Une exécution… Trois journalistes libanais ont été ciblés samedi par une frappe aérienne israélienne de précision sur leur véhicule dans le sud du Liban. Les trois journaliste sont morts, selon une source militaire et les médias pour lesquels ils travaillaient. Israël affirme avoir visé un membre d’une unité d’élite du Hezbollah. Mais cette frappe aérienne, qui a directement visé le véhicule des journalistes, en a tué trois d’un coup. Ce qui pose déjà un sérieux problème… « La journaliste d’Al-Mayadeen, Fatima Ftouni, et le correspondant d’Al-Manar, Ali Shoeib, ont été tués par une frappe israélienne sur leur voiture, dans la région de Jezzine », a précisé la source militaire à l’AFP, ajoutant que le frère de Mme Ftouni, un caméraman, avait aussi été tué dans l’attaque.
Al-Mayadeen a confirmé la mort de Fatima Ftouni sur sa chaîne Telegram, et Al-Manar a annoncé la mort de son correspondant de guerre, un des plus anciens de la chaîne, lors d’un bulletin d’information. Les deux médias sont politiquement proches du Hezbollah. L’armée israélienne a affirmé avoir tué Ali Shoeib qu’elle qualifie de membre de la force al-Radwan, unité d’élite du Hezbollah, opérant « sous la couverture d’un journaliste », et qu’elle accuse d’avoir « systématiquement exposé les positions des soldats israéliens opérant dans le sud du Liban ».
Un « crime flagrant »
Le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette frappe de « crime flagrant » et dénoncé « une violation du droit international » par Israël, rappelant que « les journalistes bénéficient d’une protection internationale en temps de guerre ». Cette attaque intervient alors que deux journalistes de la chaîne russe RT ont été blessés le 19 mars dans une frappe israélienne, qui n’était pas « accidentelle », selon Moscou.
Ce n’est pas la première fois que des journalistes de ces deux chaînes libanaises sont visés par l’armée israélienne; en octobre 2024, trois reporters, deux d’Al-Mayadeen, Ghassan Najjar et Mohammed Reda, et un d’Al-Manar, Wissam Qassem, avaient été tués dans une frappe israélienne à Hasbaya. En novembre 2023, deux autres journalistes d’Al-Mayadeen, Farah Omar et Rabih Maamari, avaient eux aussi été tués par une frappe israélienne dans le sud du pays. Quelques semaines auparavant, le 13 octobre 2023, une frappe a tué le vidéaste de l’agence Reuters, Issam Abdallah, et blessé six autres reporters, dont deux de l’AFP, Dylan Collins et Christina Assi, amputée de la jambe droite.
En 2025, cent-vingt-neuf journalistes et employés de presse ont été tués, d’après le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), qui impute les deux tiers des cas à Israël, ce dernier rejetant ces « allégations ».
Les personnels de santé visés aussi par Israël
Les journalistes ne sont pas le seuls visés par Israël. Cinq membres du personnel soignant et 46 secouristes ont été tués dans des frappes israéliennes depuis le début de la guerre le 2 mars, a annoncé samedi le ministre libanais de la Santé. « Le nombre de martyrs dans le secteur de la santé s’élève à 51, dont 46 secouristes et cinq personnels soignants », a indiqué Rakan Nassereddine lors d’une conférence de presse, ajoutant que neuf secouristes avaient été tués samedi dans des frappes israéliennes, qui ont également visé neuf hôpitaux dans le sud du pays.
Selon le ministère, quatre des secouristes tués samedi appartenaient à l’Autorité islamique de santé, affiliée au Hezbollah, tandis que les cinq autres étaient membres de l’association des scouts Risala, liés au parti chiite Amal, allié du Hezbollah. Tous effectuaient des missions de secours lorsqu’ils ont été visés, selon le ministre. Au total, le ministère a recensé 75 attaques contre les services de secours et de santé depuis le 2 mars, a précisé Rakan Nassereddine.
Frappes israéliennes
Très peu soucieux du droit international en règle général, Israël a poursuivi ses frappes aériennes sur le Liban. L’armée israélienne a mené samedi sur plusieurs localités du sud du Liban, a rapporté l’agence de presse libanaise ANI, le mouvement pro-iranien Hezbollah annonçant des attaques contre les forces israéliennes dans la région. L’agence ANI a fait état d’une « série de frappes » à l’aube sur la ville de Majdal Selm et de « frappes successives » sur les villes de Kafra, Hanniyeh, Touline et Adloun. Plusieurs frappes ont aussi visé la ville de Nabatiyeh, et des villes frontalières, en particulier Taybeh, selon la même source.
L’armée israélienne a annoncé samedi matin poursuivre ses frappes « contre les infrastructures terroristes du Hezbollah à travers le Liban ». Elle a aussi tenté de larguer des tracts au-dessus de Beyrouth, mais le conteneur ne s’est pas ouvert en vol et est tombé sur un bâtiment dans la banlieue sud. Elle a ajouté avoir frappé pendant la nuit des dizaines de cibles du Hezbollah et avoir tué vendredi deux responsables de l’unité de communications du mouvement dans une frappe à Beyrouth.
Dans une série de communiqués, le Hezbollah a affirmé samedi avoir pris pour cible des rassemblements de forces israéliennes dans la ville frontalière de Debel, à majorité chrétienne, où certains habitants sont restés malgré la guerre, ajoutant avoir frappé dans cette ville un char Merkava avec un drone.
