Il est des semaines qui sonnent comme des fins de règne. Celle-ci en a le goût. Un Premier ministre englué à l’Assemblée nationale, avançant à pas comptés au risque de s’enliser davantage. Un président cantonné à l’international pour continuer d’exister. Le quinquennat se poursuit mais l’élan est rompu, comme si le temps politique avait déjà basculé ailleurs.
Dans ce vide au sommet, un sondage Elabe pour La Tribune Dimanche met les pieds dans le plat : quel président les Français veulent-ils vraiment ? La réponse claque : 53 % n’en voient aucun. Plus d’un Français sur deux reste à distance d’une offre politique pourtant omniprésente, saturée de livres, de meetings et de scénographies. C’est un trou noir. C’est aussi une chance pour qui saura l’habiter.
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Car les attentes, elles, sont limpides. L’honnêteté domine, écrasante (76 %). Dire la vérité, même quand elle dérange. Surtout quand elle dérange. Vient ensuite la proximité (55 %), cette capacité à parler avec les Français et non au-dessus d’eux. Puis le courage (48 %) et la détermination (46 %). Quatre mots comme un programme, ou plutôt comme un acte d’accusation contre des années de prudence calculée et d’ambiguïtés. L’âge idéal continue de baisser : 47 ans. La France vieillit, mais elle veut croire à une énergie neuve au sommet.
Pendant ce temps, la scène se met en place. Gabriel Attal et Bruno Le Maire publient des livres. Geste rituel de ceux qui veulent exister dans le débat sans encore s’y jeter. Bruno Retailleau consulte ses militants avec la méthode du bâtisseur patient. François Hollande se prépare avec la tranquillité des hommes qui n’ont plus rien à perdre.
Jean-Luc Mélenchon appuie bruyamment sur l’accélérateur, comme si la vitesse était à elle seule un programme. Édouard Philippe, lui, a franchi le mur de la réélection au Havre et peut afficher l’autorité tranquille du maire qui gagne. Au RN, Marine Le Pen et Jordan Bardella tentent le grand écart : elle en déjeunant avec des patrons, lui en présentant sa fiancée dans une mise en scène qui en dit long sur les efforts de normalisation consentis.
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Himalayesques dans les sondages mais emmurés dans leur isolement politique, ils cherchent la sortie du ghetto sans renier ce qui les y a installés. Mais au-delà de ce ballet, une réalité s’impose. Les priorités des Français sont connues : pouvoir d’achat, sécurité, santé. Des attentes différentes selon les électorats, mais une même exigence : du concret. Du palpable. Du résultat.
Or, en 2027, ce réel sera rugueux. Il faudra poser des choix. Réviser certains acquis de l’État providence ? Probablement. Prolonger l’effort sur les retraites ? Sans doute. Affronter l’impact de l’IA sur le travail ? Inévitable. Regarder en face le défi démographique ? Indispensable.
L’année qui s’ouvre n’a rien d’une précampagne ordinaire. C’est une année de vérité. Pour ceux qui prétendent gouverner, sommés de dire enfin ce qu’ils feront. Et pour les Français, appelés à choisir en connaissance de cause. Cette fois, vraiment.
