Ennemis historiques de la croissance économique, les chocs énergétiques sont de retour. Les deux plus graves récessions de l’après-Seconde Guerre mondiale ont été provoquées par la flambée des cours du pétrole, qui ont quadruplé en 1973 puis triplé en 1979. Et on oublie trop souvent que la récession de 2009, avant d’être déclenchée par la déflagration financière des subprimes, avait aussi été précédée d’une poussée de fièvre sur le brut.
Jamais, pourtant, l’économie française n’a été aussi bien armée face aux chocs pétroliers qu’aujourd’hui. La chasse au gaspi et les progrès technologiques ont rendu nos chauffages et nos véhicules beaucoup moins gourmands en hydrocarbures : dans les années 1960, une voiture à essence consommait entre 10 et 15 litres aux 100 kilomètres, deux fois plus qu’en 2026. Nous avons diversifié nos sources d’énergie : en 1965, le pétrole représentait les deux tiers de l’énergie consommée en France, le charbon presque tout le reste ; désormais, le pétrole ne pèse plus que 30 % du total, mais le nucléaire 40 %, le gaz plus de 10 %, les renouvelables presque 20 %.
Il y a eu encore la montée en puissance des services (dorénavant les deux tiers de l’économie), moins gourmands en pétrole que l’industrie. En fin de compte, dans 1 euro de PIB en France, il y a de 3 à 4 fois moins de pétrole aujourd’hui qu’en 1972, et la tendance est la même au niveau mondial. Y compris en Chine.
