde, 30 % des navires attendent plus d’une semaine devant les ports de Mundra. Pour les PME françaises, cette désorganisation se traduit par un triplement des taux de fret au départ de Chine.

    L’avantage structurel américain

    Le conflit redessine les rapports de force entre les grandes régions industrielles. Contrairement à la crise ukrainienne, ce choc affecte l’Asie, très dépendante du pétrole iranien. En Chine, les réserves stratégiques sont estimées à 90 jours d’importation. Les trois plus grosses raffineries du pays ne pourront tourner que jusqu’au 20 avril avant de manquer de brut. Une fois ces unités arrêtées, les stocks de produits chimiques ne permettront de tenir que jusqu’à la fin du mois de mai.

    À l’opposé, les États-Unis émergent comme le grand gagnant. Leur pétrochimie repose sur l’éthane issu du gaz de schiste, un intrant dont le prix est déconnecté du cours mondial du pétrole. Ce découplage permet aux producteurs américains de saturer le marché européen avec des polymères (PE, PVC) à bas prix. Les importations américaines vers l’Europe, déjà en hausse de 29 % depuis 2019, pourraient franchir un nouveau cap, menaçant de fermetures définitives les vapocraqueurs européens les plus anciens.

    Le prochain point de bascule se jouera le 12 avril 2026, date à laquelle les premières raffineries chinoises pourraient déclarer l’arrêt de leurs unités de craquage, provoquant une pénurie mondiale de dérivés plastiques.

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