Lors d’une conférence de presse à Tours fin janvier, l’organisation d’une primaire de la gauche non-mélenchoniste semblait actée. « Et rien ne pourra l’arrêter », proclamait même Marine Tondelier, la patronne des Verts, déjà en lice, au même titre que les deux anciens Insoumis Clémentine Autain et François Ruffin. La date avait été fixée – le dimanche 11 octobre – comme les modalités pour pouvoir candidater.
Deux mois plus tard, force est de constater que le projet patine, et commence même à sérieusement prendre l’eau. Le blocage vient du Parti socialiste. Bien que favorable sur le papier, Olivier Faure, le premier secrétaire, a été rattrapé par ses divisions internes. Les deux courants minoritaires, qui ont, à eux deux, la majorité au bureau national, ont fait savoir qu’ils ne suivraient pas. À la tête de l’un d’eux : Boris Vallaud, le président du groupe à l’Assemblée. Ce dernier était pourtant à Bagneux début juillet lorsque le projet a été mis sur les rails…
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« Olivier pensait que Boris finirait par accepter », relate une cadre socialiste, proche du premier secrétaire. Le député des Landes voit pourtant les choses autrement. Selon lui, le PS doit désigner son propre chef de file pour ensuite constituer une « coalition » de Raphaël Glucksmann à François Ruffin – comprendre, sans LFI – qui décidera collectivement de la meilleure candidature à gauche, sans nécessairement passer par un vote.
« Pour en avoir discuté avec lui pendant une heure, je n’ai toujours pas compris comment il comptait mettre tout le monde d’accord », soupire une députée favorable à la primaire. Mais désormais, même dans l’entourage d’Olivier Faure, certains temporisent. Le premier secrétaire n’était d’ailleurs pas représenté lors de la réunion des « unitaires » du lundi 23 mars pour reprendre les travaux après les municipales. Un autre mauvais signe.
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Depuis, les partisans de l’union sont vent debout contre le PS. Ils reprochent à Olivier Faure son manque de volontarisme et de poigne pour impulser le scrutin. Selon eux, le premier secrétaire serait davantage soucieux de préserver ses équilibres internes, lui qui a été lourdement mis en cause par les siens après avoir laissé faire des alliances avec LFI dans plusieurs grandes villes aux municipales. Lors d’un bureau national mardi soir, le chef du PS a néanmoins assuré qu’il comptait soumettre « le processus présidentiel » au vote des militants avant la fin du mois de juin. Une formule « échappatoire », selon certains, qui ne garantit rien.
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Redoutant l’entourloupe, les défenseurs de l’union répliquent ne plus vouloir « attendre » les socialistes pour avancer. « On commence à en avoir ras le bol », fulmine une d’entre eux. Un meeting commun est donc prévu pour le début du mois mai, et se tiendra « avec ou sans » le PS. Parmi les « unitaires », certains considèrent d’ailleurs qu’il faudra organiser la primaire coûte que coûte pour ne pas avoir à se soumettre, à la fin des fins, à une candidature socialiste ou à celle de Jean-Luc Mélenchon. « Si on ne veut pas être vassalisés, alors il y aura une candidature issue de la primaire », défend un de ses fidèles partisans. Pas forcément contre, une autre s’interroge : « Ce serait une contre-démonstration : les unitaires qui défendent une candidature unique qui ajoutent une candidature ».
