Une polémique autour d’un manque de maîtrise de la langue française peut faire perdre son poste au Canada. C’est ce qui est arrivé au directeur général d’Air Canada, Michael Rousseau, qui va prendre sa retraite d’ici fin septembre, comme l’a annoncé ce lundi 30 mars le conseil d’administration de la compagnie aérienne, dirigée de 2014 à 2018 par un certain Benjamin Smith, aujourd’hui à la tête d’Air France-KLM.
Dimanche 22 mars, un véhicule de secours et de lutte contre les incendies a percuté un appareil de la compagnie Jazz Aviation opérant pour Air Canada, provoquant le décès du pilote ainsi que du copilote et faisant plusieurs blessé à l’aéroport LaGuardia (New York).
Et le dirigeant, aux commandes du groupe depuis cinq ans, s’était attiré les foudres de plusieurs élus canadiens au sujet d’un message de condoléances quasi exclusivement en anglais. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, s’était lui-même dit « très déçu » par cette communication, estimant qu’il avait « manqué de jugement et de compassion ».
Michael Rousseau, avait expliqué que malgré « de nombreuses leçons [de français] sur plusieurs années », il était toujours « dans l’incapacité de [s’]exprimer en français de façon adéquate ». « Je présente mes sincères excuses pour cela », avait-il ajouté. « Mais je poursuis mes efforts pour progresser », a-t-il assuré.
Tensions sur la langue française au Canada
La semaine dernière, l’Assemblée nationale du Québec a tout de même réclamé la démission de Michael Rousseau, âgé de 68 ans, adoptant à une large majorité une motion en ce sens.
« Michael Rousseau n’avait pas d’autre choix que de quitter son poste », a réagi Jean-François Roberge, ministre de la Langue française au gouvernement du Québec et député à l’Assemblée nationale. « La décision s’imposait. »
La controverse née du message de Michael Rousseau illustre les tensions existantes autour de la place de la langue française au Canada.
« Michael Rousseau quitte Air Canada. Très bien. Mais le scandale est plus grand », a écrit, sur X, Alexandre Pronkin, membre du conseil exécutif national du Parti québecois. Au sein du gouvernement fédéral, a-t-il dénoncé, « des ministres (…) répondent en anglais à des questions posées en français. Ce pays ne nous respecte pas ».
Le critère de l’anglais pour assurer la succession
En novembre 2021, le directeur général de la compagnie, dont le siège est situé à Montréal, avait déjà suscité l’émoi avec une allocution quasi-uniquement en anglais devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, la communauté de communes de la région.
En 2022, le groupe ferroviaire Canadian National (CN) avait été critiqué pour la composition de son conseil d’administration, qui ne comprenait que des membres anglophones. Le Premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, s’était dit « époustouflé » et CN avait promis de « corriger la situation ».
Air Canada a rappelé lundi qu’il travaillait depuis deux ans à un plan de succession pour identifier des candidats potentiels en interne. En janvier, il a également commencé à chercher des profils pertinents hors du périmètre d’Air Canada. « Le conseil d’administration prendra en compte plusieurs critères de performance pour évaluer les candidats », a-t-il indiqué, « y compris sa capacité à communiquer en français ». Le ministre Jean-François Roberge a insisté sur ce dernier point, le jugeant « non négociable ».
Un parcours difficile depuis sa prise de fonction
Certains ont souligné que depuis la prise de fonction de Michael Rousseau, en février 2021, l’action de la compagnie avait connu un parcours difficile à la Bourse de Toronto, affichant une baisse de 27 %.
Ce parcours contraste avec celui de concurrents comme United Airlines ou Delta Air Lines, même si d’autres transporteurs aériens comme American Airlines ou Air France-KLM ont connu des trajectoires similaires à celle d’Air Canada.
Avant sa promotion, le natif de l’Ontario avait occupé le poste de directeur financier durant 14 ans. Si le groupe est resté profitable en 2025, il a vu fondre ses bénéfices et ses marges, tandis que son chiffre d’affaires stagnait.
