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  • Guerre en Iran : les scénarios noirs de la Banque de France sur la croissance, l’inflation et le chômage

    Guerre en Iran : les scénarios noirs de la Banque de France sur la croissance, l’inflation et le chômage

    L’économie française va-t-elle s’enfoncer dans la récession ? C’est pour l’instant une hypothèse balayée par la Banque de France. Dans ses prévisions intermédiaires dévoilées ce mercredi 25 mars, la banque centrale a révisé légèrement à la baisse (-0,1 point) sa prévision de croissance du PIB pour 2026 à 0,9 % contre 1 % en décembre dernier, dans son scénario central. L’inflation accélérerait de 1,7 % en 2026 contre 1,3 % précédemment. C’est donc à première vue un impact limité de la guerre en Iran sur l’activité et l’inflation.

    Des scénarios plus sombres

    Mais compte tenu de la situation internationale chaotique, la Banque de France a également modélisé deux autres scénarios. Le premier part d’une hypothèse défavorable avec un PIB à 0,6 % et une inflation à 2,5 %. Enfin, dans un scénario plus sombre, la croissance serait de seulement 0,3 % et l’inflation de 3,3 %. « Dans le scénario le plus défavorable, les prix du pétrole et du gaz atteindraient 145 dollars par baril et 106,00 €/MWh respectivement au deuxième trimestre 2026 et resteraient par la suite durablement à des niveaux plus élevés », précisent les économistes.

    À l’horizon 2028, la révision pour la croissance du PIB est légèrement plus importante (-0,2 point) à 0,8 %. « La hausse des prix de l’énergie, conjuguée à une révision à la hausse des taux d’intérêt par rapport à décembre, pèserait sur la croissance en 2027 », souligne le document présenté à la presse.

    Sur la politique monétaire, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé un statu quo lors de la dernière réunion des gouverneurs la semaine dernière. Mais une remontée des taux pourrait venir peser lourdement sur la demande et l’activité alors que l’inflation est encore en deçà de la cible de 2 %, redoutent plusieurs analystes.

    Inquiétude sur le pouvoir d’achat et la consommation

    La guerre au Moyen-Orient pourrait également saper les moteurs traditionnels de l’économie tricolore, à commencer par la demande. « Ce choc inflationniste, à travers le pouvoir d’achat, affecterait à la fois la consommation et l’investissement des ménages », détaille la Banque de France. À ce stade, le gouvernement de Sébastien Lecornu n’a pas prévu de mesure pour compenser les pertes de pouvoir d’achat provoquées par cette crise.

    Faute de marge de manœuvre budgétaire, l’exécutif compte sur les contrôles dans les stations-service pour limiter la surchauffe des prix, une hausse de la production dans les raffineries et des mesures ciblées sur certains secteurs exposés (agriculture, pêche, transport). Une grande partie de la facture de cette guerre va donc être payée par la consommation des Français. Un point noir pour l’économie tricolore dépendante de la propension à consommer des ménages.

    Chômage : un pic à 8 % cette année

    Autre signal inquiétant, le chômage devrait grimper plus qu’anticipé. La Banque de France projette une hausse à 8 % de la population active cette année contre 7,8 % auparavant. Les créations nettes de postes seraient très faibles sur l’ensemble de l’année (16 000). Il s’agit d’un pic inédit depuis 2020, en dehors de la pandémie. Le coup de frein sur l’activité et la fin des aides massives pour soutenir l’emploi ont poussé les entreprises à réduire la voilure sur les embauches. Mécaniquement, la productivité par tête devrait se renforcer après des années moroses.

    Dans leur modélisation, les conjoncturistes prévoient une hausse du salaire moyen par tête (nominal) supérieure à l’inflation. Mais les salaires corrigés de l’inflation, c’est-à-dire en valeur réelle, devraient perdre du terrain. En effet, les mécanismes de désindexation plombent les revenus issus du travail pour une grande partie de la population active, à l’exception des salaires au SMIC. Un motif d’angoisse pour une grande partie des Français. 

