Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient commencent à toucher l’économie américaine. Les chiffres de l’inflation du mois de mars font état d’un bond de 3,3 % sur un an. L’indice des prix à la consommation a ainsi progressé de 0,9 % sur un mois, après 0,3 % en février, d’après les anticipations. C’est la plus importante augmentation mensuelle depuis juin 2022. Une accélération directement liée à la flambée des prix du pétrole causée par le conflit.
Les Américains ont pourtant pu tirer profit du contexte en exportant davantage de pétrole, notamment en avril. « Ce mouvement est directement lié à la désorganisation des flux au Moyen-Orient, où la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz a contraint les importateurs asiatiques à se tourner massivement vers les États-Unis », précise John Plassard dans une note.
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Il n’empêche, cette dynamique des exportations pétrolières n’a pas empêché la hausse du prix des carburants dans le pays. Les prix de l’essence aux États-Unis ont ainsi dépassé fin mars les 4 dollars le gallon (3,8 litres). De quoi frôler des pics historiques atteints en 2022 après le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Ralentissement de l’économie
Déjà avant la guerre, l’économie américaine commençait à montrer des signes de ralentissement. Jeudi, le produit intérieur brut américain a été revu à la baisse pour le quatrième trimestre 2025. Il n’aurait progressé que de 0,5 % en rythme annualisé. La dernière estimation tablait sur 0,7 % et la première sur 1,4 %.
D’après des données également parues jeudi, le revenu des Américains s’est aussi replié de 0,1 % en février, sur un mois, et de 0,5 % pour le revenu réel. Une baisse expliquée par la diminution des subventions publiques à l’assurance santé. Une mauvaise nouvelle pour la croissance, qui dépend en majorité de la consommation des ménages américains.
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Autre indicateur de l’inflation paru jeudi : l’indice PCE montre que les prix ont progressé de 2,8 % en février, sur un an. Cet indice est particulièrement scruté par la Réserve fédérale américaine pour décider de sa politique monétaire. Et il est actuellement loin de la cible de 2 % de l’institution monétaire.
La Fed prise en étau
L’étau se resserre autour de la Fed. La banque centrale américaine doit jouer sur les taux pour maintenir l’inflation dans les rangs (en les augmentant) mais également pour relancer l’activité en cas de ralentissement (en les baissant). Un ralentissement de l’activité couplé à une inflation plus élevée n’est jamais bon signe. Si plusieurs baisses de taux étaient envisagées, le consensus anticipe désormais un statu quo pour le reste de l’année à plus de 80 %. Celle d’une détente des taux atteint 11 %
D’autant que la guerre au Moyen-Orient risque de continuer à avoir des conséquences sur l’inflation américaine. Bien que les États-Unis et l’Iran se soient accordés une trêve de deux semaines, la suite du conflit dépendra des pourparlers entre les belligérants. « Même en cas de conclusion d’un accord durable mettant fin à la guerre et de réouverture complète du détroit d’Ormuz, il faudra des mois pour que l’approvisionnement en pétrole (…) et autres matières premières revienne à son niveau d’avant-guerre et, par conséquent, pour que les prix reviennent à leur niveau antérieur », note à l’AFP l’économiste Kathy Bostjancic, de l’assureur Nationwide.
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Donald Trump joue gros à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. Le milliardaire américain a notamment été élu en partie sur ses promesses d’améliorer le pouvoir d’achat des Américains, qui sont jusqu’ici mécontents sur ce sujet. Si la Fed ne peut pas baisser ses taux et que l’inflation poursuit sa hausse, les Républicains pourraient perdre la majorité au Congrès.
