Si l’œuvre de Constantin Brancusi (1876-1957) reste largement populaire auprès du grand public dans l’Hexagone, seuls les initiés la connaissent outre-Rhin. C’est dire l’événement que représente l’exposition d’ampleur déployée dans les vastes espaces de la Neue Nationalgalerie à Berlin. Le bâtiment de verre et d’acier, conçu par l’architecte moderniste Ludwig Mies van der Rohe à la fin des années 1960 sur le principe du less is more, offre un écrin idéal aux formes organiques façonnées par le sculpteur roumain. Leur simplicité presque déroutante ne peut qu’y être sublimée.
C’est, en outre, la première exposition consacrée à l’artiste en Allemagne depuis plus de cinquante ans, et la plus complète avec quelque 150 sculptures, clichés, dessins, films et documents d’archives, dont certains ont été peu ou jamais montrés, prêtés par des collections internationales et, en grande partie, par le Centre Pompidou, qui assure le commissariat de la rétrospective au côté de l’institution berlinoise. L’ensemble, exceptionnel, éclaire le processus créatif d’un Brancusi qui, pour mettre en valeur son travail, avait aussi recours à la photographie et au cinéma.
Constantin Brancusi, “Autoportrait dans l’atelier : les Colonnes sans fin I à IV, Le Poisson (1930), Leda (1926)”, vers 1934.
/ © Succession Brancusi – All rights reserved / Adagp, Paris, 2026. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. Grand Palais Rmn
Là où la sculpture européenne du tournant du XXᵉ siècle se complaisait encore dans la virtuosité figurative, le sculpteur a choisi une autre voie. Arrivé à Paris en 1905, après des débuts académiques dans son pays natal et quelques pérégrinations sur le Vieux Continent, il passe brièvement par l’atelier d’Auguste Rodin avant de s’en éloigner, convaincu, selon sa formule restée fameuse, que “rien ne pousse à l’ombre des grands arbres”. La rupture, décisive, va mener Brancusi vers un style radicalement épuré qui va faire de lui le précurseur de l’abstraction sculpturale avec des formes simples cherchant moins à représenter fidèlement le monde qu’à en capter l’essence.
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