    Guerre en Iran : un choc d’incertitude

    Les récentes crises (pandémie, guerre en Ukraine, énergie, géopolitique, politique) ont poussé les économistes à plancher sur les effets de l’incertitude sur l’économie. En France, l’économiste de l’OFCE, Raul Sampognaro, avait montré dans une étude qu’un choc géopolitique comme la guerre en Ukraine pouvait provoquer « une baisse du commerce mondial des marchandises de 0,7 point (en volume) et une baisse de la production industrielle mondiale de 0,6 point ». À ce stade du conflit en Iran, la comparaison avec la guerre au Moyen-Orient présente évidemment des limites. Mais un prolongement des hostilités pourrait faire des ravages sur l’économie mondiale.

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  • Or : la Banque de France délaisse New York pour Paris (et empoche 12,8 milliards d’euros)

    Or : la Banque de France délaisse New York pour Paris (et empoche 12,8 milliards d’euros)

    12,8 milliards d’euros. C’est la plus-value que la Banque de France (BdF) a annoncé avoir enregistré dans le cadre d’un processus de rationalisation de ses réserves d’or ce mardi 24 mars. Depuis 2005, la banque centrale française remplace progressivement ses avoirs en or anciens ou non conformes aux normes internationales par des lingots répondant aux normes modernes, évitant ainsi les démarches liées au raffinage.

    Un audit interne, datant de 2024, recommandait à la BdF de finaliser ce processus pour son stock d’or résiduel encore conservé à New York, représentant 5 % de ses réserves totales d’or.

    La Banque de France s’applique depuis plusieurs années à faire fondre, généralement en Suisse, certaines de ses barres d’or en réserve pour en fabriquer de nouvelles avec un taux de pureté plus élevé, au-delà des 99,5 %, qui correspond aux « standards les plus modernes » de préservation de l’or.

    L’institution possédait 129 tonnes d’or au sein de la Réserve fédérale américaine, mais ne souhaitait pas les faire fondre aux États-Unis ni les rapatrier par bateau sur le Vieux Continent, ce qui aurait été très coûteux. La Banque de France a donc vendu ces 129 tonnes d’or et les a rachetées en Europe, lui permettant d’enregistrer au passage un large bénéfice dans sa comptabilité du fait de la différence entre le cours actuel de l’or, très élevé, et les cours d’achat.

    Au total, 26 opérations portant sur ce stock ont été effectuées entre juillet 2025 et janvier 2026, permettant de générer une plus-value exceptionnelle de 11 milliards d’euros au titre de l’exercice 2025 et 1,8 milliard d’euros pour 2026.

    Les nouveaux lingots stockés à Paris et non plus à New York

    Ce processus sur l’or américain est désormais achevé. Le volume total des réserves d’or de la BdF est resté inchangé, à environ 2 437 tonnes, mais les nouveaux lingots sont désormais stockés à Paris et non plus à New York.

    Pour le gouverneur de la BdF, François Villeroy de Galhau, le remplacement des stocks américains par des stocks situés en France n’a pas été motivé par des considérations politiques, mais en raison de la qualité supérieure de l’or négocié sur le marché européen. La Banque de France a indiqué détenir encore 134 tonnes d’or, principalement des lingots et des pièces anciennes conservés à Paris, qu’elle doit remettre aux normes d’ici 2028.

    La plus-value exceptionnelle réalisée a permis à la banque centrale d’afficher un bénéfice net de 8,1 milliards d’euros pour 2025, après une perte nette de 7,7 milliards d’euros l’année précédente. 

    La baisse des taux directeurs de la BCE

    Autre facteur de ce bon résultat 2025 : la baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) l’année dernière, dont le taux auquel la banque centrale rémunère l’argent déposé par les banques commerciales à la BCE. Du fait d’une inflation en baisse en 2025, la Banque centrale a progressivement baissé ce taux de 3 % en début d’année à 2 % à partir de juin 2025.

    Ce qui donne, pour la Banque de France, un taux moyen de rémunération des dépôts des banques commerciales de 2,3 % sur l’année contre 3,7 % en 2024 et qui permet à l’institution d’augmenter de 10,2 milliards d’euros son revenu dit « monétaire ».

    François Villeroy de Galhau a assuré qu’avec 283 milliards d’euros de situation nette, c’est-à-dire l’argent « en théorie disponible pour faire face à tout choc monétaire », la Banque de France était capable d’affronter « n’importe quel choc » à venir. Il s’agissait des derniers résultats annuels présentés par le gouverneur de la Banque de France. Après onze ans de service, François Villeroy de Galhau a annoncé qu’il quitterait l’institution en juin, avant la fin de son mandat.

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