Le plan France 2030 n’est pas encore à la hauteur des ambitions souhaitées. C’est ce que souligne le dernier bilan du Comité de surveillance des investissements d’avenir (CSIA), l’organe indépendant qui évalue les programmes d’investissements dont fait partie France 2030. Ce plan d’investissement public, doté d’une enveloppe de 54 milliards d’euros et lancé en octobre 2021 par Emmanuel Macron, vise à redresser la croissance française et réindustrialiser le pays tout en soutenant la transition écologique et les innovations technologiques.
40 % des crédits engagés sont ainsi liés directement ou indirectement à la décarbonation, rapporte le CSIA. Le plan s’est par ailleurs fixé une dizaine d’objectifs tels que le déploiement des réacteurs nucléaires innovants, la décarbonation de l’industrie ou encore l’augmentation de la production de voitures électriques.
Un manque de visibilité
Si le plan France 2030 a permis de « redynamiser la filière nucléaire » ou de passer la France en deuxième position en Europe sur les biothérapies, il souffre encore d’un manque important de visibilité pour les entreprises. Pour bénéficier du plan, il existe plus de 350 dispositifs, qui comportent tous des modalités différentes. « Des industriels majeurs de la santé signalent ne jamais avoir candidaté dans l’incertitude de leur éligibilité, face à la complexité du dispositif et la difficulté à le rendre lisible pour les décideurs internationaux », souligne le rapport, qui préconise une grille de financements homogènes.
A LIRE AUSSI
Bpifrance veut injecter jusqu’à 10 milliards d’euros dans la santé d’ici 2030
« Malgré les enveloppes annoncées, le déploiement du programme est contraint par la disponibilité des crédits de paiement », ajoute également le CSIA. Les professionnels doivent aussi dépendre des différents appels à projets et des incertitudes persistent sur un possible recentrage du plan sur des secteurs comme le quantique ou la finance. Des incertitudes qui n’encouragent pas les entreprises à sauter le pas et à investir.
Des délais trop importants
Les entreprises se plaignent également des délais trop longs pour obtenir les fonds, en décalage avec les cycles d’innovations qui sont, eux, de plus en plus rapides. Entre le dépôt d’une demande et le déblocage des fonds, il s’écoule en moyenne un an, souligne le rapport. Un délai qui peut même atteindre trois ans. « Dans le quantique, en Allemagne, l’argent arrive en 6 mois, en France, c’est 18 à 24 mois », souligne un des acteurs interrogés par le CSIA. « Quand la réponse arrive, la stratégie peut avoir bougé », livre un autre témoignage.
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
A LIRE AUSSI
France 2030 raboté de plus d’un milliard d’euros dans le budget 2026
La lourdeur administrative est également pointée du doigt par le rapport. « France 2030 ne dispose pas d’un système d’information unifié permettant d’optimiser les échanges entre les administrations et les bénéficiaires, ni entre les administrations entre elles », précise-t-il. Et la gouvernance du plan est jugée complexe avec des décisions prises par le Premier ministre, les ministères et de nombreux autres opérateurs, ce qui dilue les chaînes de décision.
Enfin, le rapport préconise aussi l’arrêt des projets « qui n’atteignent pas leurs objectifs, pour éviter le saupoudrage et favoriser l’excellence des projets financés ».
A LIRE AUSSI
« France 2030 participe à l’aménagement du territoire » (Bruno Bonnell)
Si France 2030 a une date d’expiration fixée en 2027, le rapport recommande de « maintenir l’effort » encore une quinzaine d’années, pour correspondre davantage aux délais des industriels et entreprises qui investissent sur le long terme. « De la recherche et développement (R&D) au marché, l’émergence d’une technologie prend 10 à 15 ans », indique le CSIA. Une temporalité éloignée d’un plan étalée sur « seulement » cinq ans.